I-1-; OocTiUR. — Quelle est la maladie de monsieur
I.i; Maladie. — Ab ! monsieur le docteur, je snuiïre horriblement de la tète de|)uis sept ou huit ans... j'ai essayé de jibis de vingt médocuis, — et aucun n'a pu apporter le moindre soulagement à mes maux!...
Le DOCTF.rn. — Ce sont des Sucs!... ne me parlez pas de vos
allopaihes... ce sont des ânes véritables Soulïrez-vous beaucoup
en ce moment î
l.i: .'(lALADE. — Ilorriblemenl , docleur..,. surtout du côté des tempes...
Le docteur. — Tant mieux...
Le Malade. — l'iaît-il?
Le Docteur. — Je dis tant mieux... je vais vous guérir parfaitement... c'est la moindre des choses que cette maladie... Quand on sait la traiter.
Le .Malade. — Ah! que de reconnaissance... et au bout de combien de mois espérez-vous que je serai enfin guéri ?
Le DocteL'R. — Des mois... allons donc... vous allez être guéri immédiatement. {Il passe rapidemenl un petit flacon sous te nez du malade.) Eh bien ! comment vous trouvez-vous ?
Le Malade. — Mais toujours de même !
Le DOCTEUR. — Vous m'étonncz... alors nous allons passer au flacon n" 2. {H repasse rapidement un rejlaconsous le même nez du même malade.) Eh bien! maintenant!., vous devez sentir un mieux notableî
Le Malade, cherchant tovjours à renijler le petit (lacon.
— Je vous jure que je ne sens absolument rfen...
Le Docteur. — c'est possible... pour l'instant... mais quand vous aurez pris le grand air par là-dessus... vous éprouverez un soulagement notable... et, avant demain malin, vous serez guéri... radicalement guéri!
Le Malade. — Ah ! bah !
Le Docteur. — Quand je vous le dis... je suis docteur, que diable!... prétendez-vous être plus savant que moi, par hasard? ii'allez-vous pas m'apprendre mon métier, peut-être!...
Le JIalade. — Combien vous doisje, monsieur?
Le Docteur, jetant un coup d' œil sur Vclbeuf du malade, qui est tout ce qu'il y a de plus première qualité. — Cent francs, monsieur!...
Le Malade, se heurtant presque ta tête au plafond. — Cent francs !
Le Docteur. — Comment ! monsieur , vous trouvez que c'est trop cher pour vous avoir rendu la santé par le traitement homœo- )intliiqueî
Le Malade. — Vous appelez ça m'avoir rendu la famé... Cent francs pour avoir reniflé deux petites fioles... {À part. ) Attends, i"tc vas en donner aussi de l'homœopathie. [Le malade tire de .ia foche cinq pièces d'or et les fait passer rapidement sous le liez du docteur. )
Le Docteur, tendant ta main. — Eh bien ! monsieur?...
Le .Malade. — Comment, vous n'êtes pas encore payé... Ah! c'est juste, cela ne suffit pas... Il faut recommencer deux fois de
suite. [Il repasse de nouveau ses pièces d'or sous le nez du docleur.) J'espère (pie cette fois vous êtes coulent ?
Le Docteur. — Mais , monsieur , je ne cuni|)rends pas celte plaisanterie !
Le Malade. — Je vous jure que vous fies payé aussi vrai que vous m'avez guéri. .. Je suis banquier, je sais ce (pie c'est (pie payer, n'allez-\ous pas m'apprendre mon métier peut-être. .. Il est possilih; (pie vous ne vous crovic/. pas |)ayé pour le iiioMienl... mais sortez un instant... allez prendre le grand air... et, en rentrant chez vous, Irês-ccrtainement , vous trouverez ces cent francs dans votre bour.se... Au plaisir de vous revoir, monsieur! {Le malade s'en i'(i , (7 le docteur abasourdi se laisse tomber dans son (jrand fauteuil, et pour l'inslmu lia aussi fort malà ta tête.)
Je crois fernicmeiil ([ue la doctrine honi(i'opatlii(pie a été inventée primitivemenl par un médecin qui se sera vu refuser la main de la fille d'un apothicaire ; — et c'est de la colère de cet amant furieux ((u'est né le système qui doit ruiner b tout jamais ces élablisseiiieiils philanlhropi(pies où l'on vend de la réglisse et du séné à huit cents pour cent de bénéfice.
Aussi les |)harmaciens ont-ils juré une haine mortelle aux médecins liomovipathes, (|ui se .sont vus obligés de préparer et de vendre eux-mêmes leurs petits pacpiels de poudre blanche.
On n'aurait jias trop à se i)laindre de cela si par malheur les petits, les infiniment petits paquets de poudre blanche ne coûtaient pas aussi cher (pie les grandes bouteilles de drogues de l'ancien système !
Si on s'en plaint aux iioinœopathes, ils répondent : — Il faut tien que tout le monde vive !
Malheureusement celle phrase ne peut pas s'appliquer à leurs malades !