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CHAPITRE VI

Voe âme incomprise.

éloïse Verdière est la fille d'un officier mort au champ d'honneur.

Et , avant d'aller plus loin , jedemande qu'il me .soit permis d'expliquer cette façon de parler : — mort an champ d'hormeur. —

Peu (le personnes en connaissent bien le sens; quelques-unes croient qu'elle a telle signification ; quelques autrescroient qu'elle en a une tout opposée. Double erreur. <;cs quatre moLs : — mort au champ d'Iioiiiicur — ne significnl absolument rien ; ou plutôt ils signilienl juste autant qu'une épitaphe ainsi conçue :

« non père, bon fils, bon époux. «

Tous les hommes — vous savez cila, n'est-il pas vrai, ô la plus idorable des lectrices — sont, dés rpi'iiii estimable fossoyeur a jeté sur eux quelques pellées de terre , des épilomés de toutes les perfections bumaines. Celui-ci n'avait pas d'enfants, on lui décerne la qualification de • bon père. •

*E^»v.g^ESi^^^&:^

Cclui-lh, honnête préteur sur gages, dont la fortune est d'autant plus ronde, que son corps est plus sec, son habit plus ià|)é, son clia|)enu plus aplati, refusait à son père une pension alimentaire de six cents francs; la tombe le proclame <■ bon lils. »

Cet autre , (piand il était vivant , ne caressait sa ménagère qu'à grandissimes coups de trique. Eh bien , depuis qu'il est mort, il a obtenu le rang de mari- modèle.

De même , tous les oITiciers, dès qu'ils ont le bonheur de n'êlrn pins bons qu'à exercer le scalpel d'un Dupuytren en herbe — obtiennent iniméiliatemcnt ce beau titre : « Mort au champ d'honneur! » (.'est leur panégyrique, leur couronne militaire, leur apothéose, ou, pour parler plus exactement, leur dernier grade. Qu'il soit donc entendu que ces quatre mois ne doivent pas être

pristiopàlalettre; ils peuvent vouloir (lire que celui à qui on les applique est mort ou d'une

indigestion, ou (l'un catarrhe , ou d'un amour malheureux, ou d'une vieillesse infini ment trop prolongée. — Plutôt de vieillesse que de tout autre chose.

Ceci posé, je continue.

Uéloïse Verdi(;re est d(mc la fille d'un officier mort au champ d'honneur. A ce titre, elle a été élevée a la Maison royale de Saint- Denis, la maison de France où l'on enseigne le mieux l'art de figurer — avec avantage, U^gèreté, élégance et distinction — dans une contredanse. Uéloïse danse à ravir et jouit , dans l'exécution du galop, d'une désinvolture, d'un hrisd, d'une souplesse de reins qui en remontreraient à la Carlolta Grisi.

Uéloïse a encore d'autres qualités : elle fait d'une façon trèspassable — très- passable pour une petite pensionnaire delà Maison royale de Saint-Denis — le vers mélancolique et brumeux, le vers qui pousse des gémissements sans fin — bien qu'il n'ait ordinairement que douze pieds; quand il en a treize on quatorze, c'est par exception; — le vers qui peint les douleui'S, les ani^oisses, les déchirements de l'âme; le vers qui sanglote et se couvre la tête de cendres , tout comme s'en couvrait feu le saint roi David alors qu'il s'était mis un assassinat, un adultère ou quelque autre drôlerie sur la conscience; — le vers qui appelle la vie une «vallée de larmes,» et crie du matin au soir: ■> Mon Dieu! ô mon Dieu!.... » avec un hiatus.

Or — il y a trois ans de cela — M. Herbin, tuteur d'iléloïse, est venu annoncer à sa pupille que le moment de quitter la Maison royale de .Saint-Denis était arrivé. Il est de règle qu'on ne quitte le pensionnat de Saint-Denis que pour se marier: aussi , le jour que M. Ileibin vint chercher sa pupille, toutes ces naïves jeunes filles qui n'ont qu'une pensée dans l'âme — dans leur âme virginale!^ la pensée du mariage, ont entouré l'heureuse libérée — c'est le nom que les pensionnaires donnent à celles qui sortent du pensionnat ; — elles lui ont prodigué les caresses , les tendres adieux, les pleurs et les questions de circonstance.

— V.il-il blond?... csti/ riche?... a-t-i7 le nez aquilin?... Oh! s'i^i'est pas riche, jeune et beau, (|ue je te plains, ma chère!! Pourvu du moins qu'/< ait la croix d'honneur!... et qu'i/ soit noble!... et surtout qu'il te donne des cachemires! Sais-tu s'il est doux? à-t-t< les dents blanches? Fasse le ciel (|u't7 ail des moustaches!!... •

A toutes ces exclamations, Héloïse répondit par des larmes, des soupirs et des gémissements.

Au fond de l'âme elle était très-joyeuse... Mais sortir du pen-

LA FEMMK l.A PUS ;\1 ALHEUHI'.tJSF. DU MONDE

bidiiiiai , s'nrrarhcr de ses coiiipapnes d'enfance— de ses compagnes

d'enfance aux quelles on a juri!; tant (If fois de ne les Dtihiicr de la vie — dire adieu aux sous - n)al tresses, que l'on liait , sans verser (les lorrenls de larmes , ce serait faire preuve d'uni- d(''plorableinsensihilil^.

Iléloïse est la sensihililt'" faite

femme; aussi on ne saurait dire jnsqu'îi quel point elle se montra aquatique et d(!'solée dans ce moment solennel.

<>peiul;int toute chose a une limite, mOme la douleur la mieux condilioinii'e.

<^)uinze jours s'élaient (?coul(5s depuis qu'IhMoïse avait quilt(5 le pensiiiimat. Klle no pleurait plus; en revanche, elle pas>;ait ses journées à réfld'chir. — A quoi r(!'lléchissail-elle? — A mille et mille choses, mais .Hî.tiut h son tuteur, (pi'elle voyait tous les jours, et à son futur mari, (pri'lle ne voyait jamais.

I.e (iiieur d'IU'li îse était-il donc f;ni pour occuper une àme de di\-M'pi ans? iMon Dieu, non; mais Iléloïse savait que, dans l'ordre nanirel des choses, c'était de la main de son iiicur qu'elle devait recevoir un mari, et, tout en pensant au mariage, elle pensait à son tiucur — par ron'n'-coup — et elle se dissii : « Mon tuteur ne m'a pas encore dit un mot, im seul mot, relilivemcnt à mon inariagi'. Si-rait-i! fou, ce respectable tuteur? i

M. Il( rbin n'est pas fou ; c'est un brave homme de soixante et quelques années, toiil simple, tout bourgeois, qui ne devine pas le moins du monde que dans un cœur féminin de dix-sept ;ins il n'y a de place que pour les idées matrimoniales. Il s'imagine, rrxcellent homme, qu'une petite pensionnaire est une personne excessivement naïve, disant ce qu'elle pense, tout ce qu'elle pense, rien qui' re qu'elle pense. — Quelle âme candide que ce M. Herbin!... Oh! si je faisais collection de végétaux, je placerais M. Herbin sous un globe quelconque. — Or, le jour qu' Iléloïse a quitté le pensionnai, elle a pleuré beaucoup ; son tuteur, qui a pris ces larmes hetfjes (vous savez qu'on appelle ainsi tout ce qui sent la contrefaçon) pour des larmes de bon aloi, des larmes venant des plus profondes ré<,'ions du rcem-, a cru devoir la laisser, pendant une quinzaine de jours, se livrer aussi exclusivement que possible au chagrin qu'elle semblait éprouver. Donc , pendant quinze jours, il s'est contenté de lui dire tous les matins, en déposant sur son front virginal un gros baiser de tuteur : t. Tu te portes bien ce malin , ma petite

Loîse? Allons, tant

mieux, ça me fait plaisir. »

Pendant ces quinze jours , Héloïse était en proie a de f;raves inquiétudes. M. Herbin lui paraissait une sorte d'individu parfaitement inex plicable, une charade en bas chinés et eu habit marron. i;lle ne comprenait pas que, l'ayant fait sortir du pensionnat, il ne lui eiV. pas — imnieili.iirmeiu — présenté l'être mystérieux ilont l'àm.' devait sympathiser avec son àme. Les jours .s'écouiaient pour elle avec une lenteur désespérante; ses nuits 4iaient

■■''lil'il

'iri'h

sans repos. i:lle écrivait h Lnsthénie — jeune fille de seize ans —

la nx illcuie de ses amies di> pension :

• Te dire les seuiimenl.H confus et les émotions nouvelles qu'éprouvemon panvrer(rur serait chose impossible, .le n'ai rien (pji (loi\(' m'afniyer, et ce|iendant je verse des larmes; une pui.ssance in - (oMMiic chas-^e le sommeil loin de ma couche, 'l'riste et iiiceriaine que je suis, je ne goûte plus les dons de Morphce ; et c'est en vain que je supplie la ^uit de me verser l'ambroisie de ses pavots , » etc. , etc.

lOnfm M. Herbin parla! enfin l'être mystérieux "dont l'âme devait sympathiser avec l'aine d'Ilêl.iïse .. lui fut présenté, f.e mol de mariage fut prononcé. Bien mieux , le niariajje fut conclu. Mais, hélas, comment le fnt-il! — Oh! par pitié, lisez la lettre dans laquelle Héloïse raconte à Laslhénie comment et à quel homme on l'a sacrifiée!...

« Laslhénie, Lasthénic, lu m'accuses, car voilà plus de trois mois que lu n'as reçu d'autre lettre de moi que la circulaire aux formes banales qui t'instruisait de mon mariage... O Laslhénie, ne m'accuse pas; plains-moi plul(")t!... Oh! oui, plains ton Iléloïse, plains-la du fond de ton âme, car elle est la plus malheureuse des femmes.

» O Laslhénie, depuis un mois que je suis mariée, que de pleurs j'ai versés! que de tortures j'ai dû subir I O Laslhénie, crois-moi, ne te marie jamais. Le mariage, vois-tu bien, c'est la mort ! non pas cette mort prompte et douce qui vous frappe et vous tue avant même que vous vous soyez sentie frappée ; celle-li , je la souhaite, je l'appelle... Le mariage, c'est l'agonie leiiii! et pénible, c'est le râle!... une agonie innnense, un râle qui ne fmit pas!...

» Je suis folle, vas-lu dire. Oh ! je voudrais élre folle : si j'étais folle, je ne sentirais pas !...

n Mais je veux, pour un instant, comprimer mon cœur; je veux qu'il .se taise et laisse parler ma froide raison. Je te dirai tout ; je te conter.ii les choses tout uniment, sans passion, comoie s'il ne s'agissait pas de moi. Quanta toi, fais en sorte d'être froide et impartiale. Devant toi vont comparaître et mon tuteur, et mon mari cl moi — tu seras noire juge !

» Ta cousine, la comtesse de .S. .. , pour qui je n'ai pas de secrets, t'a sans doute appris avec quelle précipitation cruelle s'est accompli pour moi ce qu'on nomme l'acte le plus important de la vie; et cela, grâce h monsieur mon tuteur! H n'e.st pas méchant, >L Herbin; c'est un brave cl bon rentier, un cœm- lioniiête... \\ fait l'aumône; il s'apitoiera sur un malheureux qui aura eu l'imprudence de se laisser écraser au coin d'une borne par (juelque lourde charrette ; il aura des anathèmes pour les grandes cruautés; il S'indignera en lisant dans l'hisioirc que Néron brillait Rome pour se procurer le plaisir d'un incendie, et que, dans ses moments perdus, Caligula s'amusait à tuer des mouches avec un poinçon d'or; il pleurera son chien, si demain son chien vient à mourir : mais, avec tout cela, qu'il entend peu les délicatesses de l'âme!... Mon Dieu, de quel limon sont donc pétris toutes ces bonnes gens-lh î. ..

» Donc, figure-loi qu'un beau matin, comme j'étais plonjjée dans je ne sais quelles rêveries délicieuses, je vois ledit M. Herbin entrer dans ma chambre. Il n'avait pas même celle temie île convenance dont un honwne qui se respecte ne s'affranchit jamais quand il fait une visite h une f-umn^ — cette femme fût-elle cent fois &u pupille; il était dans tout l'abandon de son négligé du malin — le négligé d'un rentier de soixante aus! — 11 me souhaite le bonjour.

BIBLIOTHÈQUE POUR RIRE

me duiiuc un double baiser sur les deux joues, et mo dit iranquil-

li lit : " Dis (li)iir, I>i-

cliclli' (c'est In son npplinilioM la plus por'tl(|u<-), j'ai nue jionui' uuumIIi' à l'.iuuoiicrr , M. (l'OrNilly l'a demandée en uiai'i.ip;i'.

Sou pure était uu ami de ton père, sa furlune est L'Uid'' i la tienne ; il est jeune, hi'aii, sj'iritue! : tu seras sa fcunne. Ce soir, il viendra ; mets une robe lu'uve , fais-loi genlille , làihc de lui plaire. Nous aurons une dispense pour la publiralioii (l>s bans, en sorte qu'i'U onze jours francs ce sera une affaire hàrlée... »

■> Je ni'arrOte, Lasihcnie... laisse-moi respirer un peu; car, à mesure que je révfille ces souvenirs, je sens que riiidignatiou m'êtoulTe...

" i;t maintenant, remarque un peu, je te i)rie, ce qu'il y a d'épouvantable dans tout ceci; coinple lis mois de celte allocution horrible, ut lu sauras le nombre des coups de poignard qui ont fait saigner le cœur de ton Ilélulse.

• Que dis-tu de cette phrase : « Il est jeune, beau, spirituel : lu seras sa jiin vie! » La femme de cet homme que tu n'as jamais vu !

dont tu ne connais pas le rœur! (|ui , peui-ctre , n'a pas decu'ur!... Qu'iniporte? tu acras ta femme! Oui , sa femme 1... la chair de sa chair, la vie de sa vie, l'âme de son âme!

Pourquoi , parce que sa fortune est éflttlc à ta tienne! — Horreur!!...

o Que te semble-l-il aussi de Va/faire ■bâclée ? Le mariage une affaire!... une affaire qui jieul se Ijûclrr! — Oh! mou Dieu, mon Dieu, qu'il y a de petitesse et d'infamie dans ce monde !

o Et encore ceci: Fais-loi gentillet Gentille pour lui, pour cet inconnu , pour ce passant, pour ce premier venu! Fais-loi gentille, lâche de lui plaire.'... O Lasihénie ! eu te reiraçant CCS souillures , la rougeur me monte au visa'^e. Et lui , mon tuteur, il me disait cela avec calme, en souriant, et il ne pensait pas it SCS cheveux blancs! !... — Oh! les hommes, les hommes!

» Que pouvais-je répondre à M. Ilerbin? Il ne sent pas, cet hoinim. Je dus me soumettre. Pas nue observation ne s'échappa de ma bouche, pas une larme de mes yeux, pas une! Je me conformai strictement il tout ce que mon tuteur m'avait ordonné. Oui, I.asthénie, je me conformai <t tout, sans exception: je mis «ne robe neuve, je me fis gentille, j'eus de gracieux sourires, je tàrhai de plaire!!... — En un mot, je fus sublime do résignation; oui, sublime!

» M. Paul d'Orvilly me parut un jeune homme distingué.

• Il est brun, grand, bien fait, et décoré de la Légion d'Iionneur; — tu sais que c'était là noire rêve à tontes, à nous filles d'officiers morts au champ d'honneur! — Il esl jeune; il est, dit-on, appelé à de hautes destinées dans la glorieuse carrière qu'il a embrassée : capitaine du génie h vingt-six ans , cela promet I

» 11 a la voix extrêmement douce, d'excellentes manières...

» Mais — liéias! dois-je mut

dire? — M. d'()r\illy esl à

vingt-six ans aussi prosaïque,

•ussi bourgeois, aussi étroit

que mon iKiiiornble tuteur

M. Ilcrbin. Knfin l'homme à

qui je suis iiiiio ii tout jamais ,

'^ cet homme ne seul pas!...

<^- L'àiiie de ton lléloïsc est une

^ ■ ' âme incompi ise ! !...

» Hier, il est rnirc dans mon cabinet de travail. Je venais de ré|)aiidre quelques pensées sur le papier, et mou visage était haii^iiô de larmes. — Tn sais, Lasihénie, combien les larmes sont inspiratrices! ^ Il s'est approrhi' de moi, a jeté un regard sur les vers qui venaient de s'échapper de mon âme, il ne les a pas lus. — Je te jure, ô Lasihénie, par notre amitié pure et sainte, que je ne mens pas; cet homme n'a pas lu mes vers.' — H m'a (iris la main et m'a dit d'une voix glacée:

1) — Iléloïse, à présent que vous \o\\a femme de ménage, ne pensez-vous pas qu'il conviendiait de renoncer à ces folies de jeune fille pour vous livrera des occupations plus convenables? Ne pensez-vous pas qu'une femme mariée a tout autre rhosë à faire qw'it Jeter du noir sur du hlanc , à griffonner du papier? « J'admets qu'une pensionnaire s'amuse à rimer pour tuer le lemps; mais vous, ma chère amie, n'avez-vous pas des devoirs à rcmp I ir ?

une maison à diriger ? d es domesliipies à surveiller M { il n'a |ias osé dire : des - j boulons il coudre, des reprises à faire, des; chaussettes à ravauder! j'alten- ^JiVi dais cela)? ({^l^''

» Vous n'appartenez plus à vous seule, a-t-il continué; vous appartenez aussi à un mari qui vous aime (il s'est servi de ce mot , le profane ! il a osé jouer avec les vases de l'autel ! ), à nu mari qui veut partager vos joies et vos douleurs , mais ne veut pas que votre vie se passe djiis uu monde imaginaire, ne veut pas que vous vous passionniez pour des fantômes, et, surtonl, que vos larmes coulent sur des soulTrances créées à plaisir. Ainsi , ma bonne amie, croyez-moi , renoncez à une manie ( la divine poésie une manie !) qui |)ourrait vous rendre très-ridicule en même temps qu'elle vous empêcherait d'accomplir vos obligations de femme mariée (celte fois, ô ma L.isihénie, il m'a é|iai'gné sou horrible expression de femme de ménage ; dans mou cœur, je l'ai remercié de cette clémence). Allons, laissez là vos chefs-d'œuvre, (quelle spirituelle ironie! il n'avait pas lu mes vers; non, encore une fois, je le le jure, le barbare ne les avait pas tus!) et n'oublie/, pas (|ue vous avez aujourd'hui du monde à dîner..» » (;cla dit, il m'a baisé la main, m'a oll'erl son bras, et, sans que j'eusse la force de lui répondre, car j'étiiis plus morte (|ue vive et je re.sseuiblais à une criminclie que l'on conduit à l'échafaud, il m'a entraînée dans la salle à manger, et j'ai du m'occupcr de fiire metirc le couvert...

» Puis, mes convives sont venus — et quels convives, grand Dieu! Je les ai reçus avec une grâce parfaite, en véritable maîtresse de luaisoiii,, et, pour couronner l'œuvre, — ô Las-

LA FEMME LA PLUS MALHEi:RFA8E DU MONDE.

thf'nip, le croiraisinî — e'rst moi qui ai trn'i le potage!... » l'i minni r|iir j'arroiiiplis'ii\is rc (Icvdir, i>L d'OrNJIIy — il i<l;iii PII iiiiil'nniio . ma chère — (lOnuipait un chapon an kios sel !

• Le (lincr s'est passé ineixeiJIeiisemont. Ton» ren Rens-I."! éiaient rails; ils lu'accahhiicnl de coinplinu'iiis Irsphis nlaifidn iikiiiiIc; ils assuraient qu'ilest inipussililedo tniiivcr niic inm'ircu.sr dr iiiin.\on (poiiriiioi ne pas dire une aiibi>rpislc? ) pins aininlilf fpie moi; ils Diejitaienl an visage ma fjrûco et mon alTabilité. — Oud supplice!

D D«m8 la soirée, on m'a priée de chanter. J'aurais pu refuser,

pii^ieMer une indi-p isiiinii ; niais j':ii voulu lioire lo calice jusqu'à la lie : je nie snis nii^e an piano et j'ai I iiaiilé.... Oui, j'ai eu celte bonté d'àinr, et, pour qu'on n'eût rien h me reprocher , je leur ai ciianté niiiii iimrceau de l)ié(liliction , la loinuiice (lu Saii-

(el... Ils m'ont applaudie grossièrement , bruyaninieiit... comme

des gens qui ne comprennent pas. — Aucun d'eux n'a pleuré. » Quelle vie! luon Dieu, quelle vie!

.. J'ai pas.sé une nuit affieuso; je me suis efforcée d'étouffer mes sanglots , car

J). d'Oi\illy dormait.

— Il dort toujours,

cet luimmc! '....

» S'il se fut réveillé, = ,

s'il in'cOt demandé le j | v

sujet de mes laiincs,

qu'aurais-je pu répondre à cet être qui ne

sent pas?

• Commriit tout cela finira-t-il?... Ma tète est eu feu... Je n'ose te confier les pensées qui m'agitent... Elles te feraient peur... Lasihénie! Lasthénie! prie pour ton Héloïse, car, de toutes les créatures que, dans un jour de colère. Dieu a jetées sur cette terre d'exil, elle est la plus malheureuse I »

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