CHAPITRE XV
Su protecteur.
améla s'est rétablie , elle a continué ses débuts tout doncenicnt, incognito, sans porter oiid)rage à personne, et elle fait partie de la troupe aux appointements de i)(IO l'r. (le chiffre est bien loin des monts d'or qu'a\ait rê\és l'imagination maternelle, mais les illusions sont toujours là; Paniéla a du talent, et puis d'ailleurs Paméla est jolie.
Un mois no s'était pas écoulé depuis le premier début de la jeune lillo, et déjà, un soir qu'elle sortait du théâtre, une ouvreuse de loge officieuse, (lui de7 meurait dans son quartier, lui avait dit, tout en cheminant, qu'ellca\ait remarqué un monsieur d'un âge mûr, qui venait chaque soir prendre
place à l'avanl-scènc , et qui avait son binocle incessamment braqué sur la jeune débutante. Paniéla se promet bien de s'assurer par elle-même de la vérité du fait. Aussi lance-t-elle des œillades assassines h tous les amateurs des avant-scènes.
Dès qu'elle avait mis le pied sur les planches du théâtre, sa prévoyante mère l'avait d'avance effrayée sur l'amour des jeunes j|; gens, lille lui avait fait entendre \^ que donner son cœur à un jeune / homme, c'était le plus sûr moyen de n'arriver h rien ; que la jeunesse fuyait vite, et qu'il fallait penser à ses vieux jours. Pour donner plus de poids à ses discours au moyen d'un exemple, elle s'était oITirte elle-même, et, pour la première fois, elle révélait le passé de sa vie : son amour maternel , et, il faut bien le dire, un peu aussi son intérêt personnel , lui faisaient livrer son secret. « Oui, mon enfant, avait-elle dit, j'ai fait la folie d'écouter un jeune homme, et tu es le fruit de cet amour... Tu vois où cela m'a menée, h une loge de portière... et certes je n'étais pas faite pour cela. » ^'ilnporte à qui elle parle : il faut toujours que le discours de la portière vienne se couronner de cette phrase. Paméla, qui n'avait pas la moindre vocation pour l'état de sa mère, et chez qui avaient germé les idées ambitieuses que celle-ci avait semées en elle, s'était bien promis do défendre son cœur contre les assauts que l'on tenterait à son endroit, et elle s'était tenu vertueusement parole, si l'on peut appeler cela dd la vertu.
Les demi-confidences de l'ouvreuse de loges lui firent cnlrevoir l'éden après lequel elle soupirait en secret.
Elle s'irritait grandement de n'être pas mieux mise qu'une figurante , quand plusieurs de ses camarades qui n'avaient ni plus de talent, ni plus d'appointements qu'elle, avaient uue tenue de danseuse d'opéra.
Aussi, dcsie lendemain, porlal-cl!e toute son attention vers le monsieur de l'avanl-scène, et i ne lui fut plus permis de doultr qu'il ne vînt lii pour elle quand la complaisante ouvreuse lui remit le soir un petit poulet du vieil habitué.
Une jeune fille cache toujours à sa mère ses affaires de cœur; elle ne lui cache pas ses affaires d'intérêt. Or, ceci est une affaire d'iiUérêt. Aussi , Paméla n'est pas plutôt rentrée qu'elle fait part à la portière do ce qu'on lui a dit, de ce qu'elle a remarqué , et de la lettre qui lui a été remise. La bonne femme met gravement ses lunettes, lit, ou |ilutùt épelle la tondre épîlre, appuie sur chaque mot, et finit par dire : « C't'honime-là parait avoir des seuliuieiits; faudra voir. •>
Le manège continue aux avant-scènes; et enfin Paméla, après eu avoir conféré avec sa mère, pense qu'il s'est passé assez de temps en escarmouches, et ([ue , s'il est encore trop tôt pour se rendre , on peut du moins recevoir un parlementaire dans la place. En conséquence , l'ouvreuse est chargée d'une lettre de Paméla mur M. Adolphe, car le prudent amoureux n'a risqué qu'un prénom, qui, peut-être encore, n'est pas le sien. On accepte un reiidrz-vous aux Tuileries. Le monsieur est pressant, il fait des offres brillatitcs; et quand on juge qu'il s'est suffisamment enferré,