‹ L'étudiantChapitre 77 sur 243 · I. \ r(jiiTif;iu · texte numérisé non relu

I. \ r(jiiTif;iu

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Painéla s'en console eu ineUant sur le compte de la jalousie et de la cabale le refus (juc l'on fait de la laisser débuter sur uu théâtre lyrique, et la bi'illaule élève du C.ouscrvaldire , qui devait rnppekr niadauie Tasla et délrôucr uiadjuu' Dainoreau, est trop heureuse d'accepter uu inodeslo emploi de troisièmes rôles aux Fuitamluks.

cnAPrruK xiv.

Le jour dct débuti.

Enfin le f;rand jour a lui : c'est ce soir ([ue uiadinioin'ili' l'auiéla fait sou premier début dans uu vaudcvillecu uu acte inliliilé Widvux Calij'cx, et (pie sa digne mère, qui depuis un mois Tenu lul nommer dix fois par jour, a|)p('lie impcrturbablemeul les deux Canifs. Il est à iH'ine huit heures du uialiu , et déjà la portière a été chez tons les \oiNiiis leur couler la grande nouvelle. Mais hélas!

pour les billets qu'elle avait si généreusement offerls d'avance , il n'en esl plus question. Le directeur n'a voulu donner à la débutante que deux places de parterre et deux places de secondes loges.

Aussi il faut voir la belle colère de la maman : Ces cancres là! s'écrie-t-elle , ils mériteraient que Paméla fasse la malade et ne joue pas... ça les embarrasserait joliment ! Elle fait la maîtresse d'un Canif... cane se remplace pas facilement un rôle comme ça... et ils seraient obligés de faire relàciie... ça Icur'z'y apprendrait. » Ce qui la console un peu, c'est que le perruquier d'en face, qui ne veut pas perdre la pratique du faux-tour de la portière, et qui espère bien avoir la fourniture des perruques de la débutante, a promis d'acheter un billet de parterre et de claquer de inaiu de maître mademoiselle Paméla.

Généralement, la portière est fort peu à sa besogne; mais le grand jour du début de sa fille, elle est coinplétement étrangère à ce qui se passe dans la maison. On la déménagerait pièce par pièce, on la démolirait étage par étage, qu'elle ne s'en apercevrait pas. Elle est au troisième ciel; elle voit sa fille couronnée, portée en triomphe, apothéoses, et ne descendant de son nuage que pour tomber dans une voiture à quatre chevaux , à côté de quelque duc et pair qui aura sollicité sa main. Aussi malheur à ceux qui, ce jourlà , ont affaire aux locataires : elle vous enverra au cinquième pour celui qui loge au premier, au second pour celui qui habite le quatrième. Elle ne peut rester en place, elle va de sa loge à la rue et de la rue à sa loge , chantant sans s'arrêter, et avec accompagnement de son merle , ces deux vers , les seuls que sa fille ait à dire dans tout son rôle, et qui font partie d'un morceau d'ensemble :

Montrez-vous digne de mon cœur, Mon prince , soyez mon sauveur !

Tous les locataires qui sortent ou qui entrent sont forcés de subir l'expression de sa joie : « Excusez, monsieur, je vous demande bien pardon... c'est que c'est aujourd'hui que ma fille débute... Won Dieu, oui! dans les deux Canifs... une ouvrage faite ex-* près pour elle. J'aurais bien voulu offrir un billet à monsieur, muis le directeur a'a pas voulu en dop^er , parce qu'il dit comme ça que

le début de ma lillcdoil faire beaucoup d'argent... J'rrois bien, la première élève du (joiiservaioirel... ■> Et si le locataire s'éloigne sans b'exiasier sur le bonheur de la portière et sur le talent présuuiabli) de sa chère fille: « (^l'aniniid , s'écriii-t-elle , comme il m'répond... J'Iiii cousiille... sa lille (pii éreinte sou piano depuis six ninis, cl ipii ui- pcul pas seulement jouer : Ak! vouadirai-jc maman... Va , va, fais ta tète... tu seras peut-être bien heureux im jour si ma fille daigne ti' saluer... ■>

Ijilin Paméla revient de la répétition, et la portière oublie un instant tous ses griefs roulre l'espèce humaine pour se mirer dans sa lille. « Es-lu genlill'.;!... \X puis, connue tu as l'air distingué ! (/est sui'tout (piaiid lu chantes ton grand morceau... tu sais... Montrez- vous digne de mon cœur. Alors, vois-tu, tu es magnifique, (.hanli'-le-moi donc un peu. — Ah ! (|uelle scie !... J'arrive de la réjiéiiiioii , je suis cclilgnilc, faut que je jime à sept heures, et v'Ià (]u'elle veut uie faire chanter!... — Allons , allons, ne le fâche pas : c'est (pie j'aiiuc tant à l'entendre... Dis donc, l'améla, esl-y beau garçon celui (pii joue ton Canifi' — Calife, ma mère, Calife!... Voilîi cent fois que je le le dis : tu le fcras moquer de toi. — Canif, j'entends bien... je ne sais pas, moi... C'est que je l'ai vu l'auire jour (pii s(jrt,iit de la répétition, et H ne m'a pas l'air beau du tout. A ta place, moi, j'aurais signifié que je ne jouais qu'avec un joli garçon. »

Arrive enfin le soir, et l'heureuse mère se liQtedcrevêlir ses plus beaux aloiirs pour aller assister au triomi)lie de sa fille. Aussi la chatte en soiipe-t-eile trois heures plus tôt que d'ordinaire.

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La portière , qui a eu un billet des troisièmes loges , va prendre place à côté d'une voisine qu'elle a aiueiiée avec elli'. Dès que sa fille rentre en scène, la bonne femme ne se contient plus : • La voilà ! c'est elle !... Voyez donc comme elle se présente bien, comme son costume lui va!... »

Le public des boulevards est assez peu endurant; il a pavé sa place, et il veut avoir du plaisir pour son argent. Les cxclamaiions dc^ portière indisposent ses voisins, qui lui imposent silence d'un ton peu aiuiabic. Enfin elle se lait, car la débuiante vient d'ouvrir la bouche. Dès qu'elle a fini de parler , la por.ière est stupéfaite

niBLIOTlIKQUE POUR RlRh;.

da caliiir qui it';;no dons la siillc. « Eli bien! ils no rnpplaiuli'Jsriit pasi Ah i.ii! (ni'cîjl-cc qu'ils oui donc, ces iiuin'ciU's là?... » Mais

1;) pioce tout ciiliùic se joue ainsi, sans (jue l'on, fasse plus attention îi Panu'la qu'au dernier des conipaises. Au lieu des fieurs siu' k'S(|uclles la poiiièic comptait si bien , sa fille n'emporte du théâtre qu'un fort rhume qui la force de rester couciiéc pendant htiii jours, et elle même est malade d'une colère rentrée. Mais avec des ; soins cela n'a pas de ; suite, et Dieu sait si une portière se soigne lorsqu'elle est malade !

elle connaît une i..Uh >„ .^.,uv.> ùc tisanes toutes plus pcctoralts les unes que les autres!

Par exemple, elle ne se met jamais à la diète, ce régime étant déclaré par elle complètement abrutissant.

Aussi , lorsqu'elle recouvre la voix , elle en profite pour faire passer celte même colère sur toutes les personnes qui sont forcées d'avoir quelques relations sociales avec elle , et surtout sur le jiauvre porteur d'eau, s'il a le malheur de répandre une goutte de sa marchandise sur l'escalier.

Puis, après, l'infortunée mère épanche ses chagrins dans le sein de toutes les bonnes de la maison , et leur raconte comme quoi clic craint bien que le rhume de sa fille ne lui fasse perdre un sot, auquel la pauvre enfant n'a jamais pu monter.

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