CHAPITRE PREMIER
0<k l'auteur >e garde bien de dèiînir la grùetle.
on iioiiihrc d'autours , que je respecte iiirmiiiiciit (lu reste, ne couinieucent jamais leurs ouvrages sans se livrer à une espèce de définition du sujet qu'ils se proposent de traiter.
Au moment d'écrire un traité
philosopliiijue et physiologique sur
la (jrisettc , je me garderai bien de
suivre l'exemple de ces illustres
maîtres, — d'al)ord . parce que,
selon moi , toute définiiion a le
*'^'"" grand défaut de ne définir presque
Jamais rien , — et en second lieu parce que je serais infiniment
embarrassé de vous expliquer parfaitement en deux lignes ce que
c'est que la griscttc. C'est humiliant, mais c'est comme cela.
Par exemple , ce qui me console , c'est que le célèbre Napoléon Latulaù n'a pas été plus heureux que moi dans son fameux dictionnaire qu'il a appelé Français , je ne sais pas trop pourquoi ; et les membres de l'Académie eux-mêmes ont eu beau se réunir à quarante, ils n'ont pu parvenir à écrire sur ce sujet que trois lignes qui sont parfaitement insit^nifianies, et qui ne doivent donner qu'une idée bien faiise de la (jrisitle- fi tout malheureux aveugle qui u'a jansais pu la contempler face à face un seul insiant.
Les vieux hcuunes de lettres qui se réunissent au bout du pont des Arts pour délinir tous les mots de la langue française se montrent surtout fort irrévérencieux à l'égard de la (frisette, qn' 'M qualifient tout bonnement de SUBSTANTIF FÉMININ, en ajoutant tout simplement ces mots : — Jeune fi/lt ou Jeune femme de médiocre couililion.
O vieux du pont des Arts, on voit bien qus lorsque vous arrivez au fauteuil académique, vous n'êtes plus à ré|)oque charmante où vous faisiez des vers à Clitoris cl à Gti/cère, sans cela vous auriez plus de galanterie pour la plus jolie classe de toute la population féminine du loy.unne de rrnnce.
Mais la ^risette est bniine fille, elle vous pardonne voire irrévérence grammaticale , — et elle vous pnrdonne d'autant plus aisément qu'elle n'a jamais lu votre dictionnaire.
Quant à moi, je ne me montrerai pas de si facile composition k votre égard, ô vieux fabricants de dictionnaires, et je me permettrai de vous dire que votre définition de la grisette , outre qu'elle est irrespectueuse , renferme presque autant d'inexactitudes que de mots , — car toute femme de médiocre condition n'est pas une grisette, et du moment où la grisette véritable se marie et devient une jeune femme, elle n'est |)lus une griselle.
,\insi donc, suivant l'académicien du pont des Arts, la grisette est une jeune fille ou une jeune femme de médiocre condition , — mais il s'en faut r|ue toute la France adopte en cela le Uicticnnairc l'ranç.iis , car la griselle se voit définie d'une manière différente par toutes les classes de la société.
Tour la bourgeoise , grisette est synonsme de fdlctlc , —
HIBI.IOTIIÊQUE POUR RIRE.
Cl la l)imii;ooisc ne se sert |)rcs(|iie loujotirs qup du synonyme.
Wnw le houi'iîriiis ay.iiil un ii.ihil blcu-lwi beau , une cravate blanclie et un triple menton écarlate . une grisctte est soujoins une pclilf; — ciU-eile une fort belle taille , il ne inamiue jamais ilc lui (lire : — ma petite !
Pour la grande (jjnie (jui se voit enlever se^ adoratoin's ji.ir une jolie grisctte, cette giiselle est une cn'alure! — et pourtant vons m'avouerez que les feinnies niariiics devraient voir a\ec saii^rKiiim (|iie CCS jeunes lilles les déb.irrassent d'Iioniniagcs insupportables, qui tendent î\ jeter le trouble dans leurs vertueux tuénages.