CHAPITRE H
Où l'auteur aborde francbement aon tojet.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que les grisettcs ont élé appréciées, com-lisées et pliysiologiées. Il y a deux cents ans (|u'uii de nos plus gr.mds poëti's leur a consacré les vers suivants , tpii . pour être do ré|Hique de Louis XIV, ne sont pas déjà trop rococos :
liicBrisetle est un trésor,
l;t , sans se donner de la princ ,
F.t sans qu'au liai ou la promi^nc ,
(Jii en vient aisi'ment J bout ; On lui dit ce qu'on vent , hii'U souvent rien du tout : l.a peine est d'en trouver uuc qui soil fidèle.
I.a grisette de notre époque a bien quelque ressemblance avec celle du bon la ront;iiue. C'est toujours un trésor , si vous voidez; mais il faut la faire danser beaucoup et souvent : autrement , pas d'affaire , vous n'en viendrez jamais à bout. On lui dit toujours ce qu'on vent : elle y croit toujours. Quant à la fidélité , elle en a tout autant que certaines granoes dames , ne vous en déj)laisc.
Il en est de la griitelie comme d'uno foulg d'excellentes ibuvca
qui s'en vont; et, poiirpru (|iie nous allions qnel((iie temps encore, nous n'aurons bientijl plus rien de bon. La t^riseiie, la véritable et
non contrefaite, est une jeune fille de seize à trente ans qui travaille, coud ou brode toute la semaine, et s'amuse le dimaiielie. A Irenie ans, jusqu'à la vieillesse la plus reculée, elle perd sa s|iécialilé : ce sera une couturière, uneculoirière, une fleuriste , une modiste , une bruiiisscusc , une chainarrcnse, une ouvrière en chambre ou à la journée ; elle entrera dans la catégorie du coumiun dos martyrs.
Bonne , gentille , amusante et dévouée, la grisette est im singulier mélange des qualités les plus opposées; elle a des défauts siuis doute. L'homme n'est pas ne. parfait, disait un gendarme ; la grisette non plus n'est pas née parfaite, mais ciiez elle les bonnes qualités l'emportent sur tout le reste.
Le sort de la femme sur la terre n'est pns toujours des plus licureux; cl bien ((u'eu ail dit nous ne savons plus quel monsieur, que Paris était l'enfer (les chevaux et le paradis des femmes, il n'est pas bien certain que la grisolle ait jamais rencontré dans la capitale loules les joies du paradis. Elle peut quelquefois avoir do bons moraonis, mais au^si que de tristes quarts d'heure!
s'il nous est permis de nous =^^ exprimer ain.si. ^^^ — ('\
JJe bonne heure livrée it "' elle-même, la pauvre enfant, en sortant d'apprenlissago, se met dans sou à part (1) : un lit de sangle, un matelas, une chaise, un verre et un pot à eau composent son ameublement; c'est toul au plus si la chambre est assez vaste pour contenir tous ces objets. Elle domine les toits des cm lions, et vous pouvez facilemont reconnaître aux cainicines qui l'inoiidenl la fenêtre de son modeste appartement.
La grande dame professe pour la grisctte un souverain mépris ;
elle ne pont lui pardonner son joli pied , sa taille fine et élégante, et son gentil minois. Ce qui coniriluie encore à augmenter sa mauvaise humeur, c'est la profonde ignorance où esi la giiscilc de la jalousie qu'elle ex rite.
Iiisi-.ucianle et désintéressée, la bonne fille n'a jamais pensé à l'avenir ; elle restera ce qu'elle est. Adolphe sera toujours aujirès d'elle et ne l'abandonnera jamais. — Quelques mois encore , et son chéri reneonirera une princesse qui certes no la vnudia pas, et qui vengera bien la pauvre petite dos rigueurs et de l'abaiulon du cruel; — mais ii'aiilicipous pas sur les événements!
(1) Son appartement ,— françal» do grUcltc , de ripin et d'éoicllant.