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A L’ÉTUDE UES J INFUSOIRES, POLYPES, ETC

11 existe entre les cavités des deux individus une communication qui ne cesse que peu de temps avant leur séparation.

Dans les temps chauds, on voit quelquefois paraître sur le même individu trois ou quatre rejetons qui se reproduisent eux-mêmes avant d’être séparés du corps principal.

Si l’on coupe un polype transversalement en deux, chaque partie se développera bientôt pour former un nouvel individu ; M. Pritchard a vu les morceaux se reformer complètement en trois jours.

Baker, qui s’est beaucoup occupé du même sujet, rapporte quelques expériences faites par Trembley en 170/i. Lorsqu’on coupe un polype dans le sens de sa longueur, on obtient deux moitiés de tube, et les bords de chaque moitié se réunissent bientôt pour former deux individus distincts. Cette régénération s’opère en deux ou trois heures.

Si la section longitudinale n’est pas prolongée jusqu’à l’extrémité caudale, on pourra obtenir deux polypes sur une seule lige, et la division de ces nouvelles branches en produira de nouvelles. Trembley a obtenu de celte manière un polype à corps unique, surmonté de sept têtes. 11 les coupa ensuite : elles furent bientôt remplacées et formèrent elles-mêmes sept polypes complets. En lisant ces curieux détails, on se croirait transporté aux temps fabuleux où le fds de Jupiter soutenait un rude combat contre l’hydre de Lerne.

Trembley fit de nouvelles recherches, et reconnut que les deux portions d’un polype divisé transversalement pouvaient se réunir lorsqu’on les mettait en contact; bien plus, la moitié d’un individu s’est réunie à la moitié d’un autre ; mais ces deux expériences ne réussissent pas toujours.

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Trembley parvint à retourner le polype comme un doigt de gant, et l’animal ne cessa pas de vivre. Réaumur répéta toutes ces expériences conjointement avec de Jussieu et d’autres savants; il reconnut des propriétés semblables dans plusieurs animaux.

Donnons quelques renseignements sur la manière de conserver les polypes.

On doit les placer dans des vases larges et transparents; ils se portent de préférence vers le côté le plus éclairé.

Le liquide sera changé fréquemment, et si l’on ne peut se procurer de l’eau provenant de la mare où l’on a pêché les polypes, on pourra la remplacer par de l’eau de rivière, dans laquelle on fera toujours végéter quelques petites plantes, telles que les lentilles d'eau, etc. Avant de changer le liquide, il faut transporter les polypes, avec les barbes d’une plume, dans un vase contenant un peu de l’eau dans laquelle ils se trouvent.

On peut alors enlever les matières qui s’accumulent sur les parois du vase et empêcheraient les polypes de se développer, bien qu’on eût soin de leur donner une nourriture abondante et de changer l’eau.

On les nourrit avec de petits crustacés, des larves ou des vers ; si l’on ne peut s’en procurer, il faut couper de la viande crue en très-petits morceaux, qu’on laisse tomber doucement dans le liquide à l’endroit où se trouvent les polypes. Dans les temps rigoureux, on doit éviter de les placer trop près de la fenêtre, car le froid les engour-

dirait.

Ces polypes furent découverts en 1703 par Leeuwenhoek. On les trouve dans les coins des fossés, des bourbiers et des mares, vers le mois de mars. Ils s’attachent aux plantes aquatiques, aux fragments de bois, aux leuilles pourries, aux pierres, etc., (pii séjournent dans l’eau.

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Quelquefois ils sont fixés sur de petits insectes aquatiques.

On rassemble beaucoup de ces matières dans un vase, où les polypes ne tardent pas à se développer. Il est rare de les rencontrer dans les eaux stagnantes ou à courant rapide.

Les mares de la forêt de Saint-Germain sont assez riches en polypes. On cite surtout celle aux Canes, ainsi qu’un bassin situé dans le jardin du couvent des Loges.

Parfois les polypes sont couverts d’insectes qui finissent par les détruire; il faut les en débarrasser au moyen d’un pinceau très-doux qu’on promène légèrement sur leur corps. Les matières accumulées sur les parois des vases déterminent quelquefois la mortification d’une portion du polype, qu’il faut amputer pour sauver l’individu.

Il est assez difficile de préparer les polypes qu’on veut conserver dans les porte-objets; néanmoins on y parvient avec de la patience et de l’adresse.

Placez un polype dans une petite cupule avec une goutte d’eau; quand il sera bien développé, faites écouler une partie du liquide et plongez le tout dans l’esprit-de-vin. L’animalcule périra instantanément, en se contractant plus ou moins. Netloyez-le avec un pinceau fin, pendant qu’il est plongé dans l’aclool, et enlevez avec soin les insectes qui pourraient y adhérer.

En le retirant de l’alcool, ses différents appendices se réunissent et adhèrent ensemble; on ne pourrait les séparer sans les mettre en lambeaux. Il faut glisser une lame de verre sous l’animal qui surnage, et séparer les appendices; on le retire ensuite de l’alcool, et avec de petites pinces et le pinceau doux imbibé d’esprit-de-vin on dispose convenablement les différentes parties. Après avoir fait sécher la préparation, il ne reste plus qu’à la recouvrir d’une lame de verre mince maintenue par le blanc de

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plomb. Quelquefois on la place préalablement dans du baume de Canada.

Nous nous bornerons à ces renseignements; c’est dans l’ouvrage de Trembley qu’il faut lire l’histoire complète des polypes; cette belle monographie est un véritable modèle à suivre pour les travaux sur l’histoire naturelle.

Larve d’une espèce de dytique , vulgairement nommée crocodile. — Les œufs qui contiennent ces larves se trouvent, pendant le printemps et l’été, sous les plantes aquatiques et les conferves qui poussent à la surface de l’eau. Ils sont renfermés dans une espèce de sac un peu plus petit qu’un pois et d'une couleur blanchâtre; un filament délié les attache aux petites herbes et empêche qu’ils ne soient entraînés par le courant. Placés dans un vase plein d’eau exposé au soleil, ces œufs écloront en peu de jours. Les jeunes larves ont d’abord une couleur sombre et sont trèsactives; à une époque plus avancée elles quittent leur enveloppe, sont alors presque immobiles, perdent leur coloration et ne prennent pas de nourriture. Lorsqu’elles ont recouvré leur activité, on remarque, pendant la déglutition, les mouvements de la glotte, le passage des aliments dans le canal intestinal et la circulation des tluides dans les vaisseaux. On doit éviter de les placer dans un vase contenant d’autres insectes; car ces derniers seraient inévitablement détruits. Deux fortes mandibules, qui s’entrecroisent lorsqu’elles sont fermées, occupent la partie antérieure de la Lête. C’est avec ces armes redoutables que le crocodile saisit sa proie, la blesse et l'entraîne vers sa bouche. Sans attendre que la victime ail succombé, la larve s’abreuve des fluides et ne rejette que la peau de l’insecte. On distingue sur la même partie des palpes composées de quatre articulations et six yeux groupés de chaque côté. La tète est aplatie et réunie au

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thorax par des muscles flexibles qui lui permettent de se mouvoir dans tous les sens.

La transparence des tissus laisse apercevoir distinctement les ganglions nerveux, les trachées et l’organe pulsatoire, considéré par quelques naturalistes comme le cœur des insectes, mais qui ne reçoit aucun vaisseau, d’après les recherches de Cuvier et d’autres observateurs. Leur six pattes, hérissées de poils, sont terminées par de forts crochets et parcourues dans toute leur longueur par de petits vaisseaux ramifiés; la queue se partage en deux appendices qui en supportent d’autres plus petits; on prétend qu’ils se reproduisent lorsqu’on les détruit.

Ces insectes se nourrissent principalement de larves, d’éphémères et de cousins, quelquefois même ils se dévorent entre eux. A mesure qu’ils avancent vers leur maturité, leurs mouvements se ralentissent, et parfois ils sont tout couverts de Vorticellci convallaria qui s’y attachent par leurs filaments ; on peut surtout observer cette particularité lorsque les larves sont conservées dans un vase étroit. (Voyez Microscopie Cabinet, pi. I) (1).

Le Moncle ( Lynceus sphericus, Müller; Monoculus minutus , Lin.). — Le tégument de cet insecte est remarquable par des lignes réticulées qui lui donnent l’apparence d’un travail de mosaïque.

Cette coquille, très-transparente, est formée d’une seule pièce, mais elle est assez élastique pour que l’animal puisse la fermer ou l’ouvrir tà la manière des moules. Malgré leur nom de monocle, ces insectes ont deux yeux noirs de grandeurs différentes et enfoncés dans l’écaille.

(1) Le Microscopie Cabinet de Pritchard a élé traduit en français par N. P. Lcrebours. Sc trouve à Paris, chez M. Secrctan, opticien, 13, place du Pont-Neuf.

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Le bec est pointu et suit la forme convexe de l’enveloppe; au-dessous de lui est un second appendice plus court et terminé par des cils, puis viennent les deux antennes, portant également des soies à leurs extrémités. Quatre branchies sont placées sur le même rang à l’intérieur de l’écaille, et servent à imprimer un mouvement circulaire à l’insecte; quelquefois même elles paraissent lui servir à grimper le long des petites liges sur lesquelles il se fixe en les saisissant entre les bords de ses écailles. A la partie postérieure se trouve un appendice cilié armé de deux crochets, et portant à sa base une espèce de petit trident. On aperçoit parfaitement le canal intestinal et la nourriture qui le parcourt, ainsi qu’un petit corps ovoïde placé derrière la tête et doué d’un mouvement pulsatoire rapide.

Le monocle se nourrit d’animalcules. On le trouve pen dant l'été dans le creux des étangs et les flaques d’eau de pluie. Les petits prennent leurs ébats autour de leurs parents, et au moindre danger se précipitent vers leur mère, qui les remet à l’abri en les renfermant dans sa coquille.

Le Cycloi’E à quatre cornes ou moucheron d’eau (Cyclops quadricornis , Müller; Pediculus aquaticus, Baker). — Ce petit crustacé se trouve, dans toutes les saisons, à la surface de l’eau, mais surtout en juillet et en août; on le prend avec un petit filet. Le corps est couvert d’écailles imbriquées (jui se meuvent latéralement et verticalement; elles ne se réunissent pas sous le corps et laissent un passage aux branchies; le bec est court et pointu; un peu au-dessous se trouve l’œil unique, d’une couleur rouge foncé et noyé dans l’écaille. Aux deux côtés de l’œil naissent les antennes, dont la paire supérieure est la plus longue; elles sont articulées et couvertes de poils. Les cyclopes se meuvent par

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saccades et se traînent sur les liges au moyen de leurs branchies, qui sont d’une couleur bleuâtre. Les ovaires, en forme de grappe, sont très-développés, et situés, au nombre de deux, à la partie postérieure. Les œufs ont une forme globuleuse, et lorsqu’ils parviennent à leur maturité, on peut distinguer l’embryon avec un très-fort grossissement. La queue du cyclope se bifurque à son extrémité, et les deux branches sont terminées par des soies ramifiées chez la femelle seulement. On aperçoit très-bien le tube intestinal et les oviductes de la femelle. La couleur de ces crustacés varie. Souvent pâles et transparents, ils sont quelquefois marquetés de rouge ; les uns ont une couleur bleu verdâtre, les autres sont rouges et leurs ovaires sont colorés en vert.

Ayant à nous occuper dans ce chapitre d’un grand nombre d’expériences, nous avons abrégé les descriptions; nous passerons même sous silence le petit Cyclope, la larve du Cousin, V Hydrophile, la Libellule , etc., en renvoyant aux ouvrages de Müller, Baker, Adams, au Microscopie Cabinet et Microscopie Illustrations , par le docteur Goring et M. Pritchard, où l’on trouvera des détails étendus et de fort belles planches représentant ces différents objets.

Disons maintenant quelques mots des infusoires fossiles. Nous extrairons ce qui suit du tome VI des Annales des sciences naturelles, année 1836, où se' trouve le mémoire de M. Ehrenberg, publié dans les Annales de Poggendorf , vol. XXXVIII.

« M. Fischer, propriétaire de la manufacture de porcelaine de Pirkenhammer, près de Carlsbad, avait remarqué que les dépôts siliceux ( Kioselguhr ) des tourbières de Franzbad, auprès d’Egn, en Bohême, se composaient presque exclusivement d’enveloppes de navicules. Il fit un

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envoi tic ce dépôt à M. Ehrenberg, qui reconnut que ces enveloppes appartenaient au Navicula viridis, encore répandu très- abondamment aujourd’hui dans les eaux douces des environs de Berlin et autres endroits. 11 trouva également que ce même échantillon renfermait plusieurs autres espèces semblables à celles qui existent actuellement. Déjà, en 183/i, M. Ehrenberg avait signalé à l’Académie la découverte de M. Külzing sur la composition siliceuse des enveloppes deBacillariées. Il fit de nouvelles recherches sur les différentes espèces de tripoli et de terres à polir employées dans les arts, et observa que le tripoli ordinaire ou feuilleté de Bilin en Bohême se composait uniquement d’infusoires, et qu’il existait dans la terre à polir du même pays, et dans le fer limonite lufacé des marais, un nombre infini d’individus du genre Gaillone/la. 11 rencontra également des débris d’infusoires dans la farine fossile de Santa-Fiora en Toscane, etc. »

M. Ehrenberg termine son Mémoire par l’évaluation du nombre d’infusoires qui forment ces matières. D’après ses calculs, une ligne cube de pierre à polir de Bilin en contient 23 000 000, et un grain de cette même substance, 187 000 000 !

En résumé, il existe un nombre infini de carapaces fossiles d’infusoires dans les substances que nous venons de nommer, ainsi que dans les dépôts siliceux de l’île de France et les tourbes de Franzbad. Ces carapaces appartiennent à des individus que l’on trouve encore vivants aujourd’hui, soit dans l’eau douce, soit dans l’eau de mer. M. Ehrenberg a déterminé plus de quarante espèces des genres Navicula , Gonphonema , Gaillonclla , Synedra, Bacillaria et Spongia.

a l’étude des infusoires, polypes, etc.

Description «le .100 infusoires. (Voy. l’Atlas.)

Parmi les nombreux objets dont le microscope nous a révélé l’existence et les caractères, la classe des êtres désignés sous le nom tï animalcules infusoires est peut-être la plus remarquable, si l’on considère que des myriades d’atomes vivants (car dans la série des animaux on ne saurait leur assigner d’autre dénomination) agissent et se meuvent dans la plus petite goutte d’eau avec autant de rapidité et de facilité que s’ils étaient dans un océan sans bornes.

L’intérêt le plus vif s’emparera de l’esprit de tout bomme habitué à méditer sur les perfections de la nature et à reconnaître avec admiration la main qui la dirige à travers l’immense variété de ses œuvres merveilleuses.

Nos connaissances sur les plus petites parties de la création étant principalement acquises au moyen du microscope, toutes les améliorations dont cet utile instrument a été l’objet ont naturellement contribué à en augmenter successivement la masse. Le haut degré de perfection que le microscope a acquis de nos jours doit faire espérer que de nouvelles investigations, dirigées dans un bon esprit, amèneront des découvertes propres à satisfaire la curiosité personnelle et à procurer à la science des résultats importants.

Durant plusieurs années après la publication du célèbre ouvrage de Müller, intitulé Animalcula infusoria (1786), l’étude de celle partie de l’bistoire naturelle était demeurée stationnaire, si toutefois elle n’était pas entièrement abandonnée. De nos jours, cette science a revêtu ce que l’on peut appeler une forme régulière résultant des matériaux les plus précieux, c’est-à-dire de la réunion de laits posi-

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tifs enfantés par l’observa lion pratique la plus scrupuleuse.

L état avancé où elle est parvenue aujourd’hui est dû principalement aux travaux du docteur Ehrenberg, en ce qui regarde la classe des phytozoaires.

Lamarck, en 1815, et Cuvier, en 1817, avaient considérablement amélioré la classification des animalcules infusoires; mais les systèmes introduits par ces deux naturalistes n’étant pas fondés sur un examen attentif des individus eux-mêmes, j’ai cru devoir suivre dans ce petit traité les classifications données par Muller et par le docteur Ehrenberg.

Le mol animalcule ne signifie rien autre chose que le diminutif d’tz///m«/ (1) : il est communément employé pour désigner 1rs petits êtres vivants qui se trouvent dans les liquides, et dont l’extrême ténuité ne permet l’élude ni même la vue à l’œil nu. Tels sont, par exemple, ceux qui se trouvent en si grand nombre dans les infusions végétales et animales.

Les différentes classifications dont ces animalcules extraordinaires ont été l’objet reposent principalement sur des caractères tirés de leurs dimensions et de leurs formes extérieures.

Jusqu’à ce que Ton ait eu la pensée de mêler au liquide qui leur sert de nourriture des matières colorantes (expérience qui a été féconde en résultats), les infusoires furent considérés comme dépourvus d’organisation intérieure; on pensait qu’ils se nourrissaient par absorption. Cette erreur a disparu depuis qu’on a trouvé le moyen d’inlro-

(I) M. le eolonel Bon de Saint-Vincent. dans un savant travail inséré dans son Dictionnaire classique d’histoire naturelle , a proposé le nom de rmçrosQOpiques pour désigner las infusoires ou animalcules. C. G.,

a l’étude des unfusoihes, polypes, etc.

(luire clans leur inlérieur des substances colorées, qui ne paraissent d’ailleurs exercer sur eux ou sur leurs fonctions aucune influence fâcheuse. Par ce procédé, on a reconnu dans quelques infusoires une organisation intérieure égale; sinon supérieure à celle de plusieurs grands animaux invertébrés. Ces petites créatures ont un système musculaire, un système nerveux, et, selon toute probabilité un système vasculaire, admirablement disposés pour accomplir leurs fonctions respectives.

La partie la plus évidente de leur organisme intérieur est, sans contredit, celle qui sert aux fonctions digestives. Le docteur Ehrenberg l’a choisie comme base principale de sa classification, où les animalcules dits phytozoaires sont partagés en deux grandes divisions : les polygaslriqués et les rotatoires. Les premiers ont plusieurs estomacs ou sacs digestifs distincts; les seconds sont pourvus d’un véritable canal alimentaire et d’organes rotatoires formés de cils disposés de manière à faire arriver dans la bouche les objets nécessaires à l’alimentation. Ces deux divisions principales de phytozoaires sont ensuite subdivisées en familles et en sections.

Suivant leurs dispositions, les cils servent aux animalcules d’organe de locomotion et les font, dans plusieurs cas, nager avec la plus grande rapidité. Ces appendices paraissent roides comme les cils des yeux, et d’après la description que donne Ehrenberg de plusieurs de ceux qu’il a observés, ils ont pour base une espèce de substance bulbeuse et sont mus en différentes directions par des fibres musculaires, déterminant ainsi dans l’eau un courant qui entraîne vers la bouche des animalcules l’eau et les substances qui servent à leur nourriture. Ces cils sont quelquefois disposés autour de certains organes de forme circulaire; leurs vibrations particulières, qui leur donnent

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l’apparence d’un mouvement rotatoire, les ont fait nommer organes rotatoires.

Parmi les autres caractères que présentent, à l’extérieur les animalcules infusoires, il faut distinguer :

Les soies mobiles, qui agissent probablement comme les nageoires des poissons et facilitent les moyens de locomotion ;

Des espèces de crochets ou appendices recourbés à leur extrémité, servant aux infusoires à se fixer sur l’objet qui leur convient.

Les styles fixés à leur base diffèrent des cils, en ce sens qu’ils ne peuvent produire de mouvement rotatoire. Ces appendices, nommés appendices variables, permettent aux animalcules de marcher ou de nager.

Les figures 8 à 12, 15/i et 155, donnent une idée de celle singulière conformation.

Je passe maintenant aux divers moyens à employer pour acquérir une connaissance plus intime de cet intéressant sujet.

C’était autrefois une hypothèse favorite chez les naturalistes de présenter les infusoires comme des êtres qui se nourrissaient par l’absorption cutanée. Ils pensaient aussi qu’on ne parviendrait pas «à découvrir des organes propres à l’alimentation et à la digestion. Le baron G/eichen fut le premier qui soumit, à V épreuve la vérité de cette théorie : il avait mis du carmin dans l’eau contenant des animalcules, et il avait remarqué que dés le second jour certaines parties seulement de l’intérieur du corps étaient remplies de matière colorante, ce qui démontrait évidemment l’existence d’organes alimentaires. Néanmoins Gleichen ne poursuivit pas ses recherches sur ce sujet; c’est aux expériences du docteur Ehrenberg que nous devons la description des différentes formes de ces organes.

a l’étude des infusoires, polypes, etc.

De nouvelles expériences ont l'ail reconnaître qu’il était nécessaire d’employer des matières colorantes végétales, telles que le carmin et l’indigo dans leur état naturel. C’est en opérant ainsi, et avec l’aide d’excellents microscopes, que le docteur Ehrenberg est parvenu à étendre considérablement le cercle des connaissances, Irès-imparlaites, qu’on possédait avant lui, sur celte partie de l’histoire naturelle.

Avant d’indiquer la manière d’examiner les infusoires sous le microscope, je dirai quelque chose des moyens à employer pour s’en procurer.

Toutes les parties des végétaux, les tiges, les feuilles, les fleurs, les graines, peuvent être mises en infusion ; mais il faut avoir grand soin qu’il ne s’y trouve aucune \ parcelle de quinquina. Les substances végétales sont mises dans l’eau claire. Plusieurs jours après, si le vase qui les contient nVpas été agité, il se forme à la surface du liquide une pellicule qui, examinée à l’aide du microscope, se montrera remplie de divers animalcules. Les premiers qui se présentent sont ordinairement de l’espèce la plus simple (les monades ). Après plusieurs jours, le nombre en devient tellement prodigieux qu’il est impossible de supputer la quantité de ceux qui se trouvent dans la plus petite goutte de liquide.

Plus tard, ce grand nombre diminue, et j’ai presque toujours observé qu’à ces premières espèces succèdent d’autres animalcules d’un volume plus considérable et d’une organisation plus parfaite: ce sont, par exemple, les cyclides des paramécies, des kolpodes, etc.

Il convient toutefois de faire remarquer ici que la production des animalcules ne suit pas une règle constante, même dans des infusions semblables. Si le vase a une certaine capacité, et si d’ailleurs il est placé dans des con-

ARTHUR CHEVALIER

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dilions favorables de température et d’exposition, il s’y développe successivement les plus grandes espèces d’animalcules, telles que les vorticelles et les brachions. Ainsi une seule et même infusion récompensera de la faible peine qu’on aura prise à la faire par une très-grande variété d’espèces. L’eau dans laquelle on a fait macérer des Heurs produit aussi des animalcules en abondance, et Sir G. Leath a remarqué que des godets de plomb remplis d’eau qui se mettent dans les cages des oiseaux en contiennent plusieurs espèces, notamment des rotifères.

On peut aussi se procurer des animalcules microscopiques de toute sorte en puisant de l’eau dans les bas-fonds des étangs, près des bords, et surtout dans le voisinage des plantes aquatiques.

Il est presque impossible de présenter à l’esprit, autrement que par des figures, une idée exacte des différentes formes qu’affectent les animalcules infusoires, car ces êtres extraordinaires ne ressemblent à aucune production de la nature. Je n’ai épargné ni soins ni dépenses pour que les dessins qui accompagnent cet ouvrage représentassent aussi exactement que possible les animalcules, tels qu’ils apparaissent sous le microscope. Je ne prétends pas dire que les nombreuses figures que je donne reproduisent toutes avec la dernière rigueur les plus petits détails de structure des êtres microscopiques. Pour quelquesuns, l’exactitude est complète; mais c’eût été un travail immense que d’appliquer à toutes les espèces figurées le même soin d’exécution. C’est déjà beaucoup que d’être parvenu à présenter des dessins assez corrects pour faciliter l’étude et les recherches, et d’en avoir réuni la collection la plus exacte et la plus complète qui ait encore été offerte au public.

Par l’inspection des figures on verra que quelques ani-

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malcules ressemblent à des sphères, d’autres à des œufs ; il en est qui représentent des fruits de différentes espèces, des anguilles, des entonnoirs, des toupies, des cylindres, des cruches, des roues, des flacons, etc., etc. Tous ont leurs habitudes particulières et vivent delà manière la plus conforme à leurs diverses structures.

Les uns se meuvent dans l’eau avec une rapidité extraordinaire, d’autres, au contraire, paraissent inertes, et exigent, pour faire apercevoir leur vitalité, des observations longues et patientes. Il en est q.ui sont mous et s’écrasent facilement, d’autres qui sont recouverts d’une coquille délicate ou d’une enveloppe semblable à de la corne. Elle offre divers degrés de densité, ainsi que dans le Volvox , le Gonium, dont l’enveloppe est épaisse relativement aux autres; chez ces infusoires la partie molle se reproduit par la division multiple, et les divisions constituent autant de jeunes individus qui, à leur naissance, crèvent leur enveloppe, détruisant ainsi les moindres vestiges de l’animalcule qui les a produits.

Plusieurs infusoires sont simplement couverts d’une lame qui ressemble à l’écaille des tortues; quelquefois elle entoure complètement l’animal en ne laissant que deux petites ouvertures aux extrémités; chez d’autres, ces écailles sont bivalves, ainsi que celles qui renferment les huîtres et les moules.

En se reportant aux planches, on pourra reconnaître assez exactement les modes tout à fait extraordinaires de reproduction des animalcules infusoires.

Les animaux vertébrés sont ovipares ou vivipares; ces mots désignent suffisamment la manière dont ils se propagent. Il n’en est pas de même à l’égard des animalcules, car, outre ces deux moyens de reproduction, ils en ont d’autres qui leur sont propres.

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1° La division spontanée de leurs corps en une ou plu sieurs parties constituant autant d’individus qui, parvenus à leur entier développement, jouissent de toutes les facultés attribuées à leur classe. Dans quelques genres, cette séparation a lieu d’une manière symétrique (dans le Gonium , etc.) ; dans d’autres elle s’opère par sections transversales, longitudinales ou diagonales, et dans ce dernier cas les parties détachées ont souvent une apparence différente de celle qui distingue; les individus dont elles se séparent. Ainsi, par exemple, la figure 160 représente l’animalcule détaché par division transversale de celui représenté figure 159. Cette circonstance, je dois le faire observer, est quelquefois une difficulté, lorsqu’il s’agit de déterminer les espèces.

2° Ils se produisent, ainsi que le Volvox et quelques autres genres, par la distribution de la substance intérieure d’un individu, en plusieurs petits ; en prenant ainsi naissance, ils abandonnent l’enveloppe commune, qui ne tarde pas à disparaître.

3° Par boutures qui se développent sur le côté du corps de certaines espèces et s’en détachent ensuite, ainsi qu’on le voit figure 218.

4° Enfin par l’émission d’une espèce de frai qui entraîne avec lui une portion du corps de l’animalcule éjaculateur. Voyez les figures 79 et 80.

Pour observer convenablement les animalcules infusoires au microscope, il convient d’employer les glissoirs aquatiques dont j’ai donné la description dans le Microscopie Cabinet (1). On peut aussi se servir d’une bande

(1) The Microscopie Cabinet, par le docteur Goring et Pritchard, in-8. Londres. (Traduction en français, chez M. Secretan, opticien, 13, place du Pont-Neuf, Paris.)

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de glace sur laquelle on met une goutte d’infusion que l’on couvre d’une lame mince de mica ; cette lame mince a pour effet d’empêcher la trop prompte évaporation du liquide et d’en rendre la surface plane.

Quand un objet est choisi et placé sur la platine du microscope, il faut encore régler l’éclairage et déterminer le grossissement qui lui convient le mieux. Ces deux points doivent être soigneusement étudiés , car la beauté des effets, même dans les meilleurs microscopes, dépend surtout de ces deux conditions importantes.

Pour l’observation des animalcules infusoires, le microscope achromatique bien construit a sur tous les autres un immense avantage. Il a un vaste champ, se manie avec facilité, et d’ailleurs il est applicable à l’examen de tous les objets. A défaut d’un instrument de ce genre, il convient de faire usage de bons doublets qui jouissent d’un haut pouvoir pénétrant et définissant. A ces précieuses qualités ils joignent le mérite d’avoir moins d’aberrations que les verres simples. Enfin, si l’on se trouvait dans l’impossibilité de se procurer les espèces de microscopes que je viens d’indiquer, on pourrait encore, en employant de bonnes lentilles simples bien montées, observer les animalcules des infusoires avec plaisir et avec fruit.

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