‹ L'étudiant micrographeChapitre 7 sur 67 · II · texte numérisé non relu

II

lions; dans ce dernier cas, on place sur la platine un tambour en cuivre, muni d’un disque en glace. Le miroir est doublement articulé, et à pivot, de façon à envoyer sur l’objet la lumière oblique ou directe, enfin ce modèle est précieux pour tous les genres d’observations. Le montage à coulisse, qui permet le changement du composé en simple, est très-précis, facile à manœuvrer, et n’est sujet à aucun dérangement. Ce modèle se construit

DU MICROSCOPE COMPOSÉ, aussi à platine tournante, mais dans ce cas on n’ajoute pas

On trouvera dans les chapitres qui vont suivre, les moyens d’éclairer convenablement l’objet, de le mesurer, de le dessiner, de le disposer et de le préparer pour l’observation.

Malgré cela, il est utile d’indiquer ici, du moins sommairement, la manière de disposer l’instrument pour l’observation.

Pour les quatre premiers modèles que je viens de décrire, l’instrument étant sorti de la boîte est prêt à servir aux observations. On commence par placer l’objet sur la platine du microscope, puis on applique l’œil près de l’oculaire ; ensuite on tourne le miroir dans tous les sens, de manière à faire tomber les rayons lumineux sur l’objet, ce qui arrive lorsque le champ du microscope apparaît bien uniformément éclairé. 11 ne reste plus qu’à mettre au point de vue, ce qui s’obtient, soit au moyen du tube à frottement ou au moyen de la vis ou de l’engrenage. On règle ensuite la lumière, suivant la nature de l’objet, ainsi que je l’indiquerai au chapitre spécial relatif à l’éclairage.

Le microscope figure 76 a l’avantage de pouvoir s'incliner ; cette disposition plaît à certaines personnes, car elle ne fatigue pas; c’est dans ce genre que sont disposés la plupart des microscopes anglais. C’est au moyen d’une charnière que l’on obtient toutes les inclinaisons. On peut aussi observer verticalement et horizontalement.

La figure 77 représente un microscope à platine tournante d’après le célèbre anatomiste Strauss, qui en a le

le microscope simple.

ÇHARLOT

DU MICROSCOPE COMPOSÉ. o9

premier démontré l’utilité incontestable, car le Baillif, en 1829, avait fait construire par Charles Chevalier une platine à engrenage circulaire pouvant faire pivoter l’objet

Fig. 77.

sur lui-même. Cette disposition est utile dans beaucoup de cas, pour faire tourner l’objet de façon à présenter toutes ses parties à la lumière; en procédant de la sorte, on voit souvent des détails qui resteraient inaperçus sans l’emploi de ce moyen. Le miroir est articulé pour observer avec la lumière oblique, le diaphragme est disposé de façon à recevoir les condensateurs, le prisme pour la polarisation et d’autres appareils.

Le microscope de Strauss à colonnes , moyen modèle ,

DU MICROSCOPE COMPOSE

est représenté figure 78; c’est un des systèmes les plus commodes et les plus complets. Citons ses avantages : à l’aide d’une large charnière, cet instrument peut se placer

Fig. 78.

suivant toutes les inclinaisons, le tube est à tirages. La platine est tournante et recouverte en glace noire; le miroir est articulé en tous sens, les diaphragmes, les prismes, se placent dans une pièce spéciale, capable de se mouvoir verticalement a l’aide d un levier. On peut donc dire que cet instrument se plie h toutes les exigences des observations.

DU JMCROSCOPE COMPOSÉ.

Le microscope chimique de Charles Chevalier est représenté figure 79. Comme on le voit par la disposition, les vapeurs dues aux réactions chimiques, ne se dirigent

pas sur les lentilles, mais vers le miroir. Ce microscope a été d’abord employé par notre célèbre chimiste M. Dumas.

La figure 80 représente un microscope composé, dont la disposition est due au savant professeur Ch. Robin. Il se compose d’un pied octogone de cuivre tenant une colonne sur laquelle se trouve fixé un tube de microscope. La mise au point s’obtient à l’aide d’un engrenage. Cet instrument, muni de séries faibles et d’un prisme redresseur, sert pour les dissections sur les corps transparents ou opaques. Dans ce dernier cas on enlève du pied le support a miroir

',z DU MICROSCOPE COMPOSÉ.

indiqué sur la figure. M. le professeur Lacaze-Dutliiers, savant anatomiste, a fait construire ce modèle monté sur

Fig. 80.

un trépied, de façon à pouvoir s’en servir pour regarder dans des vases d’une certaine dimension.

Le microscope de Strauss, grand jnodèle, à colonnes, est représenté figure 81. Gel instrument, que l’on peut considérer comme le plus complet, renferme les oculaires les plus forts et toutes les séries, la chambre claire, les condensateurs oblique et centrique, les micromètres objectif et oculaire, lentille convexe pour les corps opaques, miroir

DU MICROSCOPE COMPOSÉ. 93

de Lieberkühn pour le même usage. La partie mécanique est très-précise; la mise au point s’obtient pour le mouve-

Fig. 81.

ment prompt, à l’aide d’un engrenage à double bouton, la vis de rappel à pas très-fin sert pour le mouvement lent. La platine est recouverte en glace, l’éclairage est à levier parallèle ; cet instrument possède aussi deux miroirs

94 DU MICROSCOPE COMPOSÉ

plan el concave, ainsi qu’une platine mobile très-précise qui peut s’enlever à volonté. D’après ce bref exposé, on voit que cet instrument ne laisse rien à désirer.

Nous allons maintenant décrire le microscope universel cle Charles Chevalier , inventé en 1830, et qui renferme tous les avantages qui se trouvent dans les microscopes déjà cités. C’est donc en analysant ce modèle que l’on a construit les autres microscopes.

Cet instrument a été décrit dans son ouvrage intitulé: Des microscopes et de leur usage , publié en 1839.

Le premier de ces microscopes figurait à l’Exposition des produits de l’industrie, en J 8 3 à ; il était destiné au Collège de France, et fut construit sur la demande de M. Serres.

Ce microscope est à juste titre nommé universel, car il est à la fois horizontal, vertical, simple, composé, incliné, redresseur pour les dissections, renversé pour la chimie, etc., etc. ; enfin, ce microscope peut se prêter à toutes les exigences que nécessitent les observations.

Les avantages que présente cette construction sont incontestables, nous examinerons séparément chaque pièce et chaque accessoire dans ce chapitre. Signalons d’abord que la position horizontale d’Amici est dans certains cas % préférable à celle verticale. A ce sujet, Charles Chevalier s’exprime ainsi : « Lorsque l’on a besoin de faire des observations prolongées avec le microscope vertical, on ne larde pas à sentir un engourdissement douloureux dans les muscles postérieurs du cou ; on est obligé de suspendre fréquemment l’expérience et chaque fois la douleur revient avec plus de rapidité. La position de l’œil est la plus désavantageuse pour les observations microscopiques; en effet, le fluide qui lubrifie la surface antérieure de l’organe suit les lois de la pesanteur et s’accumule dans le point le plus

DU MICROSCOPE COMPOSE

déclive, lorsque l’œil est. incliné en bas de manière à voir dans le microscope, ce fluide doit nécessairement se porter sur la cornée en face de l’ouverture pupillaire. Pour peu que l’œil soit prompt à se fatiguer, la sécrétion de l’humeur sera augmentée et dès lors il ne reste plus qu’à suspendre les recherches. Avec le microscope horizontal, au contraire, le corps reste parfaitement droit. Le fluide lubrifiant du globe oculaire s’amasse dans la gouttière que lui fait la paupière inférieure d’où il est repris par les conduits lacrymaux. Du reste, l' application des meilleures chambres claires et de certains procédés micrométriques exige la position horizontale du savant Amici, et de plus les expériences chimiques sont d’une extrême facilité lorsque le microscope est dans cette position. »

On voit donc par ce bref énoncé que le microscope horizontal a de grands avantages. Quelques observateurs préfèrent la position inclinée; du reste, ce microscope peut facilement se placer à toutes les inclinaisons possibles. Cet avantage est obtenu à l’aide d’une simple charnière; quelques observateurs arrivent à cet effet avec un prisme, mais ce moyen ne vaut pas le précédent, car il fait perdre de la lumière. La nouvelle disposition de la vis de rappel; celle de la platine, du miroir; enfin l’ensemble de toutes les combinaisons qui assurent la justesse et la précision, font facilement voir que ce microscope est vraiment universel. Comme nous allons le voir, ces divers changements s’obtiennent très-facilement, les pièces se remplacent et les mouvements s’exécutent, sans que l’instrument éprouve le moindre dérangement dans sa stabilité, à cause de la précision apportée dans la disposition mécanique.

La figure 82 représente l’instrument qui se visse sur un pied de cuivre. Dans ce microscope, le tube T se meut à frottement doux dans le tube Z, la lige D pivote dans

JO DU MICROSCOPE COMPOSÉ

la pièce S. Le tube portant les lentilles pivote aussi en P, afin de changer ces dernières.

Fig. 82.

Le porte-prisme V entre à frottement sur les tubes A et Z pour composer le microscope horizontal. Pour obtenir le microscope vertical , on enlève d’abord la pièce V avec le corps de l’instrument Z ; on sépare ensuite le porteprisme V du corps Z, puis on ajoute à frottement ce dernier sur le tube A : de la sorte, on a l’instrument vertical.

La pièce AP s’ajuste sur la lige D au moyen d’une goupille mobile à bouton g. La pièce V, entrant à frottement doux sur le tube A, donnerait le moyen de faire pivoter le corps Z et le porte-prisme V autour d’un axe qui 'passerait par l’objectif Y.

La tige C est fixée inférieurement sur la pièce E au moyen du bouton goupille G.

DU MICROSCOrE COMPOSÉ.

Le miroir II esl mobile autour d’un anneau pour obtenir la lumière oblique. La platine esl mise en mouvement par le pignon 0. La vis de rappel Q donne le mouvement lent. Le 'diaphragme variable R est fixé sur une pièce à charnière et cà pivot qui permet de le supprimer. Nous avons déjà vu comment on transforme le microscope horizontal en vertical : pour avoir un microscope simple, il suffit d’enlever le corps du microscope fixé au support sur la pièce PA au moyen du bouton g ; on le remplace par un anneau qui se fixe de même avec le boulon g et qui est destiné à tenir les doublets. Pour avoir le microscope chimique, rien n’est plus simple : Faites décrire un quart de cercle de droite à gauche au tube Z et au porteprisme qui se meut à frottement sur le tube A. Cela fait, retirez le bouton G, et relevez la colonne C sur la charnière, E, faites alors décrire un demi-cercle à l’appareil sur le pivot S, abandonnez le tout sur la charnière, afin que l’appareil se trouve horizontal, et vous aurez un excellent instrument disposé pour les expériences chimiques. Il ne vous restera plus qu’à retourner la platine et à poser dessus une plaque portant des lampes à alcool, si on désire faire intervenir la chaleur.

Ce microscope peut aussi s’employer à toutes les inclinaisons que l’on désire au moyen de la charnière E. Si l'on veut employer la lumière directe, on peut relever l’appareil horizontalement sur la charnière E, ou, cela fait, en lui faisant décrire un quart de cercle sur le pivotS, on le place encore dans la position horizontale sans difficulté.

Du reste, au moyen de la charnière E et du pivot S, il est facile de concevoir que l’on peut diriger le microscope dans toutes les positions que l’on peut désirer. Si l’on a lu attentivement cette description, on pourra voir que le mi-

ARTHUR CHEVALIER. 7

98 DU MICROSCOPE COMPOSÉ

croscope universel réunit tous les avantages que l’on peut désirer.

La figure 83 représente le microscope universel grand modèle , qui renferme un plus grand nombre d’accessoires

([ue le précédent. Ce microscope est horizontal, vertical, incliné, chimique, mais il ne peut se transformer en microscope simple. 11 est muni de deux platines, l’une simple et l’autre mobile, recouverte en glace noire.

La figure 8/i représente également le grand microscope universel dans les diverses positions qu’il peut prendre. Dans la ligure I, l’instrument est horizontal; la description

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

des différentes pièces se rapportant au petit modèle que nous venons d’analyser, nous renverrons donc le lecteur à ce que nous avons dit précédemment. La figure II représente l’instrument vertical. La figure 111 montre le micros-

Fig. 84.

cope renversé pour les études de chimie. La figure IV représente le prisme redresseur et la figure V la position des prismes de Nicol pour la polarisation, enfin la figure VI indique la disposition du miroir de Lieberkühn pour l’éclairage des objets opaques.

Le microscope diamant ou de poche, inventé par Charles Chevalier, en 183/j, est représenté figure 85.

La figure donne une idée de cet instrument qui a l’avantage de pouvoir se mettre dans la poche, et qui est d’une utilité incontestable pour les médecins qui ont souvent des observations microscopiques à faire chez leurs malades;

Fig. 85.

4 00 DU MICROSCOPE COMPOSÉ

A propos de cel instrument, nous rappellerons tout à fait son origine en transcrivant les lignes suivantes contenues, page 225, dans le Manuel du micrographe de Charles Chevalier (1839). «Je saisirai l’occasion pour dire un mot d’un petit microscope que je nommerai volontiers diamant. Cet instrument, dont tous les verres sont achromatiques, na pas plus de quatre centimètres de longueur; il m’a jj fait voir nettement plusieurs test-

iG A objets.

» T ai reconnu qu’en F associant comme objectif au microscope composé ordinaire , on pouvait obtenir un microscope bicomposè produisant l'image dans la position de l’objet. » Cette dernière phrase se rapporte à l’origine du microscope pancratique.

Dans ces derniers temps, nous avons modifié cel instrument en augmentant un peu ses dimensions, de manière à lui faire produire plus d’effet. Afin de lui donner toute la stabilité désirable, on le place sur la boîte qui sert à le renfermer, le couvercle est entaille de façon à recevoir le pied de l’instrument.. Toutes les séries peuvent s’adapter à ce petit microscope qui donne des effets remarquables.

Nous dirons ici quelques mots du microscope binoculaire ou stéréoscope. Cel ingénieux appareil, ainsi que l’a spécifié M. Carpentier dans son savant Traité du microscope, aurait été imaginé par le professeur lliddcll (delà Nouvelle- Orléans), puis perfectionné par M. Wenham. Nous avons représenté, figure 8ü, le microscope binoculaire adopté par M. Wenham. Cet instrument, muni

du MrcnoscoPE composé. 101

d’un prisme que l’on voit en p, donne très-bien la sensation du relief. C’est surtout pour les objets opaques qu’il donne les plus beaux effets.

Dans le modèle construit par Smith et Beck, on pourrait avantageusement!’ ernplacer la loupe d’éclairage par un miroir de Lieberkühn. Relativement à la partie mécanique, la disposition adoptée pour l’écartement des yeux et pour la mise au point est fort ingénieuse. Il faut aussi citer le mécanisme qui permet de changer rapidement les lentilles. L’effet pseudoscopique ou inverse du relief peut aussi s’obtenir avec le microscope. Telles sont les différentes sortes de microscopes actuellement en usage.

En terminant ce chapitre, nous citerons comme choses curieuses, les microscopes binocles imaginés par Chérubin (d’Orléans) en 1681 et par Jean Zahn en 1702. Nous avions omis de les indiquer dans notre revue historique.

Fig. SG.

mu microscope cnlntUoptrique.

Les imperfections du microscope dioptrique composé durent nécessairement frapper les premiers observateurs, qui, tout en poursuivant leurs recherches, avaient fini par se servir presque exclusivement du microscope simple. Cependant, nous le répétons, la puissance de l’appareil composé, son vaste champ, avaient séduit ces ardents investigateurs, ils en avaient assez vu pour diriger tous leurs efforts vers le perfectionnement d’un pareil moyen d’analyse. Durant une de ces périodes stationnaires que nous

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

avons signalées dans nos recherches historiques, on vit tout à coup surgir l’idée d’une combinaison nouvelle; ne pouvant vaincre la difficulté, on avait changé le système. On prétend que c’est à Newton qu’appartient l’invention du microscope catadioptrique. D’après le docteur Brewster, le célèbre philosophe communiqua son plan à Oldenbourg en 1679. Tout en admettant la vérité du fait, nous pensons que ces microscopes ne furent construits et employés qu’après les télescopes réflecteurs et l’on sait que le premier de ces appareils fut l’œuvre de J. Hadley, qui présenta, en 1723, à la Société royale de Londres, un télescope réflecteur établi d’après les principes de Newton négligés depuis cinquante ans.

Le docteur Robert Baker paraît être le premier constructeur du microscope de réflexion ; après lui vint, en 1738 le docteur Smith, qui modifia son appareil. . Il paraît aussi que William Herschel fit à Bath, vers 177/i, plusieurs microscopes réflecteurs à la manière de Smith.

Depuis plusieurs années, le microscope réflecteur est tout à fait abandonné, aussi n’abuserons-nous pas de la patience du lecteur en lui présentant une histoire détaillée des différentes combinaisons de l’appareil. Nous dirons seulement que MM. Potier, Amici, Tulley, Goring, Culhbert, Brewster, etc., firent à différentes époques des expériences dont il résulta plusieurs instruments; mais c’est surtout entre les mains du professeur Amici et du docteur Goring que le microscope catadioptrique parvint à son apogée.

La figure 87 représente la marche des rayons dans l’appareil catadioptrique d’Amici.

m, m, miroir réflecteur elliptique en métal fixé à l’extrémité du tube.

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

b , b, second réflecteur métallique plan (1), dont la surface plane, inclinée à /j5 degrés, est tournée vers le miroir précédent.

ccl oculaire.

Fig. 87.

Les rayons partis de l’objet placé en r sont réfléchis par le miroir b , b, vers le réflecteur concave m m, qui les réfléchit à son tour, en les faisant converger et s’entrecroiser derrière le petit miroir b b, enfin ils parviennent à l’oculaire. — Il est inutile de donner la suite de la théorie qui est entièrement semblable à celle du microscope dioplrique.

Voilà pour la partie optique ; nous ne donnerons pas la description de la partie mécanique de l’instrument ; quoique fort ingénieuse, nous pensons qu’elle serait remplacée avec avantage par celle de notre appareil universel. La figure 88 représente notre microscope converti en microscope catadioplrique d’Amici, perfectionné par Goring. Il suffit de placer à l’extrémité du corps R la pièce 1, 1', qui contient les deux miroirs.

(1) M. Iladlcy employa, d’après les préceptes de Newton, des réflecteurs de verre pour ses premiers télescopes, mais il s'aperçut bientôt que la double réflexion, déterminée par les deux surfaces du verre, troublait la netteté des images, et se décida à faire des réflecteurs métalliques.

DI! MICROSCOPE COMPOSÉ

ÎO'I

2, réflecteur pour l’éclairage des objets opaques.

3, tube destiné à rapprocher le porte-objet de l’ouverture objective du microscope.

Fig. 88.

Ce microscope devrait être parfait, car, suivant la théorie, les aberrations sphériques et de réfrangibilité doivent disparaître complètement. Néanmoins, l’expérience a prouvé qu’il est excessivement difficile de bien travailler les réflecteurs ; tantôt c’est la surface plane, tant la courbe qui présentent des irrégularités, et enfin, lorsqu’on est parvenu, comme M. Amici, à construire un bon instrument, il survient un nouvel obstacle qui pose une limite à sa puissance amplifiante. Avec son appareil, on ne peut augmenter le grossissement qu’au moyen des oculaires, et ce procédé entraîne une grande déperdition de lumière, surtout dans les cas où l’on veut agir avec les plus forts amplificateurs.

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

M. Amici avait sans doute été frappé de ces défauts, car il abandonna complètement le microscope réflecteur, aussitôt que l’on fut parvenu à perfectionner les lentilles du microscope dioptrique.

Le docteur Goring fit, avec l’instrument d’Amici, de nombreuses expériences et reconnut de graves imperfections. Le foyer du miroir concave était trop long, le réflecteur plan, trop large, absorbait une grande partie de la lumière avantde la réfléchir sur le miroir concave, ses grandes dimensions avaient en outre l’inconvénient d’intercepter une trop grande quantité des rayons réfléchis vers la rétine, et il formait ainsi un point nébuleux au centre des images, enfin la disposition de la monture était un nouvel obstacle qui entravait souvent l’observation.

M. Goring se mit donc à l’œuvre avec M. Cuthbert et parvint à construire l’appareil qu’il nomme : « Horizontal achromatic and Amician reflecting engiscope. »

Le nouvel instrument avait six séries de réflecteurs objectifs, la monture et les accessoires étaient modifiés, en un mot les effets de ce microscope étaient vraiment remarquables, et cependant il n’est plus employé, même par ses inventeurs.

La raison en est toute simple.

A l’époque où l’on désespérait de pouvoir jamais achromatiser les petites lentilles objectives, on s’attacha avec avidité au microscope catadioptrique, et, nous le dirons en passant, ce fut principalement cet enthousiasme qui retarda les progrès de l’instrument dioptrique. Mais, aussitôt que ce dernier eut repris son empire, on put s’apercevoir qu’il le conserverait longtemps, et le zèle que l’on avait montré pour le microscope catadioptrique, on le montra de même pour son antagoniste, seulement celte fois on ne changea plus.

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

L’instrumenl catadioptrique naquit de l’impuissance et du découragement, le microscope dioptrique, tel qu’il est aujourd’hui, prouve évidemment que le courage est revenu et que l’art semble avoir puisé de nouvelles forces dans cet instant de repos.

En résumé, nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit, que le microscope catadioptrique est très- difficile à construire; la meilleure preuve que l’on puisse en donner, c’est que M. Guthbert, qui passe pour l’artiste le plus habile en ce genre, a construit fort peu de ces instruments et que, sur six séries de réflecteurs, il ne peut plus construire que les trois ou quatre premières, car sa vue s’est affaiblie et il n’ose espérer en ses élèves. Cet appareil est difficile à gouverner, les objets sont trop rapprochés du tube, et avec les forts grossissements on est obligé de les placer dans l’ouverture même. Le microscope dioptrique est de beaucoup supérieur pour l’étude des corps opaques, enfin les réflecteurs sont très-sujets à s’oxyder ; lorsqu’on a lu ce qu’en écrit M. Goring lui-même, on osera à peine passer un pinceau sur la poussière qui les recouvre ; s’il devient indispensable de les démonter, j’avoue qu’il faut un grand courage et surtout que l’instrument soit en bien mauvais état. On a complètement abandonné les télescopes réflecteurs, le microscope catadioptrique ne pouvait espérer un meilleur sort.

Ces lignes sont extraites du Manuel du micrographe de Charles Chevalier; depuis ce temps, les importants travaux scientifiques de M. Foucault ont prouvé que le télescope réflecteur pouvait donner de magnifiques effets; mais, pour le microscope catadioptrique, il n'en est pas de même, il est encore là, couché dans son linceul, et nous ne pensons pas qu’il en sortira.

En terminant ce chapitre, après avoir décrit les micros-

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

copcs français, nous ajouterons quelques lignes sui les microscopes étrangers.

Les instruments anglais sont aujourd’hui arrivés à un très-grand degré de perfection. Les lentilles donnent de très-beaux effets et rivalisent avec celles des consliucteuis français. Longtemps stationnaire à cet égard, l’Angleterre a fait de grands progrès dans ces derniers temps. Relati- ' vement à la monture, il n’en est pas de même ; et, pour nous, nous trouvons qu’elles sont trop compliquées : car on doit faire tous ses efforts pour produire de bons instruments solides mais débarrassés d’une foule de pièces reconnues aujourd’hui inutiles. Nous avons déjà cité MM. Powel et Lealand, Smith et Beck, A. Ross, comme étant les plus habiles constructeurs anglais, nous y ajouterons les noms de MM. Dancer et Pillischer.

Presque tous les microscopes anglais sont fixés entré deux colonnes ou supports, qui permettent d’incliner l’instrument; ils sont munis de vis de rappel, de platine mobile et d’une foule d’accessoires que nous employons peu en France. Le pied n’est pas dans la forme des nôtres, le trépied est généralement la forme de support des microscopes anglais. La figure 89 représente le microscope de Ross.

Les microscopes allemands de Schieck sont montés sur un trépied; ils sont verticaux, peuvent s’incliner sur une colonne à charnière, et sont munis d’un engrenage et d’une vis de rappel, analogue à celle du microscope universel de Charles Chevalier. Le microscope dePistor (fig. 90) est du

Fig. 89.

DU MICROSCOPE COMPOSÉ

Fie. 90.

meme genre relativement à l’aspect général, mais il est seulement vertical, et la vis de rappel est disposée au sommet d’une colonne triangulaire. Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner les lentilles de Pistor et Schieck, mais il paraît, qu’elles donnent de très-beaux effets.

Les microscopes simples de Zeiss à Iéna, sont aussi très-eslimés; mais, à cet égard et sans amour-propre français, nous pouvons dire avec justice que les lentilles et les doublets construits par les fabricants français peuvent rivaliser avec ceux fabriqués à l’étranger. Pielativement aux montures, nous croyons qu’il n’est pas possible d’avoir rien de plus précis que celles françaises.

Mais, il est un point où les Anglais et les Allemands dépassent les Français; je veux parler de l’enthousiasme qui existe chez eux pour l’étude des sciences naturelles. Aussi, dans la plupart des classes de la société, chacun s’instruit des découvertes modernes ; on suit les travaux qui se^ font en botanique, en histoire naturelle en général.

Les conversations des familles deviennent alors fort attrayantes, des cercles se forment, on discute, on s’instruit, et souvent de simples amateurs présentent des recherches d’un haut intérêt qui enrichissent la science. En France, disons-le franchement, rien de tout cela, et nous le regrettons. Aussi espérons que bientôt l’étude des sciences se popularisera dans le monde, et que la plupart des sujets de la conversation française finiront par avoir une portée plus élevée que celle qui existe à l’heure où nous écrivons.

Page 1