CHAPITRE III
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
Nous avons vu, dans le chapitre qui précède, que le microscope simple consistait en une ou plusieurs lentilles, agissant immédiatement sur les rayons lumineux, et transmettant directement à l’œil l’image amplifiée.
Dans le microscope composé, au contraire, une image est formée par une combinaison de lentilles, et grossie ou amplifiée par une seconde placée à une certaine distance de la première.
On voit que, dans cette disposition, l’image n’est perçue qu’après avoir subi une seconde amplification.
Les verres destinés à former l’image se nomment objectifs, et sont tournés vers l’objet, et ceux qui la grossissent portent le nom d 'oculaires, cl sont dirigés vers l’œil.
D’après ce que je viens de dire, il est facile de se rendre compte de la différence qui existe entre le microscope simple et le microscope composé.
Mais pour mieux faire comprendre l’effet de ce dernier, reportons-nous un instant à la théorie.
Nous prendrons à cet effet l’appareil le plus simple, composé seulement d’une lentille et d’un oculaire. SoitMN (lig. 62) un petit objet placé au foyer ou un peu plus loin ipie le foyer principal de l’objectif AB; les rayons réfractés par cette lentille iront former en mn une image de l’objet MN. La grandeur de l’objet nrn sera à MN comme la distance nk est à la distance AM.
Si nous examinons cette image mn, déjà amplifiée, à travers un oculaire EF, placé de manière que mn se trouve à son foyer principal, nous ferons subir à celle image une nouvelle amplification; car l’œil, placé en 0, verra
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
l’objet sons l’angle EOF, bien plus grand que nOm, et par conséquent bien plus grand encore que MON.
On peut, avec les mêmes verres, obtenir une plus forte amplification, en augmentant la distance entre EF et AB, mais celte disposilion rétrécit le champ de vue et empccbe de voir l’ensemble des objets soumis au microscope. On a donc placé, entre l’image et l’objectif, un troisième verre, nommé verre de champ , lequel sert aussi à détruire l’aberration chromatique. Dans la figure 63, MN est l’objet, el mn l’image que formeraient les rayons réfractés par GH
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
suivant la direction G n, Am, et c’est cette image qui est amplifiée par l’oculaire MF. On a encore augmente le champ de vue en donnant la forme plano-conyexe aux verres EF, GII.
La construction de l’oculaire précédemment décrit a d’abord été appliquée au télescope. Aussi dans la figure ZiO de la planche 1 (page 26), soient o l’objectif achromatique d’un télescope et E l’oculaire simple ; F sera le foyer de l’objectif 0, et c’est en ce point que se formera une image renversée de l’objet.
Le rayon de lumière blanc A ab, réfracté par l’oculaire E, sera décomposé de telle sorte que 4R.sera la direction des rayons rouges, et bX celle des rayons violets; l’angle XbR sera, pour le crown-glass, l/27e de a4R. Les rayons B, a, d, traversant la lentille en un point où ses surfaces sont moins inclinées l’une sur l’autre, éprouveront une réfraction moins forte et une dispersion qui suivra à peu près la même proportion. Il en résulte que dl sera la direction des rayons rouges, et dv celle des violets; de cette manière les deux rayons violets seront à peu près parallèles, lorsque les rayons rouges seront dans une semblable position respective. 11 arrivera donc que les rayons colorés ne se réuniront pas au fond de l’œil; l’objet paraîtra bordé de franges colorées, et le bord d’une ligne noire vue sur un fond blanc aura une frange orangée en dehors et une coloration bleue en dedans. Celle aberration augmentera à peu près dans la même proportion que l’angle visuel BIc; donc, plus cel angle sera grand, ou, en d’autres termes, plus l’amplification sera forte, plus la coloration sera manifeste. C’est en faisant l’oculaire composé de deux verres piano-convexes que l’on détruit l’aberration chromatique. La figure 41 de la planche I (page 26) représente l’oculaire négatif ou achromatique. AB est un pinceau de
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
lumière blanche déjà réfracté par l’objectif; BF est un verre de champ piano-convexe dont le côté plan est tourné vers l’oculaire E. Les rayons rouges du pinceau AB, après avoir été réfractés par BF, iraient s’entrecroiser en B, elles violets en V; mais en traversant l’oculaire E, les rouges seront réfractés en cr, les violets en cd, et ils s’entrecroiseront en se réunissant sur l’axe au point c, car le rayon violet, étant plus près de l’axe de la lentille E, éprouvera une réfraction moins forte que le rayon rouge, et, lorsque l’œil sera placé dans l’axe en c, il verra les objets exempts de coloration.
Cette dernière construction d’oculaire, jointe à l’objectif que l’on a rendu achromatique, forme le microscope composé tel qu’il est employé aujourd’hui.
Il est à remarquer que les rayons, en se croisant, renversent les images.
La théorie que nous venons d’énoncer se rapporte au microscope vertical. Le savant Amici, de Modène, parvint
Fig. G4.
a produire un microscope horizontal, en ajoutant un prisme à l’instrument.
La théorie du microscope horizontal est la même que celle du microscope vertical.
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
La figure (3/i présente la disposition d’Amici : MN, l’objet; AB, la lentille achromatique, et P le prisme, dont la face P réfléchira les rayons dans la direction PO.
Il nous reste maintenant à connaître la construction du microscope composé et les différentes formes qu’on lui donne; mais, avant de donner cette description, quelques remarques historiques lui serviront de préface.
L’origine du microscope composé remonte à l’année 1590. C’est au Hollandais Zacharias Jansen ou Zanz que l’on attribue l’honneur d’avoir construit le premier instrument de ce genre. Jansen en offrit un à l’archiduc Charles- Albert d’Autriche, lequel en fit présent à Cornélius Drebbel, alchimiste hollandais, astronome de Jacques Ier, mort en 166à. Drebhel passe aussi pour l’inventeur du microscope composé; mais, sans nul doute, c’est à Jansen qu’on doit décerner la palme d’inventeur.
Drebbel emporta l’instrument en Angleterre, le montra à Borelli et à plusieurs savants, construisit des microscopes à Londres en l’année 1621, en se faisant passer pour leur inventeur.
Le Napolitain Fontana, en 1616, fut le premier qui décrivit l’instrument dans ses Nouvelles observations terrestres et célestes. Il prétendit aussi l’avoir découvert en 1618, un an avant que Cornélius Drebbel l’eût importé en Angleterre. Cependant Sirturus, qui écrivit en 1618 un livre sur l’origine et la construction des télescopes , ne dit pas un mot de cette invention, et il est difficile de penser qu’il eût passé sous silence la prétendue découverte de Fontana.
Puis voici venir encore Roger Bacon, Record, Yiviani, qui se disputent l’honneur de la découverte.
Mais, comme je l’ai déjà dit, Jansen est, pour nous, l’inventeur.
DU MICROSCOPE COMPOSE
Il esl important de remarquer que l’origine des mots microscope ci télescope appartient à Demisiano {télescope, de fîjp.Ej loin; <txotc cw, regarder; microscope , de petit; cxojrtto, regarder).
Nous arrivons insensiblement à une époque plus avancée, où nos renseignements deviennent plus positifs.
Parmi les premiers microscopes composés, on remarque ceux du docteur llookc (1(356), d’Eustachio Divini (1668),
Fig. G5.
de François Gricndelius (1687) (fig. 65), et de Philippe Bonani (1688).
Le microscope du docteur llookc (fig. 66) avait trois pouces de diamètre, sept de longueur, et pouvait s’allonger au moyen de quatre tubes engainés; un petit objectif, un verre de champ et un puissant oculaire formaient la partie optique.
Le microscope d’Eustachio Divini était composé d’un objectif, d’un verre de champ, et d’un oculaire formé de deux lentilles qui se louchaient par le centre de leur cour
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
bure. Le tube était aussi volumineux que la cuisse d’un homme, et l’oculaire aussi large que la paume de la main.
Fermé, ce microscope avait seize pouces de long, et ses grossissements variaient, au moyen' des tirages, depuis Zil jusqu’à m fois.
L’instrument de Bonani (fig. 67) était composé de trois verres, un oculaire, un verre de champ et un objectif. L’instrument était placé horizontalement, et la platine portait un petit tube garni d’une lentille convexe à chaque extrémité, destiné à condenser la lumière sur l’objet. Une lampe accompagnait l’appareil, mis en mouvement au moyen d’une crémaillère. Cet instrument .était vraiment remarquable.
Jusqu’en l’année J 736, la science microscopique ne lit aucun progrès; clic se réveilla au bout de soixante ans environ. A cette époque, on fit subir de nombreuses modifications aux télescopes de réflexion. Le savant et immortel Newton conçut le premier l’idée d’appliquer ce système
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
aux microscopes. Après lui, vinrent les docteurs Baker et Smith. Deux ans plus tard, en 1738, Lieberkühn inventa
Fig. 67.
le microscope solaire, dont le succès fut immense et qui redoubla le zèle des savants. En 17Æ6, le microscope de George Adams (fig. 68) était le plus employé, et l’on peut voir qu’il était fort incomplet.
A partir de celte époque jusqu’en 1770, rien ne fut produit.
Puis vinrent les recherches des docteurs Hall, Hooke et Cuslance, relatives au perfectionnement des oculaires et de l’éclairage. Ces recherches furent couronnées de succès.
En 1771, Adams le père appliqua de nombreux procédés au pIG. C8.
microscope solaire; il les publia dans sa Micrographie,
DU MICROSCOPE COMPOSE
Lieberkühn, de son côté, rendil le microscope solaire propre à l’examen des corps opaques.
Le môme sujet occupa alors Æpinus, Ziclir, B. Martin ; c’eslcc dernier qui l’emporta sur ses contemporains. C’était, du reste, un opticien constructeur très-savant.
En J77/i, George Adams inventa le microscope Iucernal. La même année, l’immortel Euler proposa la combinaison achromatique pour les objectifs de microscopes. C’est Euler qui résolut le problème du microscope composé, comme Woliaston résolut celui du microscope simple. En 17/i7, Euler avait déjà provoqué la construction des lunettes achromatiques.
En 1757, Dollond, qui construisit des télescopes achromatiques, n’appliqua pas ce dernier système à ses microscopes, qui jouirent d’une grande réputation.
Suivant quelques auteurs, la découverte de l’achromatisme appartiendrait à un savant d’Essex, M. Chester More Hall. Celte découverte, faite en 1729, aurait été appliquée par lui aux télescopes en 1733. Comme ce fait est vrai, car il a été établi par une cour de justice, il aurait donc la priorité sur Euler et Dollond.
Après Dollond, vinrent ensuite les microscopes du duc de Ghaulnes, de Dellebarre, lesquels n’étaient pas achromatiques et très-imparfaits.
En 178à, Æpinus essaya, mais vainement, d’appliquer le principe achromatique au microscope.
Malgré les tentatives faites pour appliquer l’achromatisme au microscope, il est incontestable que la première idée relative à cet immense perfectionnement appartient à l’immortel Euler.
Plus tard, de 1800 à 1810, Charles, de l’Institut, fit des essais pourachromaliser de petites lentilles, mais la disposition de ses verres 11e permettait pas d’obtenir un bon effet.
DU MICROSCOPE COMPOSE
En 1812, Brewster proposa de former des lentilles achromatiques composées de verres et de segments de différents pouvoirs réfringents. Cette idée ingénieuse offrait tant d’inconvénients pratiques, qu’elle ne fut pas adoptée.
Vers 1816, Fraünhofer fabriquait des microscopes à une seule lentille achromatique, dont les verres n’étaient pas collés ensemble. Ces microscopes grossissaient fort peu.
De 1821 à 1 S 2 3 , M. Domet de Mont, amateur distingué, qui s’occupait avec succès du perfectionnement des lentilles achromatiques, réclama la priorité pour la construction en France des petites lentilles achromatiques. Mais ses lentilles ne furent jamais appliquées aux microscopes, mais aux oculaires de lunettes, et ses objectifs, ainsi que ceux de' Fraünhofer, n’étaient pas assez puissants pour le microscope, et ne pouvaient augmenter l’effet qu’il produisait. Et malgré ce qu’avait dit Euler, l’instrument restait toujours stationnaire; car, en 1821, le savant Biot écrivait : « Dans les microscopes composés , il n'est pas possible de faire la lentille objective achromatique, parce que les verres dont il la faudrait composer seraient si petits, qu’on ne pourrait pas les travailler avec exactitude. » Et les savants employaient encore à cette époque les microscopes d’Adams, de Charles, etc., ces instruments étant non achromatiques.
En l’année 1823, Charles Chevalier travaillait avec Vincent Chevalier, son père, lorsque M. Seliigue, mécanicien, leur proposa d’exécuter des objectifs achromatiques pour les microscopes. La proposition de M. Seliigue était accompagnée d’un dessin que nous possédons, et qui n’est à vrai dire qu’un croquis à l’aide duquel la construction ne peut se faire. Enfin, après six mois d’essais, Vincent et Charles Chevalier parvinrent à livrer à M. Seliigue un microscope
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
exécuté d’après ses instructions, et qui ne le satisfit point. Néanmoins M. Selliguele présenta à l’ Académie des sciences, le 5 avril 18’2/i, et, le 30 août de la môme année, le savant Fresnel examina l’instrument, signala des défauts, tout en aisant un rapport favorable. Fresnel ne fit pas mention fdes constructeurs dans son mémoire, car il ignorait leur collaboration avec M. Selligue.
L’instrument présenté par M. Selligue avait l’objectif composé de quatre lentilles, formées chacune d’un flintglass piano-concave, dans lequel s’enclavait une lentille biconvexe de crown. Certes, il y avait déjà un certain
achromatisme; mais les lentilles ayant leur côté convexe tourné vers l’objet , il en résultait une grande aberration sphérique, qu’on avait cherché à diminuer par des diaphragmes très-petits, qui ôtaient beaucoup de lumière. On voit donc que l’instrument était défectueux. La figure 60 le représente : À et II sont les lentilles; C, le microscope; D, la disposition des verres. On voit que le côté convexe de le lentille était tourné vers l’objet.
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
Charles Chevalier reprit alors les travaux cl’Euler , et, en faisant de nombreuses recherches, il parvint à faire des lentilles très-achromatiques et exemptes cl’ aberration sensible. Il eut l’idée de tourner le côté plan de la lentille vers V objet; il put alors construire des lentilles d’un foyer court et d’un petit diamètre. Il imagina aussi de réunir les deux lentilles au moyen d’une substance diaphane, la térébenthine ou le baume du Canada. Par ce moyen, il empêcha l’humidité de s’introduire entre les deux verres, et il évita la déperdition de lumière occasionnée par les réflexions des surfaces juxtaposées.
11 est inutile d’insister sur l’importance de ces perfectionnement; ils ont donné l’essor à la construction des microscopes. Les fabricants français et étrangers s’appliquèrent à reproduire ces idées, et c’est seulement depuis 1823 que datent l’industrie et la production des premiers bons microscopes, ainsi que cela a été constaté par les savants les plus célèbres.
En septembre 1 S'2/j , Charles Chevalier construisit la première lentille achromatique de quatre lignes de foyer , deux lignes çle diamètre et une ligne d'épaisseur au centre.
Il faut bien remarquer que si l'on n’eût pas construit de petites lentilles à court foyer , on n'aurait pu, comme on le fait aujourd’hui, en superposer plusieurs, et détruire V aberration de sphéricité.
Enfin, le 30 mars 1825, Vincent et Charles Chevalier présentèrent à la Société d’encouragement un microscope achromatique perfectionné. M. Hachette fit observer, dans son rapport, que l’instrument n’avait pas d’aberration sensible et présentait autant de netteté que les télescopes achromatiques.
Dans les années qui suivirent, M. Tulley, Goring, en Angleterre, etM. Amici, à Florence, construisirent des len-
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
tilles achromatiques; mais il est bon de faire observer que ce n’est que la première construction, en 1823, qui donna l’idée de faire des lentilles.
En l’année 1827, M. Àmici construisit le microscope horizontal ; il fut reproduit par Vincent et Charles Chevalier, et le célèbre Arago déclara l’instrument parfaitement exécuté.
De 1828 à 1830, Charles Chevalier achromatisa des lentilles d’une ligne et d'une demi-ligne de foyer ; dès lors l'usage des forts grossissements devint général : jusque-là c'était impossible.
Depuis 1823, l’usage du microscope s’est répandu dans le monde entier. Que de belles découvertes ont été faites avec cet instrument ! Que d’heures agréables ont été passées !
En effet, -un grand nombre de sciences naturelles, plongées jusque-là dans le sommeil, se sont réveillées, et se sont enrichies, en dotant l'industrie et l’huraanité de précieuses découvertes.
Pendant trente-deux ans, les lentilles de microscope furent construites d’après les idées de Charles. Chevalier; de 1823 à 1855 aucun changement ne fut opéré. A cette dernière date, à l’Exposition universelle, le savant Amici montra des jeux de lentilles dont la combinaison était différente de celles employées généralement. En effet, il n’employait plus trois lentilles séparément achromatiques, pour former l’objectif du microscope, mais bien trois lentilles séparément non achromatiques, cl qui, réunies, donnaient des images très-nettes et exemptes de coloration. Pour les grossissements forts, cette construction a été copiée par tous les constructeurs ; mais pour les faibles et moyennes amplifications, on a conservé les lentilles de Charles Chevalier.
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
Dans les jeux d’Amici, la première lentille, celle du côté de l’objet, est de crown-glass et piano-convexe, les deux autres sont formées chacune d’un flint très-dense (flint de Faraday) et d’un crown. On comprend donc que, dans ces séries, il faut avec deux flint achromatiser trois crown, et c’est là que réside le savoir du constructeur.
Les lentilles construites sur le plan d’Amici donnent une très-grande netteté, beaucoup de pénétration ; elles ont en outre un grand angle d’ouverture, ce qui permet de voir de fins détails sur des coquillages microscopiques, tels que le Navicula angulatà et le Grammatophora sublilissima. Dans ces sortes de combinaisons, ainsi que nous l’avons dit, les lentilles ne peuvent s’employer séparément, ce qui oblige à en avoir un plus grand nombre que jadis, car on pouvait se servir séparément des lentilles ou les réunir.
Aujourd’hui on emploie donc généralement neuf séries différentes que nous allons énumérer avec leurs amplifications approximatives.
50 fois.
500 fois.
Ces chiffres représentent le grossissement en diamètre. Toutes les séries que nous venons d’indiquer sont formées de trois lentilles. On désigne aussi sous le nom de jeux les combinaisons formant l’objectif du microscope, mais ce mol, n’ayant rien de significatif, doit être remplacé par le mol série, qui est bien mieux appliqué.
En traitant du choix du microscope, nous indiquerons les qualités que l’on doit exiger des lentilles et les moyens
DÜ MICROSCOPE composé.
de les vérifier; ce sujet ne pouvait trouver place ici, seulement nous spécifierons qu’il faut toujours, si on les dévisse pour les nettoyer, avoir soin de les replacer dans l’ordre adopté par le constructeur.
Amici a aussi trouvé pour l’objectif du microscope le principe de /’ immersion. Dans ce cas, la série est construite de façon qu’une goutte de liquide doit être interposée entre la lentille et l’objet. De celte façon, la lentille est en contact avec la lamelle qui recouvre la préparation par l’interposition d’une goutte de liquide. On emploie généralement l’eau distillée, bien que d’autres fluides puissent être utilisés.
Le système à immersion, difficile à construire, a l’avantage de reculer le foyer de la lentille, et de donner des images d’une grande pureté et d’une grande lumière ; car le liquide ajouté permet l’entrée de tous les rayons lumineux, les plus fins détails des objets apparaissent avec une grande netteté : on peut considérer cette innovation comme un progrès réel.
Cependant, pour l’usage général,' lorsqu’on est obligé de faire et d’examiner un grand nombre de préparations, on ne peut se servir de ce système, car son emploi demande des précautions très-grandes et qui absorbent trop de temps. Malgré cela, il est indispensable d’employer les jeux à immersion, si l’on tient à posséder les objectifs les plus parfaits. Jusqu’ici ce sont les jeux à immersion qui ont fait voir le plus de détails, et c’est en les employant que l’on a pu voir les stries sur le Surirella gemma et le Navicula a /finis, et sur d’autres objets difficiles et de même nature. On avait déjà tenté plusieurs fois d’appliquer ce système; Ilookc, en \ 667, l’employa pour des lentilles simples; Brewster l’a aussi indiqué, mais c’est Amici qui a résolu le problème d’une manière définitive. Le système
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
à immersion ne peut se construire qu’à partir de la série n° 7, mais on peut alors faire des n08 8, 9 et 10. Suivant les constructeurs, les amplifications sont variables par rapport aux séries de tel ou tel numéro.
Depuis les idées d’Amici, on a fait bien des tentatives; on a construit des séries formées de lentilles de verre, unies à des lentilles de rubis spinelle, en diamant. Mais ces détails de construction nous entraîneraient trop loin pour que nous puissions nous y arrêter. Relativement au principe de l’immersion, il se résume à faire des lentilles telles que l’on tienne, compte du liquide interposé en construisant les courbes des lentilles, c’est-à-dire que la sphéricité des verres doit être en raison de la réfraction du fluide ajouté.
Une des choses les plus utiles imaginées pour l’objectif du microscope est sans contredit l’emploi de la correction, système indiqué par Andrew Ross, savant opticien anglais. Son système consiste à avoir un objectif dont le mécanisme permet d’éloigner ou de rapprocher la lentille frontale (celle du côté de l’objet) des deux autres. On obtient aussi de bons effets en faisant la correction par la lentille postérieure. On sait que si un objet est découvert ou couvert d’un verre, la réfraction et la dispersion seront différentes par rapport à la combinaison de lentilles, et l’effet sera incomplet. Donc, en suivant le système de Ross, on obvie à cet inconvénient, car sur le tube où se trouvent les lentilles un index est marqué et correspond à deux lignes D et C, indiquant à quel point on doit amener l’écartement, suivant que l’objet est découvert ou couvert. C’est à l’aide du collier placé à la partie supérieure que l’on peut, en tournant, faire varier l’écartement. Cet écartement sc tâtonne en regardant dans le microscope. En effet, ayant mis l’index au point couvert , suivant le degré d’épaisseur du couvre-
AltTUUK CHEVALIER. 6
DU M1CRÛSC0FE COMPOSÉ
objet, on fera mouvoir le collier de façon à trouver juste l’écartement qui procure le maximum de pureté de l’image. La figure 70 représente l’objectif à correction.
En alliant le système à correction avec celui à immersion, on produit des objectifs qui présentent le maximum d’effet et qui, peuvent être considérés, lorsqu’ils sont parfaitement réussis, comme point maximum dans la construction des objectifs du microscope. C’est à partir de la série n° 5 que l’on adapte le système à correction.
Ici nous avons dù parler seulement de la construction, dans le cours de cet ouvrage nous parlerons de l’application de ces différents syslèmes à l’examen des objets. On pourra donc apprécier.
Si l’on a bien suivi l’énumération des progrès relatifs à la construction du microscope, on verra que dans les temps modernes on doit à trois hommes le degré de perfection auquel cet instrument est arrivé. Comme nous tenons beaucoup à rendre à chacun ce qui lui appartient et à faire connaître ceux qui, par leurs travaux, ont aidé les observateurs, nous citerons ici à qui l’on doit ces progrès.
En 1823, Charles Chevalier, opticien français, construit les premiers microscopes achromatiques.
En 1837, Andrew Ross, opticien anglais, imagine le svstèine à correction.
En 1855, Amici, savant italien, découvre le principe des lentilles à flint dense et le principe de l’immersion.
Un opticien français, un opticien anglais, un savant italien, sont donc les fondateurs de l’école moderne, dont les données président aujourd’hui à la construction des mi-
du MicnoscorE compose.
croscopes. Des fabricants de mérite ont aussi contribué aux progrès en construisant d’excellentes lentilles, et en suivant les principes fjue j’ai indiqués, mais il faut bien rendre justice aux créateurs, à ceux qui produisent, et qui, bien souvent, en échange de leurs peines, ne reçoivent pas la moindre reconnaissance.
C’est avec justice que nous citerons ici, comme ayant contribué aux progrès du microscope par la perfection de leurs lentilles, MM. Hartnack en France, A. Hoss fils, Powel et Lealand en Angleterre, Schieck et Pislor en Allemagne, Zeiss à Iéna.
Je vais maintenant donner la description des différents modèles des microscopes employés en France, en signalant les avantages particuliers à chacun d’eux, en faisant remarquer que ces modèles comprennent toutes les formes de microscopes actuellement en usage. Comme il est trèsfacile de faire varier la forme du microscope, on pourrait donc construire encore d’autres modèles , suivant les idées des observateurs. Le modèle le plus simple est représenté figure 71.
Ce microscope usuel se compose d’un pied solide A, de fonte de fer; sur la partie inférieure, le miroir M est articulé de manière à envoyer sur l’objet de la lumière directe ou oblique. La platine, munie d’un diaphragme variable, est très-solide et ne peut fléchir en aucun cas. Le tube T se meut à frottement doux, dans le coulant X, et donne le mouvement prompt pour la mise au point; le mouvement lent est obtenu à l’aide de la vis de rappel Z. — On le voit, cet instrument, fort simple en apparence, est cependant construit pour être d’un emploi facile. Les mouvements sont très-précis, et permettent des observations exactes. On y adapte la série n° 5 et l’oculaire 2, et l’on obtient ainsi des amplifications de 50 à 300 fois.
DU MICROSCOPE COMPOSÉ
— Ce pouvoir est suffisant pour un grand nombre d’études: pour l’histologie, on peut l’appliquer à l’étude des tissus, des liquides; pour la botanique, l’entomo-
Fig. 71.
logie, il peut rendre de grands services. Aujourd’hui que l’élude du microscope est indispensable, les étudiants pourront faire toutes leurs observations avec un instrument dont le prix est minime. C’est ici qu’il faut rappeler ce qu’a dit le savant Schacht dont le nom fait autorité en pareille matière : s’il faut les instruments les plus complets et les plus parfaits, à celui qui est familiarisé avec les recherches microscopiques et qui veut élucider les questions délicates d’anatomie ou de physiologie végétales, il n’est pas moins vrai que des instruments grossissant de 50 à
DU MICROSCOPE COMPOSE
300 fois suffisent à toutes les recherches systématiques et morphologiques, de même que pour l’enseignement dans les écoles. Jamais, conlinuc-t-il, je ne conseillerais l’achat des grands microscopes, qui sont très-chers, à un commençant, qui n’en retirerait pas plus d’utilité que d’un instrument plus simple et à meilleur prix.
La figure 72 représente le microscope d'étudiant , dont la description se rapporte au précédent.
Fig. 72.
Le microscope à base cylindrique est représenté figure 73. Ce modèle constitue un instrument très-solide.
Le microscope représenté figure 7/i a l’immense avantage d’être à la fois simple et composé. La transformation
S<3 DU MICROSCOPE COMPOSÉ
du composé en simple s’obtient très-facilement; en effet il suffit d’enlever de la platine la pièce portant le tube,
Fig, 73.
et d’v substituer une pièce spéciale telle que le représente la figure 75. Cette pièce n’est autre que la partie supérieure du microscope simple avec ses mouvements pour diriger le doublet dans tous les sens. Ce qui m’a engagé à imaginer ce modèle, c’est l’avantage d’avoir un instrument cà la fois simple et composé. J’ai donné toute la slabilité possible à l'instrument, la platine est très-large et percée d’une ouverture comme dans le microscope simple; celte ouverture reçoit une plaque à diaphragme, sous la plaline s’ajuste «\ coulisse un diaphragme variable. Ce diaphragme peut s’enlever, ainsi que la plaque à dia-
DU MICROSCOPE COMPOSE
pliragme, soil pour placer les condenseurs qui s’ajustent à coulisse à la place du diaphragme, soit pour les dissec-
Fig.