‹ L'étui de nacre; 106th edChapitre 2 sur 11 · LS, PROCOIUTKUR DE JUBÉS · texte numérisé non relu

LS, PROCOIUTKUR DE JUBÉS

déchirée par une multitude de roi?, a commencé de goûter le repos et les heures prospères? Et quand Rome pouvait vendre ses bienfaits à prix d'or, a-t-elle enlevé les trésors dont regorgent les temples barbares? À-t-eîle dépouiilé la déesse Mère à Pessinonte, Jupiter dans la Morimène et dans la Ciiicie, le dieu des Juifs à Jérusalem? Antioche, Palmyre, Apamée, tranquilles malgré leurs richesses, et ne craignant plus les Arabes du désert, élèvent des temples au Génie de Rome et à la Divinité de César. Seuls, les Juifc nous haïsst ji nous bravent. Il faut leur arracher le tribut, et ils refusent obstinément le service militaire. — Les Juifs, répondit Lamia, sont très attachés à ieurs coutumes antiques, fis te soupçonnaient, sans raison, j'en conviens, de vouloir . boiir leur loi et changer leurs mœurs. Souffre, Pontius, que je te dise que tu n'as pas toujours de sorte à dissiper leur malheureuse erreur. Tu te plaisais, malgré toi, à exciter leurs inquiétudes, et je t'ai vu plus d'une fois trahir devant eux le mépris que t'inspiraient leurs croyances et leurs cérémonies religieuses. Tu les vexais particulièrement en faisaut garder

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par des légionnaires, dans la tour Antonia. les habits et les ornements sacerdotaux du grand-prêtre. Il faut reconnaître que, sans s'être élevés comme nous à la contemplation des choses divines, les Juifs célèbrent des mystères vénérables par leur antiquité.

Pontius Pilatus haussa les épaules :

— Ils n'ont point, dit-il, une exacte connaissance de la nature des dieux. Ils adorent Jupiter, mais sans lui donner de nom ni de figure Ils ne le vénèrent pas même sous la forme d'une pierre, comme font certains peuples d'Asie. Ils ne savent rien d'Apollon, de Neptune, de Mars, de Pluton, ni d'aucune déesse. Toutefois, je crois qu'ils ont anciennement adoré Vénus. Car encore aujourd'hui les femmes présentent à l'autel des colombes pour victimes et tu sais comme moi que des marchands, établis so"3 les portiques du temple, vendent des couples de ces oiseaux pour le sacrifice. On m'avertit même, un jour, qu'un furieux venait de renverser avec leurs cages ces vendeurs d'offrandes. Les prêtres s'en plaignaient comme d'un sacrilège. Je crois que cet usage de sacrifier des tourterelles fut

établi en l'honneur de Vénus. Pourquoi ris-tu, Lamia?

— Je ris, dit Lamia, d'une idée plaisante qui, je ne sais comment, m'a traversé la tête. Je songeais qu'un jour le Jupiter des Juifs pourrait bien veuir à Rome et t'y poursuivre de sa haine. Pourquoi non? L'Asie et l'Afrique nous ont déjà donné un grand nombre de dieux. On a vu s'élever à Rome des temples en l'honneur d'Isis et de l'aboyant Anubis. Nous rencontrons dans les carrefours et jusque dans les carrières la Bonne Déesse des Syriens, portée sur un âne. Et ne sais-tu pas que, sous le principat de Tibère, un jeune chevalier se fit passer pour le Jupiter cornu des Égyptiens et obtint sous ce déguisement les faveurs d'une dame illustre, trop vertueuse pour rien refuser aux dieux. Crains, Pontius, que le JupiteF invisible des Juifs ne débarque un jour à Ostie i

A l'idée qu'un dieu pouvait venir de Judée, un rapide sourire glissa sur le visage sévère du procurateur. Puis il répondit gravement :

— -. Comment les Juifs imposeraient-ils leur

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»oi sainte aux peuples du dehors, quand euxmêmes se déchirent entre eux pour l'interpré tation de cette loi? Divisés en vingt sectes rivales, tu les as vus, Lamia, sur les places publiques, leurs rouleaux à la main, s'injuriaai les uns les autres et se tirant par la barbe. Tu les a vus, sur le stylobato du temple, déchirer en signe de désolation leurs robes crasseuse.?, autour de quelque misérable en proie au délire prophétique. Ils ne conçoivent pas qu'on dispute en paix, avec une âme sereine des choses divines qui, pourtant, sont couvertes de voiles et pleinss d'incertitude. Car la nature des Immortels nous demeure cachée et nous ne pouvons la connaître. Je pense toutefois qu'il est sage de croire à la Providence des di6ux. Mais les Juifs n'ont point de philosophie et ils ne souffrent pas la diversité des opinions. Au contraire, ils jugent dignes du dernier supplice ceux qui professent stir la divinité des sentiments contraires à leur loi. Et, comme depuis que le Génie de Rome est sur eux, les sentences capitales prononcées par leurs tribunaux ne peuvent être exécutées qu'avec la sanction du proconsul ou du procu-

rateur, ils pressent à tout moment le magistrat romain de souscrire à leurs arrêts funestes; ila obsèdent le prétoire de leurs cris de mort. Cent fois je les ai vus, en foule, riches et pauvres, tous réconciliés autour de leurs prêtres, assiéger en furieux ma chaise d'ivoire et me tirer par les pans de ma toge, par les courroies de mes sandales, pour réclamer, pour exiger de moi la mort de quelque malheureux dont je ne pouvais discerner le crime et que j'estimais seulement aussi fou que ses accusateurs. Que dis-je, cent fois! C'était tous les jours, à toutes les heures. Et pourtant, je devais faire exécuter leur loi comme la nôtre, puisque Rome m'instituait non point le destructeur, mais l'appui de leurs coutumes, et que j'étais sur eux les verges et la hache. Dans les premiers temps, j'essayai de leur faire entendre raison ; je tentais d'arracher leurs misérables victimes au supplice. Mais cette douceur les irritait davantage; ils réclamaient leur proie en battant de l'aile et du bec autour de moi comme des vautours. Leurs prêtres écrivaient à César que je violais leur loi, et leurs suppliques, appuyées par Vitellius, ra'attiraieni

un blâme sévère. Que de fois, il me prit envie d'envoyer ^haemble, comme disent les Grecs, aux corbeaux les accusés et les juges I

» Ne crois pas, Lamia, que je nourrisse des rancunes impuissantes et des colères séniles contre ce peuple qui a vaincu en moi Rome et la paix. Mais je prévois l'extrémité où ils nous réduiront tôt ou tard. Ne pouvant les gouverner, il faudra les détruire. N'en doute point : toujours insoumis, couvant la révolte dans leur âme échauffée, ils feront éclater un jour contre nous une fureur auprès de laquelle la colère des Numides et les menaces des Parthes ne sont que des caprices d'enfant. Ils nourrissent dans l'ombre des espérances insensées et méditent follement notre ruine. En peut-il être autrement, tant qu'ils attendent, sur la foi d'un oracle, le prince de leur sang qui doit régner sur le monde? On ne viendra pas è, bout de ce peuple. Il faut qu'il ne soit plus. Il faut détruire Jérusalem de fond en comble. Peut-être, tout vieux que je suis, me sera-t-ii donné de Voir le jour où tomberont ses murailles, où la flamme dévorera 3es maisons, où ses habitants seront passés au fil de l'épée,

où l'on sèmera le sel sur la place où fut le Temple. Et ce jour-là je serai enfin justifié.

Lamia s'efforça de ramener l'entretien sur un ton plus doux.

— Pontius, dit-il, je m'explique sans peine et tes vieux ressentiments et tes pressentiments sinistres. Certes, ce que tu as connu du caractère des Juifs n'est pas à leur avantage. Mai3 moi, qui vivais à Jérusalem, en curieux, et qui me mêlais au peuple, j'ai pu découvrir chez ces hommes des vertus obscures, qui te furent cachées. J'ai connu des Juifs pleins de douceur, dont les mœurs simples et le cœur fidèle me rappelaient ce que nos poètes ont dit du vieillard d'Ébalie. Et toi-même, Pontius, tu as vu expirer sous le bâton de tes légionnaires des hommes simples qui, sans dire leur nom, mouraient pour une cause qu'ils croyaient juste. De tels hommes ne méritent point nos mépris. Je parle ainsi, parce qu'il convient de garder en toutes choses la mesure et l'équité. Mais j'avoue n'avoir jamais éprouvé pour les Juifs une vive sympathie. Les Juives, au contraire, me plaisaient beaucoup. J'étais jeune alors, et les Syriennes me jetaient dans un

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grand trouble des sens. Leur lèvre rouge, leurs yeux humides et brillant dans l'ombre, leurs longs regards, me pénétraient jusqu'aux moelles. Fardées et peintes, sentant le nard et h myrrhe, macérées dans les aromates, leur chair est d'un goût rare et délicieux.

Pontius entendit ces louanges avec impatience.

— Je n'étais pas homme à tomber dans les filets des Juives, dit-il, et puisque tu m'amènes à le dire, Lamia, je n'ai jamais approuvé ton incontinence. Si je ne t'ai pas assez marqué autrefois que je te tenais pour très coupable d'avoir séduit, à Rome, la femme d'un consulaire, c'est qu'alors tu expiais durement ta faute. Le mariage est sacré chez les patriciens ; c'est une institution sur laquelle Rome s'appuie. Quant aux femmes esclaves ou étrangères, les relations qu'on peut nouer avec elles seraiei I de peu de conséquence, si le corps ne 3'y habituait à une honteuse mollesse. Soutire qu«; je te dise que tu as trop sacrifié à la Vénus des carrefours ; et ce dont je te blâme surtout, Lamia, c'est de ne t'être pas marié selon la loi et de n'avcir pas donné des enfants à la Repu-

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bîiqne, comme tout bon citoyen doit le faire.

Mais l'exilé de Tibère n'écoutait plus le vieux magistrat. Ayant vidé sa coupe de F'alerne, il souriait à quelque image invisible.

Après un moment de silence, il reprit d'n-^ voix très basse, qui s'éleva peu à peu ;

— Elles dansent avec tant de langueur, les femmes de Syrie ! J'ai connu uue Juive de Jérusalem qui, dans un bouge, à la lueur d'une petite lampe fumeuse, sur un méchant tapis, dansait en élevant ses bras pour choquer ses cymbales. Les reins cambrés, la tête renversée et comme entraînée par le poids de ses lourds cheveux roux, les yeux noyés de volupté, ardente et languissante, souple, elle aurait fait pâlir d'envie Gléopâtre elle-même. J'aimais ses danses barbares, son chant un peu rauque et pourtant si doux, son odeur d'encens, le demi-sommeil dans lequel elle semblait vivre. Je la suivais partout. Je me mêlais au monde vil de soldats, de bateleurs et de publicains dont elle était entourée. Elle disparut un jour, et je ne là revis plus. Je la cherchai longtemps dans les ruelles suspectes ei dans les tavernes. On avait pius de peine à

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se déshabituer d'elle que du vin grec. Après quelques mois que je l'avais perdue, j'appris, par hasard, qu'elle s'était jointe à une petite troupe d'hommes et de femmes qui suivaient un jeune thaumaturge gaiiléen. Il se nommait Jésus; il était de Nazareth, et il fut mis en croix pour je ne sais quel crime. Pontius, te souvient-il de cet homme ?

Pontius Pilatus fronça les sourcils et porta ia main à son front comme quelqu'un qui cherche dans sa mémoire. Puis, après quelques instants de silence :

— Jésus? murmura-t-il, Jésus, de Nazareth? Je 8e me rappelle pas.

AMYGUS ET CÉLESTIN

L Georges de Porto-Iliciie.

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AMYCUS ET CÊLESTIN

Prosterné au seuil de sa grotte sauvage, l'ermite Gélestm pasc.a en prières la vigile de Pâques, cette nuit angélique pendant laquelle les démons frémissants sont précipités dans l'abîme Et tandis que les ombres couvraient la terre, à l'heure où l'Ange exterminateur avait plané sur l'Egypte, Célestin frissonna, saisi d'angoisse et d'inquiétude. Il entendait an loin dans la forêt les miaulements des dhats sauvages et la voix flûtée des crapauds ; plongé dans les ténèbres impures, il doutait que le mystère glorieux pût s'accomplir. Mais, quand il vit poindre le jour, l'allégresse avec

l'aube entra dans son cœur ; il connut que ie Christ était ressuscité et il s'écria :

— Jésus est sorti du tombeau î l'amour a vaincu la mort, aliekiia ! Il s'élève radieux du pied de la colline ! alléluia ! La création est refaite et réparée. L'ombre et le mal sont dissipés ; la grâce et la lumière se répandent sur le monde. Alléluia !

Une allouette, qui s'éveillait dans les blés, lui répondit en chantant :

— Il est ressuscité. J'ai rêvé de nids et d'œufs, d'œufs blancs, tiquetés de brun. Aile luia ! Il est ressuscité !

Et l'ermite Célestin sortit de sa grotte pour aller, à la chapelle voisine, solenniser le saint Jour de Pâques.

Comme ïi traversait la foi et, il vit au milieu d'une clairière un beau hêtre dont les bourgeons gonflés laissaient déjà échapper des petites feuilles d'un vert tendre ; des guirlandes de lierre et des bandelettes de laine étaient suspendues aux branches, qui descendaient jusqu'à terre ; des tablettes votives, attachées au tronc noueux, parlaient de jeunesse et d'amour, et, çà et là, des Ëros d'argile, les

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3iles ouvertes et la tunique envolée, se balançaient aux rameaux. A cette vue, l'ermite Céîestin fronça ses sourcils blancs :

— C'est 1 arbre des fées, se dit-il, et les filles du pays l'ont chargé d'offrandes, selon l'antique coutume. Ma vie se passe à lutter contre les fées, et l'on ne s'imagine pas le tracas que ces petites personnes me donnent. Elles ne me résistent pas ouvertement. Chaque année, à la moisson, j'exorcise l'arbre, seion les rites, et je leur chante l'Évangile de saint Jean.

» On ne saurait mieux faire ; l'eau bénite et l'Évangile de saint Jean les mettent en fuite, et l'on n'entend plus parler de ces dames de tout l'hiver; mais elles reviennent au printemps et c'est à recommencer tous les ans.

» Elles sont subtiles ; il suffît d'un buisson d'aubépine pour en abriter tout un essaim. Et elles répandent des charmes sur les jeunes garçons et sur les jeunes tilles.

» Depuis que je suis vieux, ma vue a baissé et je ne les aperçois plus guère. Elles se moquent de moi, me passent sous le nez et rient à ma barbe. Mais, quand j'avais vingt

ans, je les voyais dans les clairières, dansant des rondes, en chapeau de fleurs, sous un rayon de lune. Seigneur Dieu, vous qui fîte> le ciel et la rosée, soyez loué dans vos œuvres ! Mais pourquoi avez-vous fait des arbres païens et des fontaines féeriques? Pourquoi avez-vous mis sous le coudrier la mandragore qui chante? Ces choses naturelles induisent la jeunesse an péché et causent des fatigues sans nombre aux anachorètes qui, comme moi, ont entrepris de sanctifier les créatures. Si encore l'Evangile de saint Jean suffisait à chasser les démons ! Mais il n'y suffit, pas, et je ne sais plus que faire.

Et, comme le bon ermite s'éloignait en soupirant, l'arbre, qui était fée, lui dit dans us frais bruissement :

— - Gélestin, Célestin, mes bourgeons sont des œufs, de vrais œufs de Pâques ! Alléluia ! alléluia !

Célestin s'enfonça dans le bois, sans tourner la tête. Il s'avançait avec peine, par un étroit sentier, au milieu des épines qui déchiraient sa robe» quand, soudain, bondissant dur* fourré, un jeune garçon lui barra le passage

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fi était à demi vêtu d'une peau de bête, et c'était plutôt un faune qu'un garçon ; son re- ^aid était perçant, son nez camus, sa face riante. Ses cheveux bouclés cachaient les deux petites cornes de son front têtu; ses lèvres découvraient des dents aiguës et blanches ; des poils blonds descendaient en deux pointes de son menton. Un duvet d'or brillait sur sa poitrine. Il était agile et svelte; ses pieds fourchus se dissimulaient dans i'herbe.

Célestin, qui possédait toutes les connaissances que donne la méditation, vit aussitôt à qui i! avait affaire, et il leva le bras pour décrire le signe de la croix. Mais le faune, lui saisissant la main, l'empêcha d'achever ce geste puissant :

— Bon ermite, lui dit-il, ne m'exorcise pas.

jour est pour moi comme pcar toi un jour de fête. Il ne serait pas charitable de me contnster dans le temps pascal. Si tu veux, nous cheminerons ensemble et tu verras que je ne suis pas méchant.

Célestin était, par bonheur, très versé dans les sciences sacrées. Il lui souvint à propos que saint Jérôme avait eu pour compagnons de

route, dans le désert, des satyres et des centaures qui avaient confessé la vérité.

Il dit au faune :

— Faune, sois un hymne de Dieu. Dis : il est ressuscité.

— Il est ressuscité, répondit le faune. Et tu m'en vois tout réjoui.

Le sentier s'élant élargi, ils cheminaient côte à côte. L'ermite allait pensif et songeait :

— Ce n'est point un démon, puisqu'il a confessé la vérité. J'ai bien fait de ne le point contrister. L'exemple du grand saint Jérôme n'a point été perdu pour raoi.

Et se tournant vers son compagnon capripède, il lui demanda :

— Quel est ton nom ?

— Je me nomme Àmycus. répondit le faune. J'habite ce bois où ja suis né. Je suis venu à toi, mon père, parce que tu as l'air assez bonhomme sous ta longue barbe blanche. Il me semble que les ermites sont des faunes accablés par les ans. Quand je serai vieux, je serai semblable à toi.

— Il est ressuscité, dit l'ermite.

— Il est ressuscité, dit Amycus.

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Et, s'entretenant ainsi, ils gravirent la colline où s'élevait une chapelle consacrée au vrai Dieu. Elle était petite et déstructure grossière Célestin l'avait bâtie de ses mains avec les débris d'un temple de Vénus. A l'intérieur, la table du Seigneur se dressait informe et nue.

— Prosternons-nous, dit l'ermite, et chantons alléluia, car il est ressuscité. Et toi, créature obscure, reste agenouillé pendant que j'offrirai le sacrifice.

Mais le faune, s'approchant de l'ermite, lui caressa la barbe et dit :

— Bon vieillard, tu es plus savant que moi et tu vois l'invisible. Mais je connais mieux que toi les bois et les fontaines. J'apporterai au dieu des feuillages et des fleurs. Je sais les berges où le cresson entr'ouvre ses corymbes lilas, les prés où le coucou fleurit en grappes jaunes. Je devine à son odeur légère le gui du pommier sauvage. Déjà, une neige de fleurs couronne les buissons d'épine noire. Attendsmoi, vieillard.

En trois bonds de chèvre il fut dans les bois et, quand il revint, Célestin crut voir marcher un buisson d'aubépine. Amycus disparaissait

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sous sa moisson parfumée. Il suspendit des guirlandes de fleurs à l'autel rustique ; il le couvrit de violettes et dit gravement :

— Ces fleurs, au dieu qui les fait naître !

Et pendant que Célestin célébrait le sacrifice de la messe, le capripède inclinant jusqu'à terre son front cornu, adorait le soleil et disait :

— La terre est un gros œuf que tu fécondes, soleil, soleil sacré !

Depuis ce jour, Célestin et Amycus vécurent de compagnie. L'ermite ne parvint jamais, malgré tous ses efforts, à faire comprendre au demi-homme les mystères ineffables ; mais, comme par les soins d'Amycus, la chapelle du vrai Dieu était toujours ornée de guirlandes et mieux fleurie que l'arbre des fées, le saint prêtre disait : « Le faune est un hymne de Dieu. »

C'est pourquoi il lui donna le saint baptême.

Sur la colliDe où Célestin avait construit l'étroite chapelle qu'Amycus ornait des fleurs des montagnes, des bois et des eaux, s'élève aujourd'hui une église dont la nef remonte au

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!!• siècle, et dont le porche a été réédifié sous Henri II, dans le style de la Renaissance. C'est un lieu de pèlerinage et les fidèles y vénèrent la mémoire bienheureuse des saints Amie et Gèles tin.

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