‹ L'étui de nacre; 106th edChapitre 8 sur 11 · SC0LASTIC · texte numérisé non relu

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mes douces nourrices eussent été déposés sur mon cercueil I Quand tu tends les bras vers moi, je songe aux mains qui furent percées de clous pour le salut du monde.

Et, comme elle achevait cee paroles, elle pleura amèrement.

Le jeune homme lui répondit avec douceur!

— Scolastica, nos parents, qui sont nobles et riches parmi les Arvernes, n'avaient les tiens qu'une fiile et les miens, qu'un fils. Ils ont voulu nous unir pour perpétuer leur famille, de peur qu'après leur mort un étranger ne vînt à hériter de leurs biens.

Mais Scolastica lui dit :

— Le monde n'est rien ; les richesses ne sont rien ; et cette vie même n'est rien. Est-ce vivre que d'attendre la mort? Seuls ceux-là vivent qui, dans la béatitude éternelle, boivent la lumière et goûtent la joie angélique de posséder Dieu.

En ce moment, touché par la grâce, Injurioàus s'écria :

— 0 douces et claires paroles ! la lumière de la vie éternelle brille à mes yeux 1 Scolastica, si tu veux tenir ce que tu a3 promis, je resterai chaste auprès de toi.

§6 L ÉTUI DE NACFE

A demi rassurée et souriant déjà dans les larmes :

— Injuriosu&i, dit-elle, il est difficile à urc homme d'accorder une pareille chose à une femme. Mais si tu fais que nous demeurions sans tache dans ce monde, je te donnerai une part de la dot qui m'a été promise par mon époux et seigneur Jésus-Christ.

Alors, armé du signe de la croix, il dit :

— Je ferai ce que tu désires.

Et s'étant donné la main, ils s'endormirent.

Et par la suite ils partagèrent le môme lit dans une incomparable chasteté. Après dix années d'épreuves, Scolasiica mourut.

Selon la coutume du temps, elle fut portée dans la basilique en fcabit de fête et le visage découvert, au chant des psaumes, et suivie de tout le peuple.

Agenouillé près d'elie, Injuriosus prononçt è haute voix ces paroles :

— Je te rends grâce, Seigneur Jésus, de c* que tu m'as donné la force de garder intact Ion trésor.

A ces mots, la morte se souleva de sou

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Ut funèbre, sourit et murmura doucement : — Mon ami, pourquoi dis-tu ce qu'on ne te demande pas?

Puis elle se rendormit du sommeil éternel Injurîosus la suivit de près dans la mort. On l'ensevelit non loin d'elle, dans la basilique de Saint-Allire. La première nuit qu'il y reposa, un rosier. miraculeux, sorti du cercueil de l'épouse virginale, euïaça les deux tombes de ses bras fleuris. Et le lendemain, le peuple vit qu'elles étaient liées l'une à l'autre par des chaînes de roses. Connaissant à ce signe la sainteté du bienheureux ïnjuriosus et de la * "bienheureuse Scolastica, les prêtres d'Auvergne signalèrent ces sépultures à la vénération des Mêles. Mais il y avait encore des païens dans celte province, évangélisée par les saints Aîiire et Népotien. L'un d'eux, nommé Silvanus, vénérait les fontaines des nymphes, suspendait des tableaux aux branches d'un vieux chêne et gardait à son foyer des petites figures d'argile représentant le soleil et les déesses Mères À demi caché dans le feuillage, le dieu des jardins protégeait son verge»*. Silvanus occupait sa vieillesse à faire des poèmes. Il composais

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des églogues et des élégies d'un style un peu durt mais d'un tour ingénieux et dans lesquels il introduisait les vers des anciens chaque fois qu'il en trouvait le moyen. Ayant visité avec la foule la sépulture des époux chrétiens, le bonhomme admira le rosier qui fleurissait les deux tombes. Et, comme il était pieux à sa

\ manière, il y reconnut un signe céleste. Mais il attribua le prodige à ses dieux et il ne douta pas que le rosier n'eût fleuri par îa volonté

i d'Eros.

« La triste Soolastica, se dit-il, maintenant qu'elle n'est plus qu'une ombre vaine, regrette le temps d'aimer et les plaisirs perdus. Les roses qui sortent d'elle et qui parlent pour elle, nous disent : Aimez, vous qui vivez. Ce prodige nous enseigne à goûter les joies de la vie, tandis qu'il en est temps encore ».

Ainsi songeait ce simple païen. Il composa sur ce sujet une élégie que j'ai retrouvée par le plus grand des hasards dans la bibliothèque publique de Tarascon, sur la garde d'une bible du xi» siècle, cotée : fonds Michel Chasles, F n, T439, 171 bis. Le précieux feuillet, qui avait échappé jusqu'ici à l'attention des savants»

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