‹ L'EucharistieChapitre 31 sur 31 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

CATÉCHISME DU GOiNGILE DE TRENTE \

Il n'y a personne à qui il ne soit utile et même nécessaire de connaître la vertu et les fruits admirables de l'Eucharistie; et même tout ce que nous avons dit jusqu'ici de ce sacrement, c'était pour mettre les pasteurs plus en état d'instruire les fidèles sur ce sujet. Mais comme les biens qu'il renferme sont presque infinis, il serait impossible de les expliquer tous en détail, et les pasteurs seront forcés de se borner à une ou à deux considérations principales qui suffiront pour montrer toute l'étendue et l'abondance des fruits salutaires contenus dans ces mystères sacrés.

Ils pourront d'abord, après avoir expliqué la nature de tous les sacrements, comparer l'Eucharistie à une source, et les autres sacrements à des ruisseaux qui découlent de cette source. En effet, l'Eucharistie est réellement la source de toutes les grâces, puisqu'elle renferme, d'une manière admirable, Jésus-Christ, Notre-Seigneur, source de biens et auteur de tous les sacrements, et qu'il est lui-môme l'unique principe d'où dérive tout ce qu'il y a de bien et de parfait

* Ch. XX.

dans les autres sacrements. Or, d'après cette idée que l'Eucharistie est la source véritable de toutes les grâces, il sera aisé de montrer toute l'étendue des bienfaits et des fruits qu'elle nous communique.

Il sera encore très-utile de considérer en quoi consiste la nature du pain et du vin, qui sont les symboles de l'Eucharistie. Ce que le pain et le vin produisent pour le corps, l'Eucharistie le produit, mais d'une manière infiniment plus parfaite, pour le salut et pour le bien de l'âme. Ici, ce n'est pas le sacrement qui se change en notre substance, comme le pain et le vin se changent en la substance du corps ; c'est nous-mêmes, au contraire , qui sommes comme changés en la nature du sacrement. En sorte que ron peut très-bien appliquer ici ces paroles que saint Augustin met dans la bouche de Notre-Seigneur : « Je suis la nourriture des hommes faits ; croissez et vous me mangerez ensuite. Et vous ne me changerez point en vous, comme il arrive à la nourriture de votre corps ; mais c'est vous qui vous changerez en moi. »

Que si la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus- Christ, il faut nécessairement qu'elles se répandent dans l'âme de celui qui reçoit ce sacrement avec un cœur pur et innocent. Car Notre-Seigneur a dit : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Quiconque participe à l'Eucharistie avec foi et avec piété, en recevant en lui le fils de Dieu, se trouve uni à son corps comme membre vivant. .(Celui qui me mange, dit le Sauveur, vivra aussi pour moi. Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. » Sur quoi, saint Cyrille a fait cette remarque : le verbe de Dieu, en s'unissant à sa propre chair, l'a rendue vivifiante. Il était donc convenable qu'il s'unît à nos corps d'une manière admirable par sa chair sacrée et par son sang précieux, qu'il nous donne sous les espèces du pain et du vin, pour nous sanctifier et nous communiquer la vie.

Mais en disant que l'Eucharistie donne la grâce, que les pasteurs fassent bien entendre aux fidèles que, pour participer aux fruits de ce sacrement, il est nécessaire de posséder

déjà la grâce. La nourriture naturelle est inutile aux corps qui ne vivent pas ; il est pareillement incontestable que les mystères sacrés ne produisent aucun fruit dans celui qui n'a pas la vie de l'esprit. L'Eucharistie a été instituée sous la forme du pain et du vin, parce qu'elle était destinée à conserver la vie de l'âme, et non pas à la faire recouvrer.

On dit donc que rEucharistie donne la grâce, parce que la première grâce même, absolument nécessaire à tous ceux qui veulent recevoir ce sacrement sans manger et sans boire leur condamnation en le recevant, ne se donne qu'à ceux qui ont le désir et le vœu d'y participer. Car elle est la fin de tous les sacrements, le symbole de l'unité et de l'union de tous les membres de l'Église hors de laquelle personne ne peut obtenir la grâce.

D'un autre côté, la nourriture naturelle n'est pas destinée seulement à la conservation du corps, mais encore à son accroissement et môme à ses jouissances et à son plaisir. De même la nourriture eucharistique non-seulement soutient l'âme, mais la fortifie et lui donne plus de goût pour les choses spirituelles. C'est donc encore avec raison que nous avons dit que ce sacrement donne la grâce, et qu'on le compare à la manne, qui renfermait tout ce qui peut flatter les sens.

On ne peut pas douter non plus que l'Eucharistie n'ait la propriété de remettre les péchés légers, que l'on nomme ordinairement véniels. Tout ce que l'âme, entraînée par l'ardeur de la concupiscence, a perdu de la vie de la grâce en commettant des fautes légères, ce sacrement le répare en effaçant ces fautes : ainsi, pour nous servir toujours de notre même comparaison, la nourriture corporelle répare insensiblement ce que nous perdons tous les jours par l'effet de la transpiration. C'est ce qui a fait dire si justement à saint Ambroise, que ce pain de chaque jour est un remède aux infirmités de chaque jour. Mais il ne faut entendre ceci que des péchés auxquels l'esprit ne se porte point avec plaisir et avec attache.

C'est encore une des propriétés de l'Eucharistie de nous

préserver du péché, de nous couserver dans l'innocence, de nous fortifier contre les tentations, et de servir à notre âme comme d'un antidote divin, qui l'empêche d'être infectée et corrompue par le venin mortel des passions. Dans les premiers temps de l'Église, au rapport de saint Cyprien, lorsque les fidèles étaient condamnés par les tyrans aux supplices et à la mort pour avoir confessé la foi de Jésus-Christ, les évoques avaient coutume de leur donner le sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur, de peur que, vaincus par la force des tourments, ils ne succombassent dans ce combat du salut.

L'Eucharistie réprime et modère aussi l'ardeur des passions. Puisqu'elle embrase les cœurs du feu de la charité, il est nécessaire qu'en même temps elle éteigne le feu des passions.

Enfin nous pouvons renfermer en un seul mot les fruits infinis de l'Eucharistie, en disant qu'elle est toute-puissante, pour nous faire mériter la gloire éternelle. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, dit Jésus-Christ, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » En effet, par la grâce de ce sacrement les fidèles jouissent d'abord en cette vie de la paix et de la tranquillité de conscience la plus grande ; puis, lorsqu'il faut mourir, ils s'élèvent sans peine à la gloire et à la béatitude éternelles, semblables à Élie qui, fortifié par un pain cuit sous la cendre, alla .jusqu'à la montagne d'Horeb.

Il sera facile aux pasteurs d'expliquer plus au long tous ces fruits de l'Eucharistie, s'ils veulent développer aux fidèles le sixième chapitre de l'évangile selon saint Jean où plusieurs des effets de ce sacrement sont marqués ; ou bien encore, si, eu parcourant la suite admirable des actions de Notre-Seigneur, ils comparent le bonheur de ceux qui le reçurent dans leurs maisons, pendant sa vie mortelle, ou qui recouvrèrent la santé en touchant ses vêtements et le bord de sa robe, avec le bonheur de ceux qui le reçoivent dans leur cœur, maintenant qu'il jouit de la gloire immortelle. Si c'est avec raison que nous estimons heureux les premiers, combien ne

le sommes-noui- pas davantage, nous dont il vient guérir toutes les blessures et enrichir l'âme de ses dons les plus excellents, en s'unissaut à elle dans le sacrement de l'Eucharistie.

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