C.reateur. x
ture bien plus importante, bien plus influente pour le bien ou pour le mal, que les individus, si importants et si influents qu'ils soient : puisque, selon que les Etats, et les divers pouvoirs qui les constituent, sont ou non fidèles à la cause de Dieu, c'est par millions qu'il faut compter les âmes qui marchent dans le bon chemin ou qui s'égarent ici-bas, ou se perdent pour l'éternité. Dieu est donc le Roi des sociétés en tant que sociétés. Et quel est Celui qui réside dans l'Eucharistie sinon le Fils éternel du Père, et qui lui est consubstantiel, en un mot Jésus-Christ? Aussi vrai qu'il est Dieu, il a plein pouvoir sur la société comme société, sur le souverain comme souverain, sur les législateurs et les administrateurs comme tels. L'hommage-lige de la société et de ses dirigeants est dû à Dieu, donc à Jésus- Hostie.
L EUCHARISTIE ET LA SOCIETE
Il m'importe peu, ô Jésus, que des voiles vous cachent à mes yeux. Sous ces voiles, je vous crois, je vous salue, je vous loue, je vous adore Roi des sociétés et de leurs chefs, parce que vous êtes Dieu.
Mais je vous adore aussi dans l'Eucharistie comme Verbe incarné; comme Fils de Dieu fait homme, aussi véritablement présent dans le Tabernacle que dans le sein de Marie, ou dans la Crèche. Et, Verbe incarné, nous vous saluons, par là même, encore Roi des sociétés. Vous avez, depuis le premier moment de l'Incarnation l'empire sur elles. C'est pour vous un droit de naissance; et jamais droit de naissance au trône ne fut aussi solide, aussi absolu, aussi sacré que le droit de naissance qui, dans l'Incarnation, vous a fait à jamais Roi des âmes, et des rois et de leurs royaumes : Reœ regum et Dominais dominant ium *.
Et je crois qu'un Dieu qui meurt pour racheter toute créature, donc les sociétés comme les individus, est à ce titre leur Roi souverainement légitime. Sous les Espèces eucharistiques, je reconnais en vous, Jésus, Celui qui a racheté et guéri les nations. A^ous êtes Celui-là même qui s'est immolé sur la Croix pour conquérir à votre doux et saint empire les sociétés, l'humanité, comme les âmes.
Mais il y a plus : je crois que vous conquérez chaque jour à nouveau le monde par le Sacrifice.
Jésus dans l'Eucharistie, Roi des sociétés comme Verbe incarné.
* .1/)' <■., \ IX, lti.
Dent, x, 17.
Jésus dans l'Eucharistie Roi des sociétés par son Sacrifice.
Ce titre du Sacrifice chaque jour nouveau.
.Jésus dans l'Eucharistie Roi des so-
• ciétés par l'amour.
L'Immolation de la sainte Messe offerte pour l'univers entier est un titre à lui seul suffisant de pouvoir sur les sociétés. Ce titre se reproduit chaque jour des milliers de fois : en France, en Espagne... chez toute nation. Est-il un peuple, au monde, au sein duquel ne soit pas célébrée au moins une messe et qui ne soit, grâce à cette messe, acquis de nouveau par le Sacrifice d'un Dieu?
Enfin je crois, ô Jésus, qu'un Dieu aimant les sociétés a le droit de régner sur elles par l'amour.
L'amour du Verbe incarné qui le fixe jusqu'à la fin des siècles sur la terre, qui lui fait prendre ses délices à demeurer avec les enfants des hommes, individus ou peuples, qui ne le presse pas seulement de marcher une heure avec nous pour disparaître ensuite, mais qui exauce la prière, au moins implicite, du cœur humain : Mane nobiscum Domine! Demeurez avec nous jusqu'à ce que le jour des siècles s'incline et s'achève : cet amour est un titre fait pour gagner tous les cœurs, non seulement des individus et des familles, mais des nations et des souverains. Il faut la prodigieuse misère humaine pour que tous les peuples ne sachent pas lire l'inscription de la Croix : « Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, a Roi des Juifs, il l'est, et il n'est pas moins roi des autres royaumes, roi de la France et de tout pays : puisque l'amour l'a fait mourir en croix pour tous, et que chaque jour l'amour l'immole encore sur l'Autel pour toutes les nations, et par-
l'eucharistie et la société
ticulièrement pour la nation au sein de laquelle cette immolation est offerte.
Les nations comme telles ont, ainsi que nous le remarquions tout à l'heure indirectement, leurs manières de témoigner leur amour à Celui qui leur a témoigné le sien en mourant pour elles, et qui vit chez elles et pour elles.
C'est, par exemple, de prendre part, en son honneur, à des prières publiques : supplications ou actions de grâces; c'est d'inscrire le nom de Dieu dans la Constitution et dans les Lois; c'est de lui faire rendre hommage par leurs armées et leur administration, c'est d'arborer le Crucifix dans les écoles et les prétoires. Ce serait par exemple encore pour la France, de répondre à un désir, à une demande célèbre de Xotre- Seigneur, et d'arborer son Cœur sur nos étendards.
Que ce serait beau, le jour où le Cœur transpercé de Jésus resplendirait sur les drapeaux, symboles de la Patrie! On comprendrait qu'une nation érige ainsi l'image du cœur d'un grand homme qui l'aurait sauvée par son génie et son dévouement héroïque. Comment ne pas comprendre que le Cœur du Fils de Dieu immolé pour le salut des patries, comme des âmes, éclate sur le drapeau de la France?
Toutes ces manifestations peuvent être consacrées par un pacte d'hommage-lige (1), tels que
Comment les nations rendent amour et hommage à .Jésus- Hostie.
Signe d'hommage et d'amour particulièrement désiré en France.
Pactes et hommages-liges.
(1) Encore une question très étudiée par l'école des Fastes de Jésus-Hostie, de Parav-le-Monial.
tie. — Comment.
furent chez nous la Loi Salique, et en Espagne le pacte de Covadonga. Si des traités solennels sont passés d'une nation à l'autre, ne conçoit-on pas que d'un peuple à Jésus puisse être contractée l'alliance la plus formelle et la plus solennelle : une alliance plus intime même que celle qui fut scellée parmi les foudres, au Sinaï?
Même rame la Xe dites pas, âme chrétienne, que vous ne
plus obscure *
peut travailler pouvez travailler à la restauration du pacte, de d" jégsus-Hos- l'hommage-lige entre Jésus-Hostie et les peuples? à la royauté sociale de l'Eucharistie, à peine à son règne en quelques familles, en quelques âmes.
Beaucoup n'y peuvent travailler par la parole, les écrits...; mais tous le peuvent par la prière, par les sacrifices, par la direction de la vie vers ce but si grave, par les Communions qu'on appelle réparatrices, par l'oblation du Saint Sacrifice.
Oui, âme obscure, incapable peut-être de tout sauf d'aimer Jésus, aimez-le de mieux en mieux avec des désirs apostoliques intenses et vastes.
Dites à son Père : O Père, je vous en supplie au nom de la Divinité de votre Fils, au nom de son Incarnation, au nom de son Sacrifice sur la Croix pour le salut du monde entier, par son Sacrifice de chaque jour, de chaque heure, par ces trois cent cinquante mille messes où il s'immole au sein de tous les peuples, par ces milliards
l'eucharistie et la société 157
de messes qui ont été célébrées sur la terre depuis la Cène, par ces milliards de messes qui, peut-être, y seront célébrées dans l'avenir et qu'il m'est bien permis d'escompter : sauvez le monde tant aimé de votre Fils, sauvez les peuples.
Et sauvez les familles, tant aimées aussi de votre divin Fils, qui a voulu naître dans une famille virginale, modèle à jamais des vertus familiales. Inspirez aux familles l'amour pour Jésus, le désir de le recevoir, la fidélité à leurs devoirs si graves envers lui, la confiance dans la Providence, la générosité dans le sacrifice et dans le dévouement.
Et au sein de l'Eglise, bénissez ces sociétés moins étendues qu'elle,' qui poursuivent un but spirituel, éternel : les familles religieuses.
Par toutes ces Messes et par toutes ces Communions, sauvez, sanctifiez des âmes toujours nouvelles, dans le monde entier, délivrez bien des âmes du Purgatoire. Ayez pitié de beaucoup d'âmes qui me sont chères, de celles dont j'ai plus ou moins la responsabilité. Ayez pitié de moi, bien petite âme, et que vous aimez pourtant jusqu'à lui donner votre Eucharistie, vousmême, vous sans cesse de nouveau sacrifié, vous divin Aliment, adorable Breuvage, vous Hostie bien aimée.
TRENTE-DEUXIÈME ÉLÉVATION
L'EUCHARISTIE ET L'ÉGLISE
« Que, confessant la vérité, nous continuions à croître à tous égards dans la charité, en union avec celui qui est le chef, Jésus-Christ. C'est de lui que tout le corps, bien coordonné et solidement uni par tous les liens d'une assistance mutuelle, tire son accroissement suivant une opération qui convient à chaque membre, et s'édifie lui-même dans la charité. »
Edites, iv, 15 et 1(3.
TRENTE-DEUXIÈME ÉLÉVATION L'Eucharistie et l'Église.
Plus haute, plus sainte, plus importante, plus .Jésus, chef de influente pour le salut des âmes que toutes les sociétés temporelles, nous admirons, nous vénérons, et nous chérissons l'Église, la Société fondée par Jésus-Christ pour enseigner, sanctifier, sauver le monde.
Et aucun titre ne nous semble plus honorable ni ne saurait nous être plus cher que le titre de membre de l'Église, puisque être membre de l'Église c'est aussi être membre de Jésus, un membre qui doit vivre sans cesse sous ses divines influences.
Combien nous intéressent ces influences de Jésus qui vivifient, sanctifient, enrichissent, consolent l'Église et chacun de ses membres!
Nous l'adorons comme le Chef invisible de son Église *. Et nous ne saurions assez méditer * ci.
ce titre sublime. Sans doute, nous crovons .s' ln£,M ;
>> uni. lntul.,
fermement que saint Pierre, et son Successeur In« <>■ 8> a- *•
au cours des siècles, en est le chef visible *. t. xiv.
Mais ce rôle de Jésus, Chef suprême invisible, ^'vasouez
et le rôle du Pape, Chef visible, se concilient à D,'SP"«- 49> t(,t-
* c* merveille, comme se concilient parfaitement, /,<, pr^lr'e jn.
dans la sainte Messe et dans l'administration tmie' 2°c E16v'
Nous voii ons considérer ce
titre dans l'Eucharistie.
* Ct.
P. Sasse,
Thés., vin,
corol, 5.
Ce titre ne
préjudicie pas
à d'autres.
* Sum. TheoL,
bid., a. î, ad 2
et 3.
Et en particu-
des Sacrements, le Sacerdoce suprême de Jésus avec notre sacerdoce.
Ce rôle de Chef de l'Église, nous aimerons à le considérer dans l'Eucharistie. Et quoi de plus légitime ?
Car partout où est réellement Jésus, il est Chef suprême de son Eglise; donc dans l'Eucharistie aussi bien que dans la Crèche... ou sur la Croix ou dans le ciel. Toute action (1) que Jésus exerce au ciel, il l'exerce aussi dans l'Eucharistie *.
Il nous est infiniment doux de considérer ce rôle et cette influence de Chef dans l'Eucharistie. Puisse cette pensée rendre plus vive notre admiration, notre amour, notre fidélité à vivre sous l'influence de Jésus-Hostie !
Ce titre de Chef ne préjudicie pas à d'autres. On a parfois nommé Jésus le Cœur de l'Église. Et à un point de vue ce langage est vrai. Cependant saint Thomas * et d'autres graves Théologiens préfèrent réserver le titre de Cœur de l'Église à l'Esprit-Saint, dont l'influence est, d'ordinaire, toute secrète, tandis que la tête a, en même temps que son influence, une « éminence manifeste », visible.
Un titre que toute la Tradition, après saint
(1) Exceptons, — du moins naturellement et à moins que Dieu ne déroge par un miraele bien croyable à cette loi naturelle de l'état eucharistique, — les actes des sens. Et les actes des sens n'importent que secondairement à ce rôle de Chef.
l'eucharistie et l'églis 163
Paul, applique à Jésus, c'est celui d'Époux de lier au titre l'Église, qui l'aime du plus grand amour, avec j-Égii^et de une tendresse, un dévouement ineffables. rame.
Nulle part, sinon dans le ciel, ce titre ne doit plus nous toucher, nous saisir, que dans l'Eucharistie. Nous avons vu comment Jésus y donne à l'Église et à l'âme toute sa Personne, tout ce qui lui appartient jusqu'à son Corps lui-même. C'est, nous l'avons médité, l'union complète, profonde, souverainement intime, l'union corps à corps, âme à âme, coeur à cœur, Divinité à humanité, l'union des pensées, des volontés, des divins amours, de toutes les vertus. Nous adorons ici l'Époux plutôt dans son action, dans son influence.
Et nous n'oublierons jamais un instant que l'amour accompagne, dirige cette influence et cette action. On ne saurait, ô Jésus, me nommer rien de votre mystère, me nommer surtout aucune action, aucune influence de vous, qui ne soit animée par l'amour. Votre Cœur inspire tout. Aussi point de pensées qui touchent de plus près à votre Cœur que celles que j'entrevois sous votre titre de Chef de l'Église et de mon âme.