L'EUCHARISTIE ET L'AME INDIVIDUELLE
L'Eucharistie dernier mot,
ici-bas, de
l'union
entre Dieu et
les âmes.
L'union eucharistique implique toute
autre union qu'on pourrait lui comparer :
union de la grâce sanctifiante.
Le mystère de l'Eucharistie est le dernier mot de l'union divine sur la terre. La communion du ciel sera plus parfaite encore. Mais ici-bas aucune union n'est comparable à la communion sacramentelle. Et toute autre union bénie de Dieu se réfère à celle-là ou en dérive.
Il y a pourtant, même sur la terre, me direzvous peut-être, au moins une union entre Dieu et nous qu'à première vue l'on dirait plus parfaite. C'est l'union de la grâce sanctifiante. L'inadvertance seule pourrait nous faire penser ainsi.
Par la grâce je suis assimilé et uni, non pas à
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cette ombre de la Divinité que sont nos idées naturelles sur Dieu, mais à Dieu même en personne, directement. Ce contact habituel de notre intelligence et de notre cœur avec Dieu lui-même, et non pas seulement avec l'idéal de Dieu, est quelque chose de si merveilleux qu'elle dépasse toutes les conceptions et toutes les aspirations de l'esprit humain et des esprits angéliques.
Mais précisément, vous trouvez dans l'union eucharistique cette union à la Divinité plus parfaite que jamais.
Par ce mystère, ô Jésus, vous mettez, mieux que par aucun autre, votre Divinité à ma portée. De votre Divinité, je dois dire comme de votre Corps, son adorable véhicule, qu'elle est mon Aliment. Je me nourris en vous de Dieu luimême, puisque vous êtes Dieu, de sa sainteté, de sa vie, de sa beauté infinie... Je bois sa bonté, son amour immense. Union sans pareille et qui développe plus que tous les Sacrements, et tous les actes saints, l'union de la grâce sanctifiante.
Nous nous unissons à la Divinité par les union par les vertus divines. Elles sont comme les facultés, vertus divines. absolument supérieures, par lesquelles nous embrassons Dieu lui-même ou les choses de ce monde en Dieu. Dira-t-on que cette union des vertus^semble plus sensible, plus parfaite aux heures où nous faisons spécialement des actes de ces vertus? Par exemple : par la foi, en ce moment, je crois Dieu à cause de Dieu parlant.
Par la patience, j'offre aujourd'hui telle souffrance, ou telle humiliation, pour l'amour de Dieu...
Mais d'abord tous les actes de vertus que je fais à n'importe quel moment de la vie, je puis les faire en recevant l'Eucharistie.
Surtout il est incontestable que rien, au fond, n'augmente autant que l'Eucharistie les vertus théologales, par lesquelles j'embrasse la Divinité en personne, et les vertus morales par lesquelles je sais la trouver dans les choses de ce monde.
Ainsi l'union directe à la Divinité par les vertus théologales et l'union indirecte par les vertus morales est-elle incomparable dans la Communion bien faite.
Union par les A la grâce sanctifiante, aux vertus infuses et acTueiks. aux d°ns du Saint-Esprit s'ajoutent une multitude de grâces actuelles qui les font passer à l'acte, pousser des fleurs et des fruits. Si nous savions combien de grâces actuelles de foi, de confiance, de courage, de patience, en un mot, d'union à Dieu, fait pleuvoir sur nous la Communion, nous l'estimerions, elle-même, comme la plus grande et la plus féconde grâce de la vie. union par les Xous nous unissons à Xotre-Seigneur par ^d'nluiiêr^en' toutes les choses providentielles, en particulier
particulier par par les ;Qjes e£ \es souffrances. les joies et les r J
souiiiames. Rien de comparable à la Communion pour nous initier profondément aux mystères des joies de Xotre-Seigneur. La joie, d'après la
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Théologie, est un des grands caractères de l'Eucharistie. A l'âme qui la reçoit avec une foi vive, le Cœur de Jésus ne saurait refuser une entrée plus profonde en ses joies.
Dans l'Eucharistie, encore, nous avons vivants le souvenir, et toute la vertu de ses souffrances, surtout de son Sacrifice sur la Croix, prêts à se révéler et à se communiquer toujours mieux à nous.
Réfléchissons bien à ces divines tendances de l'Eucharistie vers l'union, nous y répondrons moins mal et nous cultiverons mieux ce qui est le dernier mot de ses désirs sur notre âme : je veux dire l'amitié, l'intimité divine.
Toutes ces unions, ou moyens et manifes- union intime tations de l'union, convergent vers l'union PamitTé! ilnT suprême de la charité, vers l'amitié divine, vers profonde in-
, . timité.
cet amour surnaturel réciproque qui fait que de Jésus à l'âme, on se donne cœur pour cœur et que l'on se comble, autant qu'il est possible, mutuellement, de biens.
Voilà le fond de la vie chrétienne, et voilà ce cette amitié que l'Eucharistie nourrit et développe merveilleusement .
Je ne songe pas assez à ce face à face, non encore intuitif comme il le sera au ciel, mais vrai, réel plus que toutes les réalités naturelles, à ce cœur à cœur que le voile le plus léger nous dérobe, à ces communications directes, sans autre intermédiaire que la nue de la foi, entre le
fond de la vil chrétienne.
Dieu vivant, l'Auguste Trinité, le Verbe, son adorable Humanité d'une part, et notre âme de l'autre, à ce do ut des toujours plus désintéressé, à ce don pour don, non seulement du cœur, mais plus encore de la vie, entre Dieu et moi. Nous trouvons Le voici, ce cœur à cœur, comme jamais, dans
comme jamais l'PWhàristie '<
dansl'Eucha- l ^UCIiansut .
ristie cet M'aimez-vous dans ce mystère, ô Jésus? Oui,
amour mutuel. . . .
vous m aimez, moi-même, individuellement, uniquement, aussi vrai que vous vous dormez à moi tout entier, sans réserve d'un atome de votre Corps, d'une pensée de votre magnifique intelligence, d'un mouvement de votre Cœur, d'une perfection de votre Personne...
Vous donnez tout pour tout, amour entier et aussi absolu et durable que vrai et profond.
Et quelles réserves mettez-vous à la communication de vos biens? Il n'en est point sinon celles par lesquelles mon infirmité ou ma lâcheté contrarient votre amour et vous ferment mon âme, ou vous l'ouvrent avec étroitesse et pusillanimité.
Amitié, inti- Nous appuierons tout à l'heure sur l'idée de la mité royale. rGyauté de Jésus-Hostie. Dès maintenant l'âme peut l'appliquer à ses rapports avec lui. Son amitié est une amitié royale. La tendresse la plus amicale et la plus intime s'y mêle à une infinie majesté. Mais loin de troubler notre amitié, nos communications, nos abandons, nos tendresses, la royauté de Jésus nous rend cette
L EUCHARISTIE ET LA SOCIETE
an itié plus honorable. Qu'il soit bien le Roi de notre âme en même temps que son Epoux. Ame fidèle, que tu m'apparais grande, splendide, que tu dois être ardente au contact, au sein de cet adorable Soleil d'amour!
L EUCHARISTIE ET LA FAMILLE
Quel était le centre des familles juives? L'Arche d'alliance et la Loi qu'elle renfermait. Et pour vivre sûrement de la Loi de Dieu, « on devait la graver dans son cœur et dans son esprit comme un signe », la « placer entre ses yeux », « l'apprendre à ses enfants », la « méditer lorsqu'on était assis au logis, ou lorsqu'on marchait dans le chemin, lorsqu'on se couchait ou qu'on se levait »; on devait « l'écrire sur les poteaux et les portes de sa maison * ».
Au fond, c'était déjà Jésus qui était le centre de la vie familiale et sociale, car la Loi était sa loi, l'Arche était sa figure, et la Bible son commentaire anticipé, sa prophétie.
Voici qu'il se donne en toute vérité par l'Eucharistie : ce n'est plus simplement un centre idéal, un signe mystérieux auquel Dieu attacherait son souvenir, sa majesté et sa puissance; mais une réalité vivante, aimable au suprême
Quel était le
centre de la
famille juive?
* Denier., xi 17, 18, 19, 20.
Quel est le centre de la famille humaine?
Jésus dans l'Eucharistie.
Jéqus a, éminemment, toutes les perfections familiales, et pour les communiquer.
Jésus veut venir dans le cœur de l'époux.
degré : Jésus en personne, et non plus seulement en figure et en prophétie. Cette réalité vient dans le cœur de chaque membre de la famille.
Et songeons bien que nous retrouvons en Jésus, éminemment, toutes les perfections que doivent réaliser les créatures. Borné et imparfait, comme l'est une pure créature, c'est assez pour un homme, de bien remplir le rôle, par exemple, de père. Dans l'Homme-Dieu j'adore en éminence, les perfections que doit réaliser l'époux, le père, l'épouse, la mère, l'enfant... toute perfection familiale. Ces perfections, vous les avez, ô Jésus, vivant dans l'Eucharistie, non pas seulement pour honorer magnifiquement votre Père, mais pour les communiquer, et, par ces communications, le faire honorer.
Combien vous désirez venir dans le cœur de l'époux, pour le rendre semblable à vous dans votre amour, votre dévouement, votre sacrifice... envers l'Eglise votre Epouse! Et si l'époux, comme il arrive souvent, ne vous reçoit pas, du moins les autres membres de la famille peuvent-ils vous recevoir avec d'autant plus de ferveur. Et ainsi, déjà, pouvez-vous bénir cette famille. Mais une prière persévérante, de l'épouse et des enfants, implorant du Père votre entrée en cette âme, peut-être longtemps fermée, ne doitelle pas finir par obtenir pour vous et pour eux cette joie, et pour l'époux la vraie vie et le vrai bonheur?
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Et vous venez dans le cœur de l'épouse. C'est comment bien souvent que l'épouse chrétienne est heureuse 1 vlc"œ[irails de vous recevoir. Elle ne se contente pas de se de ''épouse. nourrir de votre parole, elle veut se nourrir de vous. Et vous mettez en elle l'amour profond, d'autant plus fort qu'il embrasse du même coup son époux terrestre et son Dieu. Elle ne les sépare pas dans sa tendresse, dans son dévouement, dans sa fidélité. On ne saurait dire quelles vertus vous avez inspirées aux femmes chrétiennes en passant en elles par la Communion de votre Corps, de votre Sang, de votre Vie, de vos vertus.
Quand vous n'êtes pas là, toute honnêteté, tout dévouement ne sont pas, nécessairement, absents du cœur de la femme. La nature humaine n'est pas à ce point destituée, malgré ses blessures, de pareils sentiments. Mais qu'ils sont loin d'avoir alors la profondeur, la noblesse, l'abnégation, l'intensité, la stabilité, que, par votre présence, vous leur donnez, en même temps que leur valeur surnaturelle !
Vous venez ainsi réellement dans les parents, n vient dans avec vos dispositions paternelles. N'êtes-vous les cj£™ls des pas père dans la perfection, comme Dieu, comme Sauveur? Ne nous avez-vous pas tous engendrés dans votre Sang sur la Croix?
Ainsi êtes-vous tout en tous, et, en particulier, vous êtes père, vous êtes mère dans ceux que nous appelons de ces noms doux et vénérés, et
qui le deviennent plus encore par vos passages, vos séjours, dans les cœurs de nos parents, n vient dans le Vous entrez dans le cœur des enfants. Ce n'est
cœur des en- , . .
fants. Pas seulement votre souvenir, vos exemples,
de la Crèche et de Nazareth, qui pénètrent dans ces chères petites âmes, c'est vous-même, divin Enfant, c'est votre Corps, c'est votre Sang qui reposaient jadis dans la Crèche. C'est votre Ame, c'est votre Divinité qu'adoraient les Bergers et les Mages. Vous venez en ces enfants,, vous le Fils du Père éternel et de Marie; vous y venez avec vos dispositions admirablement filiales de respect et d'amour, de tendresse, de dévouement.
Rien que cette grande vérité : Jésus est sur la terre, il est notre voisin, aussi réel, infiniment plus intelligent et plus aimant que nos plus proches voisins, exerce, bon gré, mal gré, une puissante influence sur la famille comme sur l'individu.
Mais la venue de Jésus dans le cœur de tous les membres de la famille, ou du moins de plusieurs, comment voulez-vous qu'elle n'élève et ne transforme pas à la longue cet élément essentiel et vital de la société (1)?
(1) Une très belle œuvre, et admirablement évangélisée avec l'approbation et les encouragements du Saint-Siège, peut contribuer à faire entrer ou régner plus fortement l'Eucharistie dans les familles, c'est celle que son promoteur, le R. P. Matéo Crawley-Boevey, S. S. P., a intitulée d'un titre bien significatif : V Intronisation ilu Sacre-Cœur de Jésus
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l'eucharistie et les société>
Une des erreurs les plus graves et les plus une erreur funestes de notre temps : c'est celle qui prétend ^ Snesté^ faire de la Religion une chose seulement per- Jésus sonnelle, reléguée dans la conscience individuelle, que dans°ia
Nos rationalistes ont tout fait pour répandre "dfvldueiie!"' cette erreur, de concert, implicite au moins, avec les sociétés secrètes. Dieu a été, peu à peu, exilé des constitutions, des lois, des tribunaux, de l'administration, de l'école...
Pratiquement cet exil de Dieu c'est l'exil de Jésus-Christ. Par la persécution la plus hypocrite et la plus dangereuse, l'État vous dit : Que votre Christ règne en votre âme ; intronisez-le, comme vous l'entendrez, dans votre conscience : mais pas d'insigne qui trahisse son règne, n'en parlez pas sinon avec vous-même. Jamais un mot de Dieu dans les discours officiels. Les Autorités ne prendront pas part aux cérémonies de son culte. Pas de prières publiques, pas d'assistance des employés de l'État aux offices
dans les foyers par la consécration des familles à ce divin Cœur. Nous ne saurions trop la recommander. L'opuscule sur cette œuvre, qui porte aussi ce titre, se trouve chez Zech et fils, Braine-le-Comte, Belgique (Hainaut).
religieux. Pas de croix sur nos places publiques;
on les bannirait, si l'on osait, des champs et du
bord des routes. Pas de signes religieux sur nos
drapeaux. Pas de Christ dans les prétoires pour
présider à la justice et recevoir les serments.
Cette mise hors la loi, hors la constitution, hors
l'administration, hors l'armée, hors l'école... de
Jésus, le Roi du ciel et de la terre, et le Sauveur
du monde, est chose monstrueuse.
Jésus dans Toute créature, en effet, doit lui être soumise;
roi des sociétés e^ ^a société est, à titre aussi vrai et plus élevé
comme Dieu et que \es individus, une créature de Dieu. Une créa-