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LA COMMUNION EST LA PREPARATION A LA MORT DE JESUS-CHRIST

VERTU DE LA CROIX ; ELLE ABONDE DANS l'eucharistie.

« Toutes les fois que vous mangerez ce pain de vie et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Sauveur jusqu'à ce qu'il vienne. »

Vous Tannoncerez comme une chose déjà accomplie pour le salut du genre humain; vous l'annoncerez comme une chose qui se doit continuer en quelque façon jusqu'à la fin des siècles. La mort de Jésus* Christ est toujours présente dans l'eucharistie par la séparation mj^stique de son corps et de son sang; l'impression de la mort de Jésus-Christ se

doit faire sur tous les fidèles qui, à rimitation du Fils de Dieu, se doivent rendre euxmêmes des victimes. Toute la vertu de la croix est dans ce mystère; on y annonce par tous ces moyens la mort du Sauveur.

Quelle est la vertu de la croix? « Quand je serai élevé de la terre, je tirerai tout à moi. » L'effet a suivi la parole : tout est venu à Jésus crucifié; telle est la vertu de sa croix. Cette vertu est toute vivante dans Feucharistie :

ceux-là y croient, ceux-là en profitent, et la reçoivent dignement, que le Père tire à son Fils. Jésus-Christ dit qu'ils vivent pour lui, comme lui-mè* me il vit par son Père et pour son Père; ils n'ont d'autre vie que la sienne. Sa chair est

toute pleine de Fesprit qui nous communique cette vie; tout est esprit, tout est vie dans ce mystère; toute Teflicàce de la croix pour nous tirer à Jésus, pour nous faire vivre en lui et de lui, y est renfermée. Quelle violence souffre le Sauveur, quand on ne se laisse pas posséder à lui, quand on résiste à la force avec laquelle il aous tire! Si on lui refuse son cceur pendant que non seulement il le demande, mais qu'il fait, pour ainsi parler, de si grands efforts pour se Punir, c'est un époux méprisé qui entre en fureur contre son épouse insensible ; il n'y a plus pour elle que la damnation et la mort. Hélas ! hélas ! tout est perdu; de toute la force dont il nous tirait, il nous repousse et nous détruit.

LA PERSÉVÉRANCE, EFFET DE LA COMMUNION FRÉQUENTE. S' APPLI- QUER A BIEN RECEVOIR SON DIEU.

«c Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui (i). » Le grand don après lequel soupirent les chrétiens est celui de la persévérance, qui nous assure la couronne, qui nous unit, qui nous incorpore à Jésus-Christ, pour nous faire éternellement un avec lui, sans jamais en pouvoir être séparés. Voilà le grand don de Dieu, celui qui est joint à sa prédestination éternelle : et Jésus-Christ nous

(1) Joan., VI, 57.

apprend qu'il y a dans Teucharîstie une grâce particulière pour nous l'obtenir. Si donc nous voulons persévérer dans la vertu, il faut communier et communier souvent; car c'est le plus puissant moyen qui nous soit donné, pour obtenir la persévérance; c'est le pain des chrétiens, leur nourriture ordinaire et de tous les jours.

O mon Dieu, que les chrétiens ont le cœur dur, puisqu'ils viennent si rarement à la sainte table! S'ils goûtaient Jésus-Christ crucifié, ils viendraient célébrer souvent le mystère de cette mort. On est touché le vendredi saint, à cause qu'on y célèbre la mémoire de la mort du Sauveur. Venez, mes enfants, c'est tous les jours le vendredi saint; tous les jours on érige le Cal-

vaîre sur le saint autel. Venez, et souvenez-vous de cette mort qui est notre vie ; venez recevoir un sacrement où Ton apprend à demeurer en Jésus- Christ, où l'on reçoit la force, le courage, la grâce d'y demeurer.

Mais aussi on doit trembler, quand on retombe dans ses fautes après la communion, puisque Jésus-Christ ne dit pas : Celui qui mange ma chair est en moi, mais il y demeure attaché, ni : Je suis en lui, mais : J'y demeure, et je ne le quitte jamais. Jésus est fidèle, il ne nous quitte jamais le premier. Il vient bien à nous le premier, mais jamais il n'est le premier qui quitte : c'est nous qui le quittons quand nous tombons dans le péché.

Malheureux ! nous devons bien

craindre de ne Tavoir pas reçu comme il faut, car nous serions demeurés en lui, ^et hélas ! nous Ta vous quitté. Le recevoir comme il faut, c'est le recevoir en détestant ses péchés, en éloignant les occasions de les commettre, en cherchant dans Teucharistie le soutien de notre faiblesse et de notre instabilité.

LA. COMMUNION CONSOMME L'uNION DU FIDÈLE AVEC JESUS-CHRIST.

VIVONS POUR CELUI QUI EST MORT ET RESSUSCITÉ POUR NOUS. QUELLE PURETÉ d'esprit ET DE CORPS REQUIERT UN TEL MYSTERE !

« Ceci est mon corps » : c'est donc ici la consommation de

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notre union avec le Sauveur; son corps n'est pas à lui, mais à nous ; notre corps n'est pas à nous, mais à Jésus-Christ.

C'est le mystère de la jouissance, le mystère de TËpoux et de rÉpouse. 11 est écrit :

« Le corps de l'Époux n'est pas en sa puissance, mais en celle de l'Épouse. » Sainte Église, chaste Épouse du Sauveur; âme chrétienne, qui l'avez choisi pour votre Époux dans le baptême, en foi, et avec des promesses mutuelles, le voyez-vous, ce corps sacré de votre Époux, le voyez-vous sur la sainte table où on le vient de consacrer? il n'est plus en sa personne, mais en la vôtre.

Prenez-le, dit-il, il est à vous ; « C'est mon corps livré pour vous, » vous avez sur lui un droit réel. Mais aussi votre

corps n*est pas à vousi; Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps; et vous serez deux dans une chair, qui est le droit de rÉpouse, et Taccomplissement parfait de ce chaste, de ce divin mariage.

L*usage passe, mais le droit demeure. On n'est pas toujours dans ce chaste embrassement ; mais on y est de désir, on y est de droit. Ainsi, dit notre Sauveur, qui me mange demeure en moi, et moi en lui ; il n'y demeure pas pour un moment; cette jouissance mutuelle a un effet permanent.

Qui me mange, qui jouit de moi, demeure en moi : mais Tunion est réciproque ; demeure en moi, et moi en lui. Que cette union est réelle! que l'effet en est permanent! Le

corps de Jésus-Christ est en ma puissance; j'ai reçu ce droit sacré par le baptême ; je l'exerce dans l'eucharistie :

mon corps est donc au Sauveur, comme le corps du Sauveur est à moi. Il y faut joindre un chaste et parfait amour, ce Gomme mon Père est vivant, et que je vis pour mon Père; ainsi celui qui me mange vivra pour moi (i) ; » il ne respirera que mon amour; il n'aura de vie que celle qu'il recevra de moi.

C'est aussi à quoi nous conduit le souvenir de la mort de notre Sauveur. Dans ce tendre, dans ce bienheureux, dans ce cher souvenir, « l'amour de Jésus-Christ nous presse pendant que nous pensons que si

(1) Joan., Ti, 58.

un seul est mort pour tous, tous aussi sont morts ; et un seul est mort et ressuscité pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour euxmêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux (i). »

Prenons donc ce corps sacré avec transport, avec ce bienheureux excès dont parle saint Paul dans le même endroit : « Si, dit-il, nous sommes transportés en notre esprit, et hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu. )> Oui, à la présence de ce corps, je suis hors de moi ; je m'oublie moimême : je veux jouir de l'Époux et de lui seul. « Quoi! je prendrais ce qui est uni avec Jésus-Christ, jusqu'à faire un

(1) il Cor., ▼, 14, 15.

corps avec lui, pour Funir à une impudique, et devenir avec elle un même corps! A Dieu ne plaise (i)! » Mais tout ce qui partage mon cœur, tout ce qui en ôte à Jésus-Christ la moindre parcelle, est pour moi cette impudique qui veut m'enlever à Jésus-Christ. Que tous les mauvais désirs se retirent : « Mon corps uni au corps de Jésus n'est pas pour rimpureté, mais pour Jésus- Christ, et Jésus-Christ aussi est pour mon corps. » Voici le parfait accomplissement de cette parole : l'eucharistie nous explique toutes les paroles d'amour, de correspondance, d'union, qui sont entre Jésus-Christ et son Église, entre l'Époux et l'Épouse, entre lui et nous.

(1) lCor.,vx,lo.

Dans le transport de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toutes manières, et, comme disait ce poète, enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre ?

Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : Prenez, mangez, ceci est mon corps : dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau, mais le tout.

Mais il faut que l'esprit s'y joigne ; car, qu'est-ce aussi que s'unir au corps si on ne s'unit pas à l'esprit? « Celui qui est uni au Seigneur, qui lui demeure attaché, est un même esprit avec lui. » Il n'a qu'une

même volonté, un même désir, une même félicité, un même objet, une même vie.

Unissons-nous donc à Jésus, corps à corps, esprit à esprit.

Qu'on ne dise point : L'esprit suffit; le corps est le moyen pour s'unir à l'esprit ; c'est en se faisant chair que le Fils de Dieu est descendu jusqu'à nous; c'est par sa chair que nous devons le reprendre pour nous unir à son esprit, à sa divinité. « Nous sommes faits participants, dit saint Pierre, de la nature divine ; » parce que Jésus-Christ a aussi participé à notre nature. Il faut donc nous unir à la chair que le Verbe a prise, afin que par cette chair nous jouissions de la divinité de ce Verbe, et que nous devenions des dieux, en prenant des sentiments divins.

Purifions donc notre corps et notre esprit, puisque nous devons être unis à Jésus-Christ, selon Tun et selon Tautre. Rendons-nous dignes de recevoir ce corps virginal, ce corps conçu d'une vierge, né d'une vierge.

Puriûez-vous, sacrés ministres, qui nous le donnez.

Que votre main, qui nous le donne, soit plus pure que la lumière; que votre bouche, qui le consacre, soit plus chaste que celle des vierges les plus innocentes. O quel mystère! avec quelle pureté doit-il être célébré! « Le mariage est saint et honorable entre tous ; et la couche nuptiale est sans tache (i) : »

mais elle n'est pas encore

(1) Hébr., xm, 3.

assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l'Agneau. Par cette sainte institution de la continence, que l'Eglise a toujours eue en vue, les doctes le savent, depuis le temps des apôtres, qu'elle a enfin établie, quand elle a pu, dès les premiers siècles, partout où elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Eglise d'Occident, et dans celle de Rome spécialement consacrée et fondée par les deux princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul, l'Eglise veut préparer à ce corps vierge, à ce corps formé d'une vierge, des ministres dignes de lui, et nous donner une vive idée de la pureté de ce mystère. c< Prenez, mangez, ceci est mon corps »; purifiez votre corps, qui le doit rece-

voir, votre bouche où il doit entrer. La pureté de la bouche, c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction; la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence ; la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Epoux, et renoncer à toute autre jote qu'à celle de le posséder. Amen, an^n !

l'eucharistie, gage de la rémission DES PÉCHÉS, c'est LE SANG DE LA NOUVELLE ALLIANCE QUI PURIFIE ET SANCTIFIE.

« Buvez-en tous : ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; le sang répandu pour vous en rémission de vos péchés. » C'est ici la partie la plus étonnante du mystère, et celle aussi, comme on voit, où Jésus parle avec plus de force.

Qu'il nous donne à manger la chair de son sacrifice, la chair de la pâque, c'est la coutume, c'est le dessein de ce sacrifice :

mais jamais on n'en a bu le sang, ni celui d'aucune victime, encore qu'on eût mangé les chairs. « Moïse, dit saint Paul,

ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi, prit du sang des victimes avec de Teau, et en jeta sur le livre même et sur tout le peuple, en disant : C'est le sang du testament que Dieu a déjà fait pour vous. »

Voilà, ce semble, tout ce qu'on peut faire du sang des victimes ; en arroser tout le peuple, mais non pas le lui donner à boire. Jésus-Christ seul va plus avant. Moïse dit, en jetant le sang des victimes sur le peuple : Ceci est le sang de Talliance; à quoi le Sauveur regarde manifestement, lorsr qu'il dit : Ceci est mon sang de la nouvelle alliance. C'est donc du sang en l'une et en l'autre occasion. Tout le peuple en est touché, mais différemment ; car il en est touché par asper-

sion sous Moïse, et Taspersion qu'ordonne Jésus, c'est de le boire; c'est la bouche, c'est la langue, qui en doit être arrosée par cette aspersion; (c Buvez-en tous, dit-il, car c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliance; le sang répandu en rémission des péchés. »

Cette différence des deux testaments est pleine de mystère.

Une des raisons qui étaient données aux anciens pour ne point manger le sang, c< c'est à cause qu'il était donné, dit le Seigneur, afin qu'étant répandu autour de l'autel, il soit en expiation de nos âmes et en propitiation pour nos péchés ; et pour cela, j'ai commandé aux enfants d'Israël, et aux étrangers qui demeurent parmi eux, de n'en manger

de péché, et qui ne s'impose point à lui-même (i),» dans la pensée qu'il a qu'ils lui sont pardonnes. Et encore : « Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom. Mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie pas ses bienfaits. C'est lui qui remet tous tes péchés; c'est lui qui guérit toutes tes maladies... 11 ne nous a pas traités selon nos péchés ; il ne nous a pas rendu ce que méritaient nos fautes... Autant que le levant est loin du couchant, autant il a éloigné de nous nos iniquités (2).

Quel repos a une conscience, troublée de son crime et alarmée de la justice divine qui la

isi

1) Ps., XXXI, 2.

ibid», cil, 1 et suiy.

presse, de goûter dans le corps et dans le sang de Jésus la grâce de la rémission des péchés, et par là même d'en effacer tous les restes!

Apprenons que Teucharislie est un remède des péchés. Si nous nous purgeons des grands, elle effacera les petits et nous donnera de la force pour éviter et les petits et les grands.

C'est le péché qui met la séparation entre Dieu et nous. Se purifier des péchés, c'est ôter tout empêchement et rendre les embrassements entre l'Epoux céleste et son Eglise plus ardents, plus purs, plus intimes.

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la chair qui convoite contre l'esprit? Qui la peut mieux tempérer que lecorpsdeJésuB-ChrÎBl appliqué sur elle? N'y a-t-ilpas dans nos membres une loi qui combat la loi de l'esprit? Qui la peut mieux affaiblir, et mettre nos membres mortels sous le joug? Ne fautil pas porter dans nos corps la mortitlcation de Jésus? Mais qui peut mieux y en imprimer le caractère, et sanctifier les peines d'un corps affligé? Mais ne faut-il pas que ce corps mortel sorte un jour du tombeau et de la corruption? Et qui peut mieux nous eu tirer que ce corps qui ne l'a jamais sentie ? pour devenir avec Jésus-Cbrist un corps spirituel, comme l'appelle saint Paul, qu'y avait-il de plus clQcace

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