‹ L'EucharistieChapitre 8 sur 32 · CROYONS A CET AMOUR ET IMI- TONS-LE · texte numérisé non relu

CROYONS A CET AMOUR ET IMI- TONS-LE

« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle (i). »

Qu'est-ce à dire, qu'il a donné son Fils unique? C'est qu'il l'a donné à la mort, ainsi qu'il avait dit auparavant :

« Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, » c'est-à-dire qu'il soit élevé et mis en croix.

(i) Joan., m, 16.

C'est donc ainsi que Dieu a donné son Fils unique : il l'a donné à la mort, et à la mort de la croix.

Mais comment est-ce que Dieu a fait pour donner son Fils unique à la mort? Le Fils de Dieu, en qui est la vie, et qui est lui-même la vie, peut-il mourir? Afin qu'il pût mourir, Dieu Fa fait homme, Ta fait Fils de l'homme d'une manière admirable, incompréhensible, très véritable, très réelle, mais singulière, qui étonne toute la nature; et par ce moyen s'est accompli ce que Dieu voulait, que le Fils de l'homme, qui est en même temps le Fils de Dieu, fût élevé à la croix, et donné à la mort pour la vie du monde.

Dieu donc a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils

unique. 11 l'a premièrement donné au monde, quand il s'est fait homme ; et il Ta en second lieu donné au monde, quand il l'a donné pour en être la victime. La même chair qu'il avait prise, pour se rendre semblable à nous et s'unir à nous, il nous la donne de nouveau, en la donnant pour nous en sacrifice.

Voilà deux choses qui devaient être accomplies dans la chair de notre Sauveur : l'une, que le FOs de Dieu devait venir en chair, pour s'unir à nous et nous être semblable ; l'autre, que le même Fils de Dieu devait s'immoler dans la même chair qu'il avait prise, et l'offrir pour nous en sacrifice.

Une troisième chose se doit accomplir en cette chair immolée : il faut encore qu'elle

soit mangée pour la consommation de ce sacriAce, en gage certain que c^est pour nous que le Fils de Dieu l'a prise et qu'il l'a oflferte, et qu'elle est tout à fait à nous. C'est une troisième merveille qui doit s'accomplir dans la chair de Jésus-Christ.

Comment le fera-t-il? Nous faudra-t-il dévorer sa chair, ou vive ou morte, en sa propre espèce et nature ? Et puisqu'il faut que son sang nous soit aussi bien donné à boire que sa chair à manger, aiin que, donné ainsi, il nous soit en gage que c'est pour la rémission de nos péchés qu'il, a été répandu, faudra-t-il avaler ce sang en sa propre forme? A Dieu ne plaise! Dieu a trouvé le moyen que, sans rien perdre de la substance de son corps et de son sang, nous les pris-

— gisions seidement d'une manière différente de celle dont ils sont naturellement exposés à nos sens. Par ce moyen, nous avons toute la substance de Fun et de l'autre ; et Dieu, en nous les donnant dans une forme étrangère, nous sauve Fhorreur de manger de la chair humaine, et de boire du sang humain, en leur propre forme.

Et comment a-t-il fait cela ? il a pris du pain, et il a dit :

Ceci est mon corps, mon vrai corps, mais sous la figure du pain; il a pris une coupe pleine de vin, et il a dit : Ceci est mon sang, mon vrai sang, sous la figure de ce vin dont j'ai rempli la coupe que je vous présente. Comme donc, afin que son Fils éternel et immortel pût mourir, il. l'a fait Fils de l'homme. : ainsi afin

qu'on pût manger cette chair et boire ce sang, il a fait ce corps pain d'une certaine manière, puisqu'il a revêtu son corps de l'espèce et de la forme du pain; il a voulu que son sang fût encore versé dans nos bouches, et coulât en nous sous la forme et la figure du vin. Nous avons donc toute la substance de l'un et de l'autre ; les figures anciennes s'accomplissent, notre foi est contente, notre amour a ce qu'il demande : il a Jésus-Christ tout entier, en sa propre et véritable substance; et l'Eglise le mange, l'Eglise le reçoit; comme épouse, elle jouit de son corps; elle lui est unie corps à corps, pour lui être aussi unie cœur à coeur, esprit à esprit.

Comment tout cela s'est-il

pu faire? Dieu a tant aimé le monde; Famour peut tout; Tamour fait, pour ainsi dire, l'impossible pour se contenter , et pour contenter son cher objet. Dieu a fait aussi pour nous l'impossible ; je dis pour nous, car pour lui, il n'y en a point; tout lui est possible. Mais ce qui était impossible à la nature à faire, et au sens humain à comprendre, il l'a fait ; son Fils est devenu le Fils de l'homme, et il s'est approché de nous; la nature humaine, qu'il a mise en quelque façon entre lui et nous, n'a point empêché que ce no soit lui-même en personne qui vint à nous, même comme Dieu; au contraire, il y est venu par l'homme même, et la chair qu'il a prise a été notre lien avec lui. De même, quand

le Fils de rhomme a été donné à la mort, il a été vrai que le Fils de Dieu mourait lui-même, dans la nature qu'il avait prise. S*il faut ensuite manger cette chair donnée pour nous en sacrifice, son amour en trouvera le moyen : Prenez, mangez; ceci est mon corps; ne vous informez pas de la manière, c'est la substance qu'il vous faut, car c'est à la substance qu'est unie la divinité et la vie. Sous la figure de ce pain, c'est mon propre corps; sous la figure de ce vin, c'est le même sang qui a été répandu pour vous. Mangez, buvez; tout est à vous; ne songez pas à ce que vos sens vous présentent; c'est à votre foi que je parle; c'est à elle que je dis : Ceci est mon corps. Souvenez-vous donc que

c*est moi qui vous le dis. Nul autre que moi, nul autre qu*un Dieu, nul autre que le Fils de Dieu, par qui tout a été fait, ne pourrait parler de cette sorte. Souvenez-vous que, sous la figure de ce pain et de ce vin, c'est mon corps, c'est mon sang, que je vous donne, ce corps donné à la mort, ce sang répandu pour vos péchés.

Et comment tout cela s'est-il fait? Dieu a tant aimé le monde l U ne nous reste qu'à croire, et à dire avec le disciple bien-aimé : « Nous avons cru à l'amour que Dieu a eu pour nous (i). » La belle profession de foi ! le beau symbole ! Que croyez-vous, chrétien? Je crois l'amour que Dieu a pour moi.

Je crois qu'il m'a donné son

(i) Joan., iT, 16.

Fils; je crois qu'il s'est fait homme ; je crois qu'il s'est fait ma victime ; je crois qu'il s'est fait ma nourriture, et qu'il m'a donné son corps à manger, son sang à boire, aussi substantiellement qu'il a pris et immolé l'un et l'autre. Mais comment le croyez-vous? C'est que je crois à son amour, qui peut pour moi l'impossible, qui le veut, qui le fait. Lui demander un autre comment, c'est ne pas croire à son amour et à sa puissance.

Si nous croyons à cet amour, imitons-le. Quand il s'agit de la gloire de Dieu et de son service, notre zèle ne doit rien trouver d'impossible. « Si vous pouvez croire, dit-il, tout est possible à celui qui croit. »

Remarquez : si vous pouvez croire; toute la difficulté est

de croire; mais si une fois vous croyez bien, tout vous est possible. Dieu entre dans les desseins de votre zèle, et sa puissance vient à votre aide.

L^obstacle que vous avez à vaincre n'est pas dans les choses que vous avez à exécuter pour Dieu ; il est en vousmême, il est en votre foi; si vous pouvez croire. Mais Dieu nous aide à croire. « Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité. »

Zeci est mon sang répandu pour YOi)s; » dans le même temps, qui se répand. Saint Matthieu parle ainsi, saint Marc, saint Luc, saint Paul, quatre témoins parfaitement uniformes de votre parole. Tous quatre parlent en présent; cela est clair dans l'original, et Finterprète latin qui a traduit au futur : sera livré, sera répandu, par rapport à la croix, où ce corps allait effectivement être livré et où ce sang allait être répandu, a conservé dans s^ Luc le temps présent ; Hoc corpus quod pro vobis datur, afin que nous entendissions, non seulement que Jésus-Christ en disant : Ceci est mon corps, Fentendait de ce même corps qui allait être livré pour nous ; mais encore qu'il entendait que ce même corps qui allait être li-

vré et donné pour nous, Tétait déjà par avance dans la consécration mystique, et le serait à chaque fois qu'on célébrerait ce sacrifice. Croyons donc, non seulement que le corps de Jésus-Christ devait être donné pour nous à la croix, et l'a été en efTet; mais encore qu'à chaque fois qu'on prononce cette parole, il est par cette parole actuellement donné pour nous :

Hoc corpus, quod pro vohis dutur.

Il veut donc dire que ce corps non seulement nous est donné dans l'eucharistie : a Prenez, mangez : ceci est mon corps; »

mais encore qu'il y est donné pour nous, offert pour nous, aussi bien qu'il l'a été à la croix ; ce qui marque qu'il est encore ici notre victime, qu'il y est encore ollert, quoique

d'une autre manière. Ainsi ce terme : donné pour vous, se dit de Jésus-Christ sur la croix, et se dit de Jésus*Ghrist dans Teucharistie, et convient à ce double état du corps de Notre- Seigneur présent dans Fun et dans l'autre. C'est pourquoi le Sauveur non seulement parle en temps présent, pour nous montrer qu'il est ici comme en la croix se donnant actuellement pour nous, mais encore il choisit un terme qui convient à son sacré corps dans ces deux états. S'il avait dit : Ceci est mon corps, qui est crucifié, percé de plaies, mis à mort pour vous, on ne pourrait pas dire que cela lui convient dans l'eucharistie, car il n'y meurt plus, et il faudrait expliquer nécessairement et uniquement :

Ceci est ce même corps, qui

sera mis en croix pour vous, et y rendra le dernier soupir pour votre salut. Mais il a dit :

« Ceci est mon corps donné : »

cela convient à ces deux états ; ce corps est donné à la croix; ce corps est encore donné dans Teucharistie et, dans l'un et dans l'autre état, donné pour vous dès là qu'il est dans l'eucharistie pour vous y être donné, il est donné pour vous; avant devons le donner à manger, la parole de Jésus-Christ le rend présent, et cette présence est encore pour vous.

Jésus-Christ est présent pour vous devant son père ; il se présente pour vous, il s'oiïre pour VOUS) et sa présence seule est pour vous une intercession toute-puissante.

Voilà donc ce qu'opère dans l'eucharistie ce précieux terme :

<c Ceci est mon corps donné. »

Mais peut-être que les termes, rapportés par les écrivains sacrés, n'ont pas été prononcés avec le même choix, et ne conviennent pas également aux deux états de la présence de Jésus-Christ. Voyons, lisons, méditons : Ceci est mon sang répandu ; il est répandu sur la croix, mais n'est-il pas encore répandu dans le calice? N'y a-t-il pas dans ce calice de quoi faire à Dieu pour notre salut la plus salutaire effusion qui fût jamais ? Ce sang est là pour être répandu sur les fidèles ; il est là en état d'être répandu sous la forme d'une liqueur dont le propre est de se répandre. Ce sang qui a été répandu à la croix, et qui a coulé de toutes les veines rompues du Sauveur, coule encore dans ce ca-

lice de toutes ses plaies, et principaleiuent de celle du sacré côté. C'est pour cela que nous niêloDS ce calice d'un peu d'eau, en mémoire de Teau qui coula du côté ouvert avec le sang.

Seigneur Jésus, vous êtes la parole, et vos paroles sont prononcées avec un choix digne de vous. En disant : Ceci est mon sang répandu pour vous, en temps présent, vous me marquez que non seulement il est répandu pour moi sur la croix, mais encore qu'il se répand pour moi, et pour la rémission de mes péchés dans ce calice, pour m'en assurer, pour me l'appliquer, pour continuer éler^ nellement l'intercession toutepuissante que vous faites pour moi par ce sang.

Continuons à ruminer ces

saintes paroles : Ceci est mon corps donné pour vous, avons-* nous lu dans saint Luc; mais le mot que saint Paul a mis en la place est celui-ci : « Ceci est mon corps rompu pour vous : »

mais que veut dire ce terme, selon Tusage de la langue sainte? Isaïe nous Ta expliqué par ces paroles : « Romps ton pain à celui qui a faim (i) : »

donne-lui ce pain, fais-lui-en part. Saint Paul explique donc bien : Ceci est mon corps donné pour vous, par : Ceci est mon corps rompu pour vous. Ce corps est mis en état de nous être donné, de nous être distribué, de nous être rompu dans Teucharistie ; et dès qu'il .est mis dans cet état, il est déjà rompu et donné pour nous,

. (1) Is., Ltm, 7.

dans la destination, et par la parole de Jésus-Christ. Mais ce même terme a aussi son rapport au corps en croix, au corps froissé de coups et percé de plaies, suspendu à une croix dans un état si violent, où son sang ruisselle de tous côtés de ses veines crueUement rompues.

Le mot de rompre convient donc encore aux deux états, et à celui de Jésus-Christ à la croix, et à celui de Jésus-Christ dans l'eucharistie : le corps est donné dans Tun et l'autre état ; il est rompu dans l'un et l'autre. Il en est de même du sang. Le corps est partout donné pour nous, il est partout notre victime ; le sang est partout versé pour nous sur la croix, il coule encore pour nous dans la coupe sacrée.

Mon Sauveur, quel sacrifice!

mon Sauveur, encore un coup, que de douceur à méditer votre parole ! J'y trouve toujours de nouveaux goûts; comme dans la manne, votre corps et votre sang sont mon oblation, mon sacrilice, ma victime et sur la croix et sur la sainte table : et comme la croix, cette table est un autel . Ah î vraiment ce que dit saint Paul est bien véritable ! « Nous avons un autel, dont ceux qui demeurent attachés au tabernacle ancien, et à l'autel de la loi, n'ont pas pouvoir de manger. » Pour y participer, il faut entrer en esprit dans ce le tabernacle qui n'est pas fait de main d'homme (i) ».

(1) Héb., IX.

l'eucharistie est le sang du nouveau testament. un testa- MENT, d'où REÇOIT-IL SON PLEIN EFFET? JÉSUS-CHRIST MEURT ET SIGNE DE SON SANG L'ACTE QUI NOUS FAIT SES HERITIERS.

Je reviens aux paroles de rinstitution avec un nouveau goût, et j'y trouve ce mot qui me touche : Ceci est mon sang du nouveau Testament. Je trouvé, dans ce mot de Testament, je ne sais quoi qui me frappe, qui • m'attendrit. C'est ici un testament; c'est l'assu^ rance de mon héritage; mais il faut qu'il en coûte la mort à celui qui le fait. J'ouvre encore la divine épitre aux Hébreux, et j'y trouve ces paroles : « Partout où il y a un testament, il

faut que la mort du testateur s'y rencontre. : car le testament est confirmé dans la mort, et il n'a pas sa valeur, tant que le testateur est en vie ; c'est pourquoi l'ancien Testament même n'a pas été consacré sans sang. Car, après que Moïse eut lu le commandement de la loi à tout le peuple, il prit du sang de la victime et le jeta sur le livre même, et sur tout le peuple, en disant : C'est ici le sang du Testament que le Seigneur a fait pour vous. » Je vois donc l'héritage céleste donné par testament aux enfants de Dieu. Jésus-Christ est le testateur : il faut qu'il meure; le testament n'est valable et ne reçoit sa dernière force que par la mort du testateur; jusque-là il est sans effet; on le peut même changer; ce qui le rend

sacré et inviolable, ce qui lui donne son plein et entier effet, et saisit l'héritier de tout le bien qui lui a été laissé par le testateur, c'est sa mort. Et tout cela s'accomplit parfaitement en Jésus-Christ, qui meurt pour nous assurer notre héritage. C'est pourquoi l'ancien Testament, qui devait être la ligure du nouveau, n'a pas été consacré sans sang : tout le peuple, et le livre même de la loi, où la promesse de l'héritage était renfermée, est sanctifié par l'aspersion de ce sang ; tout est ensanglanté, et le caractère de mort parait partout ; et Moïse, en jetant ce sang sur le livre de l'alliance, lui donne le caractère de testament, en disant, selon que l'interprète saint Paul : « C'est ici le sang du Testament que fait le Sei-

gneur à votre avantage : » ce que Jésus accomplit en disant aussi : Ceci est le sang, non de l'ancien Testament, mais du nouveau,

Ce qui paraît donc en ces paroles^ et par le rapport qu'elles ont avec les anciennes iigures, c'est que le sang de Jésus- Christ versé à la croix, et versé d'une manière très réelle et très véritable, quoique différente de celle-là, est le sang du nouveau Testament, c'est-à-dire le sang versé pour lui donner toute sa force. Il y a des testaments dont la loi est qu'ils sont écrits de la main du testateur; mais la loi du testament de Jésus-Christ, c'est qu'il devait être confirmé, et comme tout écrit, de son sang.

L'instrument de ce testament, et l'acte où ih est écrit, c'est

l'eucharistie. Les promesses de Jésus-Christ et du nouvel héritage nous sont faites par la mort de Jésus-Christ, qui nous tire par là de l'enfer, et nous assure le ciel ; et l'acte où cette promesse est rédigée, l'instrument où la volonté et la disposition de notre Père est écrite, cet acte, cet instrument est tout écrit de son sang; son testament, en un mot, c'est l'eucharistie.

Qui donc ne serait ému en entendant tous les jours ces paroles du Sauveur : Ceci est mon sang du nouveau Testament : ou, comme le tourne saint Luc : Ce calice est le nouveau Testament par mon sang, qu'il contient ; parce que telle est la nature de ce testament qu'il doit être écrit tout entier du sang même du testateur.

Venez lire, chrétiens, venez lire ce testament admirable :

venez en entendre la publication solennelle dans la célébration des saints mystères; venez jouir des bontés de votre Sauveur, de votre Père, de ce divin testateur qui vous achète par son sang votre héritage, et qui écrit encore de ce même sang le testament par lequel il vous le laisse. Venez lire ce testament ; venez posséder ; venez jouir ; l'héritage céleste est à vous.

— lu —

SMCORB LE NOUTBAU TESTAMENT.

LES ÉYANOÉLISTSS ET SAIKT PAUL

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