‹ L'EucharistieChapitre 7 sur 32 · QUOD NASCETUR EX TE SANC · texte numérisé non relu

QUOD NASCETUR EX TE SANC

TUM. Sanctum, au substantif, pour ceux qui savent un peu la grammaire, et qui entendent la force de ce neutre, c'est-àdire une chose substantiellement sainte : manière de parler qui fait voir que la sainteté est substantielle en Jésus-Christ.

Pourquoi? Parce que sa personne est sainte par elle-même, par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu.

(l) Luc, I, 3?.

« Et c'est pourquoi, continue Fange, il sera appelé le Fils de Dieu. » Qu'est-ce à dire, il sera appelé? est-ce qu'il ne le sera pas essentiellement, et qu'on lui en donnera le nom par quelque figure? A Dieu ne plaise!

au contraire, il le sera appelé par excellence. Le Père, qui l'engendre dans l'éternité, l'engendrera dans le sein de Marie ; la vertu du Très-Haut la couvrira de son ombre, s'insinuera dans son sein, et la chair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge sera formée par le Saint-Esprit.

Ce sera donc une chair sainte, de la sainteté du Fils de Dieu, qui se l'unit ; elle sera pleine de vie, source de vie, vivante et vivifiante par elle-même. Ainsi la première erreur est détruite.

Pour réfuter la seconde, qui consistait à slmaginer que la vie, que Jésus-Christ promets tait par sa chair, serait cette vie commune et mortelle, il répète, il inculque, dans tout son discours, que c'est la vie éter* nelle, tant de Tftme que du corps, qu'il nous veut donner :

« La volonté de mon Père est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, et que je les ressuscite au dernier jour...

Qui mange de ce pain, de cette viande céleste, de ma chair, que je donnerai pour la vie du monde» vivra éternellement (i). »

Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s'imaginaient une chair qu'on consumerait en la mangeant, il leur

(1) Joan., Vf, 39 et suiy.

dît : « Gela vous scandalise?

Vous serez donc bien plus étonnés quand vous verrez le Fils de rhouime monter au lieu d'où il est venu. » Gomme s'il disait: On mangera ma chair, je Fai dit; mais je n'en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D'où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du lils de Joseph; ni que je vous parle d'une chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant : « La chair, en ces sens, ne sert de rien ; c'est l'esprit qui vivifie ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. » Quoiqu'il n'ait parlé, pour ainsi dire, que de sa

chair, que de son sang, que de manger celle-là, que de boire l'autre, tout cequ*il a dit est esprit, c'est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l'esprit; parce que sa chair et son sang sont la chair et le sang du Fils de Dieu.

Autant donc que nous désirons la vie, autant devons-nous désirer cette chair qui nous la donne, qui la contient, qui est la vie même. « Il est sorti de moi une vertu ; je l'ai sentie sortir. » C'était une vertu pour guérir les corps : combien plus en sortira-t-il pour vivifier les âmes ? Approchonsnous donc de cette chair, touchons-la, mangeons-la : il en sortira une vertu qui portera la vie dans nos âmes, et qui dans

son temps la donnera à nos corps.

Il en est de même du sang de Jésus; ce sang est plein de vertu pour nous vivifier; car c'est le sang du Fils de Dieu, le sang du Nouveau-Testament, comme il l'appelle lui-même; et c'est-à-dire, comme l'interprète saint Paul, « le sang du Testament éternel, par lequel le grand pasteur des brebis a été tiré de la mort. » Il est donc lui-même ressuscité des morts par la verlu de son sang, parce qu'il devait entrer dans sa gloire par ses souffrances. C'est par ce même sang, par ce sang du Testament et de l'alliance éternelle, que nous devons aussi hériter de son royaume, et avoir la vie éternelle. Mangeons, buvons, vivons, nourrissons-nous, unis-

sons-nous à la vie par cette chair, par ce sang viviûant. Il les a pris pour s'approcher de nous. « Ce n'est pas aux anges qu'il a voulu s'unir; c'est la postérité d'Abraham, c'est la nature humaine, qu'il a voulu prendre. Et parce que les hommes sont composés de chair et de sang, il a voulu aussi être composé de l'un et de l'autre (i ) :»

c'est par là qu'il s'unit à nous, et c'est par là qu'il nous sauve.

Nous l'avons dit souvent, et il ne se faut point lasser de le dire : cette chair et ce sang sont devenus le lien de notre union avec lui, l'instrument de notre salut, la source de notre vie, parce qu'il les a pris pour nous, parce qu'il les a offerts pour notre salut, parce qu'il

(1) Heb., 11,14, 16.

tre. Mais ce qu'il 3' faut d'abord entendre, c'est, que Dieu seul nous en peut donner l'intelligence, conformément à cette parole : « Ne murmurez point entre vous : personne ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé, ne le tire (i).»

Afin donc de venir à Jésus, et pénétrer ses paroles, il faut être tiré par le Père. Et qu'estce qu'être tiré parle Père, sinon être enseigné de Dieu, comme ajoute le Sauvem* : « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu.

Ceux qui ont ouï la voix de mon Père, et qui ont appris ce qu'il leur enseigne, viennent à moi. » Ainsi être tiré de lui, c'est écouter sa voix, et être enseigne parla douce et toute-

(1) Joan., VI, 4:} et suiv.

puissante insinuation et inspiration de la vérité. Quand on' est instruit de cette sorte, on ne murmure point de ses paroles ; on les entend, on les goûte ; et c'est pourquoi il dit à la un :

« Il y en a parmi vous qui ne croient point; et c'est pour cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père. » Celui-là donc est tiré à Jésus-Christ, à qui il est donné de croire. Le Père nous tire à Jésus-Christ, quand il nous inspire la foi.

Je crois. Seigneur, je crois ; je ne suis pas de ceux qui veulent se retirer de vous, à cause de la hauteur de vos paroles :

au contraire, je suis de ceux qui vous disent avec saint Pierre : « Maître, à qui irionsnous? vous avez des paroles de

vie éternelle : nous avons cm et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. »

Croyez donc et connaissez :

croyez premièrement comme vrai enfant de TÉglise, docile et soumis, et vraiment enseigné de Dieu. Après avoir été enseigné de Dieu, et avoir été doucement tiré à la foi, vous le serez encore à Fintelligence, autant qu'il est nécessaire pour confirmer votre foi; et vous direz en toute occasion, mais particulièrement dans la communion :

« Nous avons cru et connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » Prions le Père de Jésus- Christ, qui a bien voulu être le nôtre, qu'il nous tire, qu'il nous enseigne au dedans, qu'il nous fasse entendre sa voix et pénétrer sa parole.

moi de cette manière admirable, qui fait qu'on va à vous ; dégoûtez-moi de tous les soins qui n'aboutissent qu'à vivre pour mourir : faites-moi goûter ce^te vie où Ton ne meurt jamais.

« Quel miracle faites-vous, afin que nous croyions en vous ? » Que faites-vous de si merveilleux? Il est vrai, vous nous avez rassasiés de pain dans le désert. Mais ce pain est-il comparable à la manne que Moïse a donnée à nos pères, de laquelle il est écrit :

11 leur a donné à manger le pain du ciel. Le pain que vous nous avez donné était le pain de la terre, et il y a autant de différence entre vous et Moïse, qu'il y en a entre la terre et le ciel.

On voit clairement, par ce discours, qu'ils ne songeaient

qu'aux moyens de sustenter cette vie mortelle, et que ce n'était pas sans raison que Jésus-Christ leur avait reproché leurs désirs charnels. Car ils ne portent point leur pensée plus loin que la manne, dont leurs corps furent nourris dans le désert; ni ils ne connaissent d'autre ciel que les nuées d'où elle leur avait été envoyée ; sans songer qu'elle n'avait été appelée le pain du ciel, et le pain des anges, qu'en ligure de Jésus-Christ, qui leur devait apporter la vie éternelle. 11 se sert donc de l'expression dont l'Écriture se sert, pour relever la merveille de la manne, à élever les esprits au vrai pain des anges, à la vérité qui les rend heureux, et qui s'étant incarnée, s'est rendue familière et sensible aux

hommes pour les faire vivre.

Il leur dit donc qu'il est descendu du ciel ; que qui vient à lui n'a jamais faim, et que qui croit en lui n'a jamais soif; qu'il est par conséquent le vrai pain, la vraie nourriture des ftmes qui viennent à lui par la foi ; qu'il ne faut pourtant pas que les hommes espèrent de le pouvoir atteindre par sa divinité, ni de s'y unir en ellemême ; que c'est un objet trop haut pour une nature pécheresse, et livrée aux sens corporels, qu'il s'est fait homme pour s'approcher d'eux ; que la chair qu'il a prise est le seul moyen qu'il leur a donné pour s'unir à lui, et que pour cela il l'a remplie de la divinité même, par conséquent d'esprit et de grâce, ou, comme parle saint Jean, de grâce et de vérité, et

ailleurs : « L'esprit iie lui est pas donné avec mesure : et nous avons tous reçu de son esprit; » que de là donc il s'ensuit que nous avons en lui la vraie vie, la vie éternelle, la vie de Fâine et du corps, et non pas précisément en lui comme Fils de Dieu, mais eu lui comme Fils de Thomme : car c'est par là qu'il commence.

Travaillez à vous préparer la nourriture qui vous sera donnée par le Fils de l'homme ; pourvu que vous le croyiez en même temps le pain descendu du ciel, c'estrà-dire le Fils de Dieu, et que vous croyiez que sa chair, par laquelle il veut vous vivifier, est pleine d'esprit et de vie.

Ainsi la lin où il veut venir est de nous faire vivre, mais de la vie éternelle, et selon

tout entier, de vivre dans Tâme, de vivre même dans le corps :

de ne perdre jamais la vie, de vivre toujours! J'ai tout cela dans l'eucharistie, j'y ai donc tout, et il ne reste qu'à jouir.

ENCORE LA FOI. DEUX VERITES QU'iL FAUT CROIRE *. LA SECONDE QU'iL FAUT MANGER DE CHAIR POUR VIVRE.

« L'œuvre de Dieu est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. Je suis le pain de vie :

celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif; qui

croit en moi a la vie éternelle. » 11 est donc constant que c'est par la foi que nous devons profiter de cette céleste nourriture, pour en recevoir la vie éternelle; et il ne s'agit plus que de savoir ce qu'il nous enseigne aujourd'liui, que npus devons croire pour cela.

Or, il nous enseigne clairement qu'il faut croire deux choses ^ la première, que le Fils de Dieu est descendu du ciel et qu'il a pris une chair humaine, en laquelle il est venu à nous; la seconde, que pour avoir part à la vie qu'elle contient, il la faut manger.

La première de ces vérités est clairement enseignée dans ces paroles si souvent répétées : « Je suis descendu du ciel : ce n'est pas Moïse qui vous donne le vrai pain des-

cendu da ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain descendu du ciel; car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde ; » et encore :

« Je suis descendu du ciel pour faire la volonté de mon Père, et ressusciter tout ce qu'il m'a donné ; » et encore : « C'est ici le pain descendu du ciel; » et encore : « Je suis le pain descendu du ciel; » et encore :

« C'est ici le pain descendu du ciel (i). »

Voilà donc le fondement de toute la doctrine du Sauveur très clairement expliqué, qui est qu'il est descendu du ciel, c'est-à-dire qu'il s'est incarné, qu'il a pris chair.

Mais la seconde vérité, qu'il

(1) Jonn., VI, 38 et suiv.

faut manger cette chair pour avoir part à la vie qu'elle contient, n'est pas moins expliquée ni moins inculquée dans tout le discours du Fils de Dieu, à commencer par ces paroles :

« Et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde ; » ou, comme porte l'original : c< Le pain que je donnerai est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde;-» ce qui ayant donné lieu aux Juifs de dire entre eux 2 « Comment est-ce qu'il nous peut donner sa chair à' manger? »le Fils de Dieu s'explique encore davan* tsige, et insiste de plus en plua ^ dire : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez point la vie 0n vous » (parce que la vie est pour vous dans cette chair que j'ai prise); «t sans disçonti-

nuer : « Qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie étemelle. » Il ne se lasse point de le répéter, puisqu'il ajoute aussitôt après : « Car ma chair est vraiment viande, et mon sang est vraiment breuvage : qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ; qui me mange vivra pour moi; qui mange de ce pain aura la vie éternelle. »

On voit comme Jésus-Christ enfonce, pour ainsi dire, toujours et de plus en plus dans la matière ; il introduit le discours de la nourriture céleste à l'occasion du pain matériel qu'il venait de leur donner, et il en vient jusqu'à dire qu'il faudra manger sa chair et boire son sang : ce qu'il inculque aussi pressamment qu'il a fait son incarnation, nous ensei-

gnant clairement par là que nous devons aussi réellement manger sa chair et boire son sang, qu'il les a pris Fun et Fautre ; et c'est là notre salut, c'est notre vie, car par ce moyen il ne prend pas seulement en général une chair humaine, il prend la chair de chacun de nous, lorsque chacun de nous reçoit la sienne. Alors il se fait homme pour nous, il nous applique son incarnation :

et, comme disait saint Hilaire, il ne porte, il ne prend la chair que de celui qui prend la sienne ; il n'est point notre Sauveur, et ce n'est point pour nous qu'il s'est incarné, si nousmêmes nous ne prenons la chair qu'il a prise. Ainsi l'œuvre de notre salut se consomme dans l'Eucharistie, en mangeant la chair du Sauveur.

Il y faut apporter la foi, car c'est par là qu'il commence; il faut croire à Jésus-Christ qui donne sa chair à manger, comme il faut croire à Jésus- Christ descendu du ciel, et revêtu de cette chair. Ce n'est pourtant pas la foi qui fait que cette chair est donnée à manger.

Croyons ou ne croyons pas, cela est ; croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ est descendu du ciel en chair humaine ; croyons ou ne croyons pas, Jésus-Christ donne à. manger la même chair qu'il a prise ; car il est dit absolument : « Ceci est mon corps; » et non pas : Ceci le sera, si vous y croyez; comme il est dit absolument :

« Le Verbe a été fait chair, »

le Verbe est descendu du ciel en terre; et non pas : Il est fait chair par votre foi, et il des-

cend du ciel si vous y croyez.

O vérité de la chair mangée, je vous crois, comme je crois la vérité de la chair prise par le Fils de Dieu, la vérité du Fils de Dieu, descendu du ciel.

Mon Sauveur, avec quelle force vous me confirmez votre incarnation! Ah! celui qui ne croit pas qu'on reçoit réellement votre propre chair, en sa propre et véritable substance, ne croit pas comme il faut que" vous l'avez prise, et il n'a point de part au pain de vie.

LE GRAND BIENFAIT DE DIEU : MEDI- TATION, c'est l'incarnation ÉTEN- DUE A CHACUN DE NOUS, AUTANT DE FOIS QUE NOUS COMMUNIONS.

LE FRUIT DE l'eUCHARISTIS I VIVRE DE LA VIE DE JÉSUS-CHRIST.

Mon âme, tu as établi le fondement; tu as cru en simplicité, par un simple acte.

Epanche-toi maintenant dans la méditation d'un si grand bienfait; développe-toi à toimême tout ce qu'il contient, tout ce que Jésus t'a donné par ce peu de mots.

Vous êtes donc ma victime, ô mon Sauveur! Mais si je ne faisais que vous voir sur votre autel et sur votre croix, je ne saurais pas assez que c'est à moi, que c'est pour moi que

vous vous offrez. Mais aujourd'hui que je vous mange, je sais, je sens, pour ainsi parler, que c'est pour moi que vous vous êtes offert. Je suis participant de votre autel, de vo»e croix, du sang qui y purifie le . ciel et la terre, de la victoire que vous y avez remportée sur votre ennemi, sur le démon, sur le monde, victoire qui vous fait dire : « Le monde vous aflligera, mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. »

Si vous vous êtes offert pour moi, donc vous m'aimiez : car pour qui donne-t-on sa vie^ si ce n'est pour ses amis ? Je vous mange en union avec votre sacrifice, par conséquent avec votre amour; je jouis de votre amour tout entier, de toute son immensité; je le ressens tel qu'il est, j'en suis pénélré.

Vous venez vous-mônie me mettre ce feu dans les entrailles, aOn que je vous aime d'un amour semblable au vôtre. Ah!

je vois maintenant, et je connais que vous avez pris pour moi cette chair humaine, que vous en avez porté les infirmités pour moi, que c'est pour moi que vous l'avez offerte, qu'elle est à moi. Je n'ai qu'à la prendre, à la manger, à la posséder, à m'unir à elle. En vous incarnant dans le sein de la sainte Vierge, vous n'avez pris qu'une chair individuelle :

maintenant vous prenez la chair de nous tous, la mienne en particulier; vous vous l'appropriez, elle est à vous ; vous la rendrez comme la vôtre par le contact, par l'application de la . vôtre, premièrement pure, sainte, sans tache; seconde-

— ai --

ment immorteUe, glorieuse ; je recevrai le caractère de votre résurrection, pourvu que j'aie le courage de recevoir celui de votre mort.

Venez, venez, chair de mon Sauveur ; charbon ardent, puri* fiez mes lèvres, brûler-moi de l'amour qui vous livre à la mort. Venez, sang que l'amour a fait répandre; coulez dans mon sein, torrent de flamme.

O Sauveur! c'est donc ici votre corps, ce même corps percé de plaies. Je m'unis à toutes; c'est par là que tout votre sang s'est écoulé pour moi. Vous languissez, vous mourez, vou8 passez; c'est ici votre passage :

je passe, j'expire avec vous.

Que m'est le monde? Rien du tout. Je suis crucifié au monde, et le monde à moi. 11 ne me plaît pas, et je ne veux pas lui

plaire. Il ne me goûle pas : tant mieux pour moi, pourvu que je ne le goûte pas aussi. La rupture s'est faite de part et d'autre; ce n'est pas comme quand Tun aime et Tautre hsdt : je ne puis souffrir le monde, qui de son côté ne me peut souffrir; tel qu'est un mort à l'égard d'un mort, tel est le monde pour moi, et moi pour le monde.

Mais le monde dira ceci, dira cela ; le monde dira que je veux encore lui plaire dans ma séparation : qu'importe qu'il dise?

« Je suis attaché à la croix de Jésus-Christ : je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ en moi, et ce que j'ai de vie dans la chair, je l'ai en la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi. »

Si je suis encore touché d'un

amour humain, je vis encore ; si je hais celui qui me hait, je vis encore; si je ressens les injures, je vis encore; si la douleur me pénètre, je vis encore. Adieu, adieu; je m'en vais ; je ne suis plus de rien ; je ne suis plus moi; « c'est pour Jésus-Christ que je vis; c'est Jésus-Christ qui vit en moi. »

C'est ainsi qu'il faudrai t être ; c'est le fruit de l'Eucharistie.

Oh! que j'en suis loin! Mais je n'y viendrai que par elle.

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