‹ L'Éugénétique: Ses Rapports avec la PsychiatrieChapitre 28 sur 30 · CAT, D · texte numérisé non relu

CAT, D

En dehors de ces idées plus où moins utopistes et qui ne méritent pas de nous arrèler plus longtemps se placent les deux questions réellement sérieuses de prophylaxie eugénétique. Ce sont celles qui ont été discutées à la Réunion américaine médicopsychologique et que nous avons mentionnées plus haut.

Stérilisation ou Colonisation ?

(Rapport du Comité d'Eugénétique appliquée)

Les eugénistes sont divisés par ces deux méthodes. Si l'on fait abstraction de toute question de sentiment, on doit convenir que la stérilisation est efficace pour la prophylaxie de la descendance. Ceux qui voient dans la stérilisation une licence ou plutôt une plus grande liberté pour se livrer aux plaisirs vénériens ne connaissent pas les individus auxquels cette méthode sera appliquée, les faibles d'esprit.

Tandis que la stérilisation est une garantie contre l'extension des tares mentales, la colonisation telle qu’elle existe actuellement au contraire est une prime à son expansion. De plus, elle implique une perte absolue de la liberté d'action pour les déportés. C’est le remède des idéalistes qui tentent l'impossible et n’obtiennent rien. Une sorte de paternelisme qui laisserait le danger s’accroitre sans agir vigoureusement serait une criminelle stupidité.

La fertilité des tarés est alarmante, ils ont quelquefois jusqu’à dix et vingt enfants et leur procréation semble être leur unique faculté.

Ni la stérilisation seule, ni la colonisation seule ne fournissent la solution. Il faut l’union des deux méthodes. Il serait impraticable à une autorité constituée (une Commission dans l'espèce) d'exiger d’une famille la stérilisation de ses enfants. on doit d’abord tenter le bénéfice de la colonisation. Une fois transportée dans la colonie, l’armée des suspects serait placée sous sa propre sauvegarde ; nombreux seraient ceux qui disparaîtraient, mais quelques-uns aussi pourraient revenir dans leurs familles à condition d'être surveillés. Cette institution

coloniale serait un crible, elle éviterait les interventions intempestives ou injustifiées d’une Commission maladroite.

La stérilisation est sans influence sur l'individu, il n’en devient ni meilleur ni plus mauvais ; ses mauvais instincts ne sont pas supprimés. Mais ce n’est pas lui qui nous inquiète surtout, c'est sa descendance. Maintenant que l’on peut doser l’intellect, on ne confondra plus le génie et l'imbécile, comme les timides le craignent.

En ce qui concerne la stérilisation, on ne doit pas escompter l'opposition des parents, d'autant plus que beaucoup d’entre eux la préféreront à la séparation qu'impliquerait la colonisation. De plus, l'enfant devenu grand pourra en gagnant.sa vie contribuer à la vie de la famille. Si on donne à choisir entre les deux procédés dans l’application de la loi, il n'y aura pas antagonisme. Le problème des arriérés ne sera jamais complètement résolu, on ne peut espérer que leur limitation, certains demi-religieux s'élèvent contre la lutte entreprise et prétendent que ce qui est fait est bien fait. Ils sont la minorité et nous les laisserons dire.

Une fois qu'on aura montré au public la relation entre l’arriération et la criminalité, il en appréciera certainement la valeur. Les criminels représentant un danger contre la vie et la proprièté seront incarcérés, des écoles spéciales nouvelles pour arriérés devront soustraire ceux-ci à leurs tendances maladives.

A côté des enfants mâles, graine de criminel, il y a les enfants femelles, graine de prostituées. Il y a longtemps que les sociologues les ont assimilés à des criminels et à des individus tarés. En effet, nous ne croyons pas que des filles qui tournent mal parce qu'elles ne touchent que 25 francs par semaine, ne feraient pas de même si elles en touchaient 60. Une loi arbitraire fixant un gage minimum serait une aide morale, mais une

impossibilité industrielle. Les sociologues qui ont cherché une cause au paupérisme ont toujours trouvé une infériorité mentale.

Les institutions déjà fondées pour les arriérés sont, à notre avis, une hérésie: car on cherche à développer leur intellect. Or, chez eux, l'intelligence n’est pas latente, mais absente. Une

Oo

éducation littéraire ou scientifique est sans profit pour eux, mais bien plutôt une amorce à leur criminalité. Un cerveau taré est susceptible d'éducation par des impressions des sens seulement, impressions souvent répétées, combinées à l'association des mains et des yeux. Une éducation manuelle est seule possible. L'imitation est le maitre d’école des arriérés. Nous proposons les vœux suivants :

I. Le premier pas dans l'application eugénétique doit être sociologique et impose l'éloignement des arriérés des écoles publiques et de la société. j

IT. Les arriérés doivent apprendre comme des perroquets, par imitation, tout livre est superflu.

IT. Aucun mâle ne sera admis dans un endroit avant que toutes les femmes nubiles soient sauvegardées.

IV. La colonisation sera encouragée pour les déchets immédiats de la société et la stérilisation pour les déchets de la colonisation.

V. Ecoles et colonies seront des lieux d’observation et de triage. Les uns affectés à des fermes de campagne, les autres revenant chez eux. Enfin, ceux à tendances criminelles, seront détenus.

VI. Le public sera dûment avisé que la stérilisation n’est pas une punition, car on ne peut punir ceux qui sont dans l’impossibilité de concevoir le droit. C’est une mesure préventive seulement.

Telles furent les conclusions du rapport du Comité. Elles furent approuvées par l’Assemblée et, dans la discussion, la motion du docteur Carey, qui suit, y fut adjointe : « Le rapport ne demande pas la stérilisation forcée, comme elle a été votée dans un petit nombre d'Etats, mais la réclame seulement quand la méthode colonisatrice a échoué. Voici la procédure recommandée : Obligation à tout médecin de faire une déclaration officielle à chaque cas de tare mentale qu'il constate, au même titre que la déclaration de la variole. A l’âge de six ans, le sujet est envoyé, de six mois à un an, dans une école pour une période d'observation pédagogique. S'il est prouvé qu’il est en état d'in-

fériorité mentale, il est immédiatement isolé jusqu’à vingt ans dans une école spéciale où on lui donnera une éducation exclusivement manuelle. À ce moment la famille pourra le reprendre moyennant une opération stérilisatrice; si celle-ci est refusée soit par le patient soit par la famille, l'individu est interné. »

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