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LE TRAITÉ DE PAIX TURCO-BULGARE

29 septembre 1913.

Le traité de paix turco-bulgare doit être officiellement signé aujourd'hui, et les journaux de Constantinople en publient le texte ce matin. Quoiqu'un de ses articles stipule que les dispositions du traité de Londres du 30 mai seront maintenues au regard des deux Etats contractants en tant qu'elles ne sont pas abrogées ou modifiées par les stipulations précédentes, il reste bien peu de chose des clauses arrêtées sous les auspices de la conférence des ambassadeurs. Toutefois, il faut se garder de considérer le traité de Londres, si mutilé qu'il soit, comme un papier désormais sans valeur, car il contient des engagements vis-à-vis de l'Europe dont celle-ci reste autorisée à exiger le respect, par exemple l'article relatif à l'attribution des îles. D'ailleurs, le développement des affaires d'Albanie va obliger Sir Edward Grey à inviter les grandes puissances à reprendre prochainement au Foreign Office les conversations interrompues 'cet été.

(1) L'auteur, absent de Paris, n'a rien écrit au Journal des IDébats entre le 20 août et le 29 septembre.

On connaît déjà les dispositions du traité turco-bulgare concernant les frontières. Ce sont de beaucoup les plus importantes, et toutes les autres sont accessoires. A ce sujet, tout a déjà été dit. L'esprit de folie présomptueuse qui a soufflé à Sofia pendant les six premiers mois de 191 2 a ruiné les ambitions bulgares. A Bucarest, la Bulgarie a dû reconnaître à la Serbie et à la Grèce la plus grande partie des territoires macédoniens qu'elle se croyait assurée d'obtenir après la première guerre balkanique. A Constantinople, elle a été obligée de rendre la presque totalité de ses conquêtes de Thrace, même Andrinople, même Kirk-Kilissé, même Démotika. La facilité avec laquelle ces places conquises avec tant de peine ont été reprises par les Turcs n'a d'égale que la mollesse des plénipotentiaires du roi Ferdinand à les revendiquer. A suivre d'un peu près les négociations qui viennent de se clore, on est enclin à croire que le général Savof et ses collègues ont discuté pour la forme et qu'en arrivant à Constantinople ils étaient déjà résignés à perdre des territoires que le gouvernement ottoman lui-même n'osait pas réclamer lors des pourparlers préliminaires. Il s'est produit là quelque chose de curieux. Au cours même des négociations, les troupes ottomanes ont occupé sans rencontrer la moindre résistance, sans le plus petit combat, des régions qu'il aurait suffi aux Bulgares de défendre à peu près sérieusement pour les conserver dans le traité définitif. Bien plus, le gouvernement bulgare a laissé s'organiser et se déployer librement des manifestations turcophiles tapageuses dans les parties de la Thrace qui lui sont finalement restées. Du commencement de la seconde guerre balkanique au dénouement d'aujourd'hui, la Bulgarie a témoigné, militairement et politiquement, une indifférence stupéfiante pour toute la Thrace.

Cette indifférence ne peut rester sans explication. Elle

est trop contraire aux intérêts de la Bulgarie les plus certains suivant le jugement européen pour qu'elles ne correspondent pas à des combinaisons réfléchies. Malheureusement ces combinaisons sont peu rassurantes pour l'Orient et pour l'Eiirope. 11 n'est pas très difficile de les démêler à travers l'enchevêtrement des événements récents.

Les Bulgares tiennent avant tout à la Macédoine. Un moment, il est vrai, après Lulé Bourgas, ils ont été pris de vertige. Au lieu de conclure dans l'éclat des victoires le traité glorieux que la Turquie découragée aurait certainement signé pour sauver Constantinople, ils ont tenté d'enlever les lignes de Tchataldja. Ils ont été repoussés et n'ont même pu prendre Andrinople sans le secours des Serbes. Le rêve byzantin évanoui, il restait l'ambition macédonienne ancrée au cœur de chaque Bulgare. C'est pourra réaliser malgré tout que les troupes du roi Ferdinand ont attaqué traîtreusement celles de leurs alliés, que la Thrace a été dégarnie et que tout l'effort s'est porté contre les Serbes et les Grecs dont on croyait venir facilement à bout. On se croyait garanti du côté turc par le traité de Londres, et, en tout cas, on comptait être assez rapidement victorieux à l'Ouest pour reprendre à temps position à rEst,"si cela devenait nécessaire. Tous ces calculs ont été déjoués. Les Bulgares ont été battus partout en Macédoine et n'ont pu être en mesure de réoccuper militairement la Thrace. Jusqu'au dernier jour, ils se sont obstinés à concentrer toutes leurs forces sur la frontière macédonienne.

Leurs malheurs n'ont point changé leurs intentions ni diminué leurs ambitions. Ils les ont seulement engagés à retourner leurs plans. Après avoir voulu conquérir la prépondérance orientale aux dépens de la Turquie avec l'aide des autres États balkaniques, les hommes d'État bulgares cherchent maintenant à prendre leur revanche sur leurs

anciens alliés avec le concours de l'ancien ennemi commun. On a dit et plusieurs collaborateurs du roi Ferdinand ont avoué crûment qu'il se préparait un accord turco-bulgare. Naturellement on nie maintenant. Mais il est aussi certain qu'une chose peut l'être sans qu'on en possède de preuves matérielles qu'un accord de ce genre vient d'être discuté à Constantinople. Si les Bulgares se sont montrés si faciles sur la question des frontières et sur les questions financières — sur quoi ils se montraient intraitables à Londres et à Paris — c'est en compensation d'autres choses, et une de ces choses est tout au moins la neutralité de la Turquie en cas de nouveaux conflits. Grâce à cette neutralité, à défaut de concours actif, on espère reprendre la Macédoine serbe et grecque. Provisoirement, afin de s'assurer de la Turquie, on organiserait une grande Macédoine autonome sous la souveraineté du sultan. On se contenterait de la bulgariser en attendant l'occasion de l'annexer. Les troubles d'Albanie sont issus de ces combinaisons.

Il se trouve à Constantinople quelques hommes assez fous pour entrer dans ces vues. Malgré tous les démentis, l'Europe doit se tenir sur ses gardes. Il appartient aux puissances territorialement désintéressées, à la France notamment, d'empêcher de s'accomplir des événements déplorables. Les États balkaniques grands et petits ne peuvent rien entreprendre sans argent. A l'exception de la Serbie menacée dans ses intérêts vitaux et dont l'indépendance importe à l'équilibre européen, il n'en faut point donner à aucun sans les garanties les plus fortes qu'il sera employé exclusivement à la réorganisation intérieure et à l'outillage économique des emprunteurs. L'opinion demanderait des comptes sévères au gouvernement qui se laisserait aller à une défaillance à ce sujet.

Avant-Propos v

CHAPITRE PREMIER , LE COUP d'État de constantinople et la reprise des hostilités

Coup d'État à Constantinople. — Renversement du Cabinet ICia-

mil par la force (24 janvier 1913) i

L'assassinat de Nazim Pacha et le Cabinet Mahmoud Chefket

(25 janvier 1913). 4

La dictature de l'Union et Progrès (27 janvier 1913) 6

La crise orientale (29 janvier 1913) 8

Rupture des négociations turco-balkaniques et reprise des hostilités (30 janvier 1913) il

La réponse turque aux grandes puissances (31 janvier 1913) 14

Note des délégués ottomans à Londres (3 février 1913) i6

La mission du prince Godefroy de Hohenlohe à Pétersbourg

(5 février 1913) 18

Le différend roumano-bulgare. — Les divergences de vues dans

le parti conservateur roumain (7 février 1913) 21

Déclarations de l'amiral de Tirpitz au Reichstag. — L'équilibre

maritime entre l'Allemagne et l'Angleterre (9 février 1 91 3) ... . 25 L'Autriche admet le principe : les Balkans aux Balkaniques

(13 février 1913) 28

Mission de Hakki Pacha à Londres. — Les négociations orientales

(16 février 1913) 31

Les armements et l'Allemagne. — Déclarations de M. de Jagow

et de l'amiral de Tirpitz (19 février 1913) 33

Nomination de M. Delcassé à l'ambassade de Pétersbourg (21 février 1913) 36

Les négociations bulgaro-roumaines (25 février 1913) 39

France et Russie (26 février 1913) 41

La démobilisation austro-russe (27 février 1913) 44

Gauvain. — T. V. 26

Questions méditerranéennes. — L'Italie et la France (28 février

Demande de médiation de la Turquie (i^r mars 1913) 49

L'impôt de guerre allemand d'un milliard (4 mars 1913) 52

La question de Scutari et celle de l'indemnité de guerre (5 mars

La prise de Janina (7 mars 1913) 57

La question des Roumains de Macédoine (10 mars 1913) 59

Discours pacifique de George V, ordre du jour belliqueux de

Guillaume II et articles agressifs des journaux (ii mars 1913) . 62

Note identique sur la démobilisation austro-russe. — Article du

Fremdenblatt (12 mars 1913) 66

Article de la Gazette de l'Allemagne du Nord sur les relations de la

France et de l'Allemagne (13 mars 1913) 70

Réponse des Balkaniques au sujet de la demande de médiation de

la Turquie (15 mars 1913) c 74

France et Italie. — Rectifications de la presse italienne (18 mars

Assassinat du roi Georges I®^ de Grèce (19 mars 1913) 80

Note des grandes puissances aux Balkaniques au sujet de la médiation. ■ — Démonstration autrichienne dans l'Adriatique

(21 mars 1913) 83

Les prétextes de la démonstration autrichienne (22 mars 1913) . . . 87 Démarche des grandes puissances près des Balkaniques (23 mars

Sommation de l'Autriche au Monténégro (24 mars 1913) 93

La prise d'Andrinople (28 mars 191 3) 95

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