‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 106 sur 112 · L IRRITATION DE M. LUZZATTI. — FR/^NCE ET ITALIE · texte numérisé non relu

L IRRITATION DE M. LUZZATTI. — FR/^NCE ET ITALIE

20 août 1913.

• M. Luzzatti veut bien consacrer deux colonnes du Corriere délia Sera d'hier à l'allusion que nous avions faite à son égard dans les Débats du 12 août. Après avoir signalé les difficultés économiques et financières actuelles de l'Italie, nous disions que l'Italie devrait bientôt emprunter un bon milliard et que M. Luzzatti ferait sans doute bientôt un pèlerinage financier à Paris. Le mot de pèlerinage a provoqué l'indignation de nos confrères transalpins et la mauvaise humeur de l'ancien président du Conseil, qui intitule son article : « L'aumône des prêts français à l'Italie suivant un journal parisien. » Pèlerinage n'est pas mendicité et d'illustres personnages ont été pèlerins. M. Luzzatti croit remarquer une différence de ton entre nos articles et a ces anciennes polémiques pleines de finesse discrète qui. ne laissaient point ouvertes les blessures entre les peuples ». Hélas! Les Italiens resteront toujours nos maîtres en fait de finesse. Mais, dans ces derniers temps au moins, ce sont eux qui ont perdu la mesure et la discrétion. Que M. Luzzatti veuille bien relire certains articles du Corriere délia Sera lui-même, et il y constatera une regrettable absence des qualités qu'il aime. Quant à nous, nous nous sommes

bornés à signaler les diverses péripéties de la campagne de dénigrement méthodique entreprise depuis des mois contre la France dans certains: des journaux les plus répandus d'Italie. Si M, Luzzatti est resté le bon ouvrier de la reprise des rapports amicaux entre les deux pays, il doit regretter aussi profondément que nous le ton de ces journaux, notamment de ceux auxquels il fait l'honneur de collaborer. Quant aux Débuts^ ils ont toujours conservé la même admiration pour sa personne et leur attachement traditionnel à l'amitié italienne ; ils s'en prennent seulement aux artisans de discorde.

M. Luzzatti tient beaucoup à prouver qu'en matière financière l'Italie far a da se et qu'elle n'a nul besoin de recourir à l'épargne des pays étrangers. Nous ne sommes pas aussi assurés que les bons quinquennaux émis pour couvrir les frais de l'entreprise libyque soient tous placés dans la péninsule. Mais s'il en est ainsi, nous nous en réjouissons avec M. Luzzatti. Le marché français va être tellement surchargé d'emprunts orientaux qu'il aurait pu difficilement absorber, sous une forme ou sous une autre, un grand emprunt italien.

A la fin de son article M. Luzzatti évoque « l'ombre chère et adorée de Léon Say » et rappelle les grands services rendus par l'homme d'État français dans l'œuvre du rapprochement franco-italien. Le souvenir de Léon Say est toujours aussi cher, aussi respecté dans notre maison, où l'on s'inspire quotidiennement de ses idées et de ses doctrines. M. Luzzatti a bien raison de rappeler ses efforts pour « féconder » l'amitié italienne. On ne saurait trop les louer. Mais combien ils sont oubliés en Italie ! Et quelle ne serait point la douleur de Léon Say en lisant aujourd'hui la presse italienne ! On y voit célébrer chaque jour la politique consistant à évincer la France de la Méditerranée orientale,

à substituer partout en Orient l'influence italienne à Tinfluence française. Pour mériter les éloges italiens, il nous faudrait aujourd'hui renoncer à notre rôle traditionnel et à toutes nos positions en Orient. Si fort que nous prisions la considération de M. Luzzatti et les démonstrations d'amitié de nos excellents voisins, nous ne pouvons aller jusque-là.

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