‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 3 sur 112 · AVANT-PROPOS VU · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VU

pas à François-Joseph /®^ de réoccuper le saîtdjak de Novi- Bazar, dont V évacuation lors de la crise bosniaque en 1908- 1909 avait été la condition de Vadhésio7t de la Consulta à Vamiexion de la Bosnie-Herzégovine . Il n'admettait pas que V Autriche-Hongrie modifiât à son profit un statu quo quHl espérait transformer plus tard, à la faveur de circonstances favorables, dans l'intérêt de V influence italienne. Mais, liés par leur arrangement antérieur sur l'Albanie, les Cabinets de Vienne et de Rome étaient aussi ardents l'un que l'autre à exclure la Serbie et la Grèce de ce pays auquel ils fixaient arbitrairement des limites correspondant à leurs propres ambitions. Tous deux affrontaient délibérément la Triple- Entente. Si une rupture était survenue à Londres entre les deux grands^ groupements européens, Vltalie aurait combattu aux côtés de l'Autriche-Hongrie et de l'Allemagne. Sous les auspices de M. Giolitti, président du Conseil, la presse officieuse de Rome, de Milan et de Turin tenait contre la France un langage agressif, perfide, provocant.

Les conséquences militaires et politiques de la solidarité italogermanique en pareilles circonstances eussent été désastreuses pour nous. Toutes les armées italiennes se seraient portées sur notre frontière des Alpes oii elles auraient immobilisé, à l'instant le plus critique pour nous, une partie relativement considérable de nos forces. Cette guerre fratricide aurait détruit pour plusieurs générations, peut-être à jamais, l'unité morale du monde latin et toute la politique fondée sur l'alliance des puissances méditerranéennes . Et puis, comment l'unanimité dans la natio?i, absolument ?iécessaire pour gagner une pareille guerre, se serait- elle produite en France, au moment de la mobilisation générale, sur la question de Durazzo ou de Scutari? Enfin quelle idée la France eût- elle donné d'elle dans le monde, quelles résolutions aurait-elle inspirées aux neutres si elle avait assumé la responsabilité d'un conflit, non seidemettt

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avec ses ennemis héréditaires, mais aussi avec sa sœur latine, au sujet de l'Albanie?

Il y avait pis. Dans ce conflit la Triple- Entente n'aurait pas fait bloc. U Angleterre ne voulait point participer à une guerre provoquée par une querelle balkanique. Sir Edward Grey, soutenu par M. Asquith et la plupart de ses collègues du Cabinet, préconisait toutes les solutions transactionnelles. Il ne désirait inême pas que justice fût rendue aux Serbes et aux Grecs. Il ne connaissait pas plus la question yougoslave que la question bulgare. Il vivait d'aîitiques traditions du For eig7i- Office et de quelques formides de chancellerie. Il se méfiait du parti nationaliste français qu'il soupçonnait de chercher une occasion de revanche. Par contre, il nourrissait de profondes sympathies pour l'Autriche dont il ne devinait pas les ambitions. En outre il tenait à être agréable au Cabinet de Rome. Au lieu d'éclairer celui-ci sur les véritables intérêts de l'Italie dans la partie occidentale de la péninsule balkanique et de l'engager à gagtter l'amitié profitable des Serbes en les laissant s'établir dans des régions d'un intérêt vital pour euXy il favorisa les solutions dérivant du système de partage des Balkans en sphères d'influence des grandes puissances» Sans doute, en principe, depuis les victoires de la Ligue balkanique, il soutenait officielletnent, avec la Russie et laFrance, la thèse « Les Balkans aux Balkaniques )>. Mais, en fait, il admettait toutes les dérogations au principe réclamées par la Triple- Alliance. Il mérite d' être loué pour avoir dirigé les travaux de la conférence de Londres dans un esprit de conciliation» Pourtant il y a lieu de penser que, s'il avait mieux connu les questions en jeu^il aurait réussi à maintenir la paix tout en contribuant à créer un meilleur ordre de choses en Orient. Il se préoccupa davantage de faire aboutir vaille que vaille des solutions de fortune que d'édifier une construction solide. La conjérence de Londres fut le triomphe de la politique d'expédients.

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