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LE COUP D'ETAT DE CONSTANT! NOPLE ET LA REPRISE DES HOSTILITÉS

.COUP D ETAT A CONSTANTINOPLE. — RENVERSEMENT DU CABINET KIAMIL PAR LA FORCE.

24 janvier 1913.

UN nouveau coup de force de l'Union et Progrès vient de détruire tous les efforts de ces dernières semaines pour rétablir la paix dans les Balkans et l'ordre en Turquie. Alors qu'un Conseil extraordinaire composé des personnages exerçant les plus hautes fonctions, ou ayant rempli les grandes charges de l'Etat, ou jouissant d'un prestige personnel considérable, tous capables de discerner les véritables intérêts de l'Empire, venait d'approuver l'adhésion du gouvernement à la note des grandes puissances du 17 janvier, les débris du fameux comité déjà responsable de tant de malheurs se sont réunis pour renverser Kiamil Pacha et imposer à Mahomet V Mahmoud Chevket Pacha comme grand-vizir. Les dépêches de Constantinople donnent sur l'événement des informations confuses, qui ont dû passer par la censure jeune-turque et dont les détails doivent être accueillis sous réserves. Mais Gauvain. — t. V. i

les faits certains sont assez caractéristiques pour qu'on ne puisse se méprendre sur la nature de cette révolution.

Comme nous le disions l'autre jour, le peuple ottoman, dans son immense majorité, désirait la paix. Les partisans de la rupture des négociations se recrutaient exclusivement dans certains groupes d'officiers où le désir de tenter un dernier effort militaire l'emportait sur toute autre considération, et parmi les membres de l'Union et Progrès que Kiamil Pacha avait chassés de leurs places. Parmi les plus fougueux de ces adversaires de la cessation de la guerre étaient les officiers arrivés récemment de Tripolitaine, notamment Enver Bey, ancien attaché militaire à Berlin. Ces officiers, qui avaient réussi à organiser en Tripolitaine une résistance très efficace avec presque rien, supportaient difficilement la pensée de la cession de la Turquie d'Europe. Ayant vécu plus d'une année dans le désert, sans contact avec l'Europe, ils étaient incapables de juger sainement la situation. Sans se préoccuper des catastrophes que leur Initiative pouvait déchaîner, ils se sont unis aux politiciens déçus dans leurs ambitions pour arracher le pouvoir au ministère. Kiamil Pacha, avec sa longue expérience, avait prévu un coup de ce genre après l'armistice de Tchataldja et fait enfermer les hommes qu'il jugeait les plus dangereux. Mais il avait cru devoir ensuite céder aux instances de personnages tels que Mahmoud Chevket Pacha, et les meneurs suspects avaient été relâchés. Cette complaisance lui coûte le pouvoir et peut coûter l'existence à la Turquie elle-même.

La proclamation lancée hier soir par le comité Union et Progrès est un tissu d'erreurs historiques. Elle déplace les responsabilités avec un cynisme démagogique. La vérité, qu'on ne saurait se lasser de dire, est celle-ci : les hommes qui viennent de saisir la dictature ont tout compromis en

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Turquie depuis 191 o ; ils n'ont rien su prévoir ; ils ont déçu tous îes espoirs et ravivé toutes ks anciennes haines. Ce sont des idéologues ou de simpks ambitieux. Pleins du souvenir de la Révolution française, de la Convention surtout, ils rêvent d'un comité de Salut public. Mais d'orù feront-ils. surgir des armées ? Où trouveront-ils les ressources nécessaires pour continuer la guerre ? Ce n'est point avec des harangues qu'ils chasseront ks Bulgares de Tchataldja. Si la guerre recommence, comme il y a trop sujet de le craindre,, les alliés voudront en finir, et cette fois, il s'agira non plus, du sort d'Andrinople, mais de celui de Constantinople et des Détroits, c'est-à-dire de l'Asie. Toute l'affaire orientale, dans toute son ampleur, sera remise en question. Il est impossible de savoir aujourd'hui si quelque gouvernement étranger était au courant du coup de force d'hier et l'a favorisé. En tout cas, cette révolution est de nature à faire hésiter plusieurs gouvernements ou à modifier leurs décisions. Pendant plusieurs jours un grand trouble va régner dans les chancelleries.

En présence d'une situation aussi grave, les puissances qui ont constamment travaillé en faveur de la conclusion de la paix ont le devoir de se concerter sans retard sur les moyens d'achever leur œuvre. Tout d'abord, elles doivent refuser absolument au Cabinet Mahmoud Chevket toute facilité financière quelconque, directe et indirecte. Elles doivent aussi déclarer à Constantinople que le changement de Cabinet ne modifie en rien leur volonté, exprimée dans la note du 17 janvier. Il serait utile également qu'on renvoyât immédiatement dans le Bosphore les bateaux de guerre qui s'y trouvaient au moment de l'armistice et dont la plupart, paraît-il, sont partis depuis plusieurs semaines. Une démonstration navale sérieuse s'imposera peut-être plus tard. Mais, en attendant qu'on tombe d'accord à ce

sujet, on ne saurait user trop ouvertement à Constantinople de tous les moyens d'influence dont on dispose. Enfin, il faut se tenir prêt à tout événement. En ce qui concerne la France, elle doit se garder de disperser ses forces. Peut-être commençait-on à se montrer imprudent au Maroc ; de vastes projets s'élaboraient dans certains milieux. Le gouvernement doit veiller rigoureusement à ce que ses instructions soient suivies à la lettre et que la France ne se trouve pas inopinément engagée en Afrique à un moment où elle devrait défendre ses intérêts vitaux en Europe.

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