LA RECONNAISSANCE DE L'INDÉPENDANCE BULGARE
VOYAGE DU TSAR FERDINAND A PÉTERSBOURG. — LA QUESTION DE LA RECONNAISSANCE.
20 février 1909.
LE tsar Ferdinand vient de prendre une décision imprévue. Après être resté deux jours à Vienne, en revenant de Cobourg, où il était allé assister à un service religieux pour l'anniversaire de la mort de sa mère, la princesse Clémentine, il a pris le train pour Pétersbourg, alors qu'on le croyait déjà reparti pour Sofia. Il veut, paraît-il, assister aux obsèques du grand-duc Vladimir. Ses liens de parenté avec le défunt n'étaient pas si étroits qu'il fût tenu de faire ce long voyage à un moment où sa présence en Bulgarie semblait particulièrement utile. En effet, son gouvernement venait précisément d'adresser aux puissances une note les invitant à reconnaître l'indépendance de la Bulgarie et leur proposant de fixer la date de cette reconnaissance au 27 février, jour anniversaire de la naissance du nouveau tsar. Mais on sait que les grands événements qui se sont passés dans la principauté depuis l'avènement de Ferdinand I^^ ont toujours coïncidé avec des voyages du prince. Cet automne même, avant que le Cabinet de Vienne eût laissé percer ses intentions, c'est à la burg royale de Buda-
pest que Ferdinand I^^ est allé chercher et a reçu, pour la première fois, les honneurs rendus aux souverains. Aujourd'hui, il va faire consacrer àPétersbourg la royauté que le peiaple bulgare lui a décernée.
Les dépêches de Pétersbourg annoncent qu'il sera reçu avec les honneurs royaux. Nicolas II lui aurait envoyé le train impérial à la frontière prussienne. I>evançant les événements, le gouvernement bulgare aurait même fait afficher à Sofia la nouvelle de la reconnaissance de Tindépendance par les puissances de la Triple Entente. C'est aller un peu vite. Nous ne sommes pas à même de connaître les intentions du gouvernement russe, enveloppées de mystère depuis l'origine de la crise. Mais celles de la France et de l'Angleterre ne sont pas douteuses. Ni à Paris, ni à Londres, on n'est disposé à reconnaître officiellement l'indépendance de la Bulgarie avant que le conflit turco-bulgare soit réglé. Le gouvernement français s'est prononcé à ce sujet de la façon la plus explicite. Nous ne croyons pas qu'il ait changé d'opinion. Sans doute, il s'empressera de s'associer à la Turquie, dès que celle-ci aura conclu avec le Cabinet de Sofia un accord définitif ; il ne manquera pas non pluis de saisir cette occasion de souhaiter au nouveau royaume paix et prospérité. En attendant, toutefois, il se tiendra sur la réserve. Le Cabinet de Londres continuera très probablement d'observer la même attitude, dictée par le souci de ne porter aucune atteinte au traité de Berlin sans le consentement de tous les intéressés. Les informations contraires venant d'Orient sont fausses. Comme tant d'autres, lancées périodiquement depuis six mois, elles expriment des désirs plutôt que des réalités.
Il n'en sera pas moins curieux de suivre les événements
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de Pétersbourg. La façon dont Nicolas II traitera Ferdinand I®^ jetera sur la politique russe une lumière qui sera la bienvenue. C'est de Pétersbourg, en grande partie, que dépend aujourd'hui le dénouement de la crise orientale.
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