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LA SERBIE, LA RUSSIE ET LES ALLIANCES

MANŒUVRES AUSTRO-ALLEMANDES. — L*ALLIANCE FRANCO- RUSSE. — LA POLITIQUE DE l'aNGLETERRE.

25 février 1909.

LA presse autrichienne commence à battre en retraite. Elle était entrée en campagne de deux côtés à la fois. Jugeant le moment favorable pour l'exécution du grand dessein du baron d'Aehrenthal, elle avait voulu préparer Topinion à l'occupation - — provisoire — de la Serbie par 'les troupes austro-hongroises et persuader l'Europe de laisser tranquillement s'effectuer cette opération de police. Une série de fausses nouvelles avait été répandue par des agences complaisantes. D'habiles agents stimulaient le zèle des patriotes serbes. Il fallait à tout prix montrer à l'Europe une Serbie en feu, menaçant d'incendier le monde. Mais, jusqu'ici du moins, le gouvernement serbe a conservé tout son sang-froid. Des témoins impartiaux ont constaté sur place que l'excitation des esprits dans le petit royaume slave n'avait rien d'anormal, rien qui mît la paix en danger. Alors que les journaux austrophiles représentaient le pays déchiré par les dissensions intérieures, il s'est constitué un nouveau Cabinet, où figurent les chefs des quatre grands partis, sous la présidence d'un homme d'expérience, à l'esprit pondéré, historien apprécié, qui s'est acquis l'estime des gouver-

nements étrangers au cours des différentes missions qu'il a remplies, à Paris notamment. Le peuple serbe, uni dans le péril, monte la garde le long de ses frontières. Il ne se livre à aucune provocation.

De ce côté la campagne était manquée. Restait l'opération occidentale. Elle consistait à dire aux puissances : « Que vous importe la Serbie ? Nos affaires sur la Save et la Drina ne vous regardent point. D'ailleurs, l'Allemagne est derrière nous. Vous n'allez pas risquer une guerre pour les beaux yeux des Serbes. » Et ce mouvement stratégique a été appuyé par Berlin. Fidèle à l'alliance, le gouvernement allemand a déclaré, comme il l'avait déjà fait à l'origine du conflit austro-turc, qu'il marcherait avec l'Autriche. « Vous voyez bien! » s'est-on hâté de nous dire. En effet, nous avons vu. Seulement, comme cet automne, le résultat n'a pas été celui qu'on espérait au Ballplatz. La Russie a déclaré qu'elle se porterait au secours de la Serbie attaquée. Elle continue de recommander à Belgrade la réserve et la modération ; elle n'encourage aucune revendication déraisonnable, mais elle ne permettra pas que, sous un prétexte malhonnête, on asservisse un Etat slave. En 1876, elle s'est désintéressée de la Bosnie et de l'Herzégovine. Quoi qu'il lui en coûte, elle tient aujourd'hui la parole donnée à l'empereur François- Joseph dans un moment d'aberration. Elle a payé très cher la politique paradoxale des hommes qui la dirigeaient alors. Elle ne veut pas aller au-delà. Elle sent aussi qu'elle ne le pourrait pas. Excédé par la malheureuse aventure japonaise, le sentiment patriotique russe s'est réveillé, à propos des affaires d'Orient, avec une vivacité dont le gouvernement ne peut pas ne pas tenir compte. Energiquement soutenu par l'opinion publique, le Cabinet de Pétersbourg reste donc ferme sur ses positions ; il désire

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