L'AUTRICHE-HONGRIE ET L'EUROPE
OUVERTURE DE LA SESSION DES DÉLÉGATIONS AUSTRO-HONGROISES. EXPOSÉ DU BARON d'AeHRENTHAL.
9 octobre 1908.
L'ÉVÉNEMENT du jour consiste dans les discours prononcés hier, à Budapest, à Touverture de la session des Délégations austro-hongroises. Les déclarations de Tempereur-roi ne contiennent rien de particulièrement intéressant. Elles se bornent à répéter plus brièvement le contenu des circulaires et manifestes divers relatifs à l'incorporation de la Bosnie-Herzégovine dans la monarchie et à l'évacuation du sandjak de Novi-Bazar. Elles insistent sur la nécessité de posséder une armée permanente et d'accorder au gouvernement les crédits nécessaires pour la développer. L'exposé du baron d'Aehrenthal est une longue apologie de la politique que nous avons définie hier. Mais il convient d'y relever plusieurs passages significatifs.
En premier lieu, le ministre des Affaires étrangères affirme que, dans la crise orientale, il est d'accord non seulement avec l'Allemagne et l'Italie, mais aussi avec les autres puissances, « à commencer par la Russie, avec laquelle l'Autriche-Hongrie s'est trouvée, depuis 1877, en contact étroit et permanent, en ce qui concerne les affaires des Balkans ». De son côté, M. Isvolsky affirmait, avant-
hier, qu'il avait été prévenu tardivement et incomplètement des projets du Cabinet de Vienne, et qu'il les avait écoutés en formulant les plus expresses réserves. Ce sont là deux affirmations contradictoires, provenant de deux ministres responsables. Les diplomates austro-hongrois prétendent que cette contradiction est seulement apparente, que ce n'est qu'une question de mots. Quand l'un dit : blanc, et l'autre : noir, c'est aussi une question de mots. Le développement de la situation semble prouver que les mots ont été compris dans un sens très diflPérent.
En ce qui concerne le chemin de fer du sandjak, le baron d'Aehrenthal a déclaré que son gouvernement n'y avait pas renoncé le moins du monde, comme on avait pu le supposer. Le tracé de la ligne est terminé, paraît-il ; il reste à régler la question financière. En outre, un autre chemin de fer est en projet : il doit relier la Dalmatie à l'Albanie par le Monténégro. Au point de vue purement commercial, cette nouvelle voie de communication présenterait des avantages. Mais le Monténégro se placera peut-être à d'autres points de vue. Il voudra sans doute aussi savoir si la ligne projetée est destinée à se rattacher, sur son territoire, au chemin de fer du Danube à l'Adriatique.
La portée de l'exposé relative aux relations avec l'Italie était attendue avec le plus de curiosité. Le baron d'Aehrenthal a dit, en propres termes, qu'il poursuivait ses eflforts en vue de conserver à ces relations toute leur intimité. Il y a donc des eflports à faire de ce côté } La conservation de l'intimité n'est donc pas assurée dans tous les cas ? Ce n'est pas nous qui posons ces questions, c'est le ministre qui ne cesse d'affirmer son « entier accord » avec ses collègues d'Italie et de Russie.
Le Souverain et le ministre s'attachent à démontrer que