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L'INDIGNATION DE L'AUTRICHE

LA POLITIQUE AUTRICHIENNE APRES LA REVOLUTION TURQUE. DÉCLARATION DU COMTE DE KHE\^NHULLER.

10 octobre 1908.

PEU à peu, le plan conçu à Vienne pour le remaniement balkanique se découvre. Du jour où le gouvernement austro-hongrois a décidé de procéder à l'annexion officielle de la Bosnie-Herzégovine, le sort en a été jeté. On a définitivement choisi entre la politique de prudence, de patience, de paix, et la politique à la Bismarck. Il importe de parler clairement à ce sujet avant que la logique des événements nous ait amenés à un point où nous nous trouverons devant un abîme.

Après la révolution turque, le Cabinet de Vienne avait à choisir entre deux partis. Légitimement désireux que l'arrivée des Jeunes-Turcs au pouvoir ne compromît pas la situation acquise dans les deux provinces occupées, il devait aviser aux moyens de prévenir toute revendication future. S'il avait voulu se contenter d'obtenir ce résultat, rien n'était plus simple. A l'ouverture de la session des Délégations austro-hongroises, l'empereur-roi et son ministre des Affaires étrangères auraient déclaré qu'ils considéraient que la situation spéciale créée à la Bosnie-Herzégovine par le traité de Berlin ne permettait pas aux habitants de CCS deux pays de participer à la vie publique otto-

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mane et que les réformes dont ils seraient appelés à bénéficier émaneraient directement de TAutriche-Hongrie, investie par les puissances d'un mandat positif. D'autre part, la réception souveraine faite à Budapest au prince Ferdinand de Bulgarie devait constituer un avertissement suffisant à la Turquie de ne pas toucher à l'indépendance de fait de la principauté. On se serait ainsi acheminé pacifiquement vers l'avenir. L'influence de Vienne, appuyée sur celle de Bucarest, aurait été certainement assez efficace pour empêcher les Bulgares de se livrer à des actes irréparables. ;

Nous l'avouons, jusqu'au dernier moment nous avons voulu croire que cette solution serait adoptée. Malgré certains signes inquiétants, nous avons espéré dans la modération de François-Joseph I^^, dans la droiture du baron d'Aehrenthal. Il nous semblait, à cet instant décisif, que les destinées de la monarchie dualiste concordaient avec celles de l'Europe, qu'il n'était pas du véritable intérêt de l 'Autriche-Hongrie de chercher dans des entreprises hasardeuses un accroissement de puissance. Nos espérances ont été déçues.

L'annexion de la Bosnie-Herzégovine n'est pas une opération simple. Le baron d'Aehrenthal à trop d'ambition, pour son pays et pour lui, pour se contenter de cette consolidation fastueuse d'avantages déjà reconnus. Ses visées vont beaucoup plus loin. L'évacuation du sandjak de Novi- Bazar;' f'abandon de la tutelle du Monténégro doivent avoir des contre-parties. Peut-être nos lecteurs les ont-ils devinées. C'est à regret que nous laissions percer nos craintes ; nous nous sentions sur un terrain brûlant. ^lais les circonstances sont trop graves pour que nous hésitions plus longtemps. D'ailleurs, si le baron d'Aehrenthal, réservé dans sa hardiesse, ne se démasque pas encore, ses

ambassadeurs sont plus loquaces. Le comte de Khevenhùller a fait, hier, à l'un de nos confrères, des confidences bonnes à retenir.

Il était inévitable, prévu, que la proclamation de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine provoquerait l'exaspération des Serbes. On dira peut-être que cette exaspération est un peu puérile, puisque les Serbes ne pouvaient pas se faire d'illusion sur le sort des deux provinces. En effet, ces illusions ne sauraient être bien grandes. Toutefois, elles étaient une partie de l'âme serbe elle-même. Chimère peut-être ; chimère à la réalisation de laquelle on n'osait croire ; mais chimère entrée dans la moelle du peuple. On était sûr, en y touchant d'une main brutale, de faire crier de douleur tout ce qui est serbe. On savait que cette douleur se traduirait en manifestations de colère et de désespoir. On comptait qu'elle se porterait à des extrémités dont il serait facile de faire des griefs. Aujourd'hui, on est arrivé à ces extrémités, on invoque ces griefs. Le comte de Khevenhùller, de même probablement que ses collègues dans les autres capitales, a signalé au gouvernement près duquel il est accrédité les dangers de l'ingratitude serbe envers la monarchie voisine. Il s'est expliqué complaisamment devant notre confrère : « Il ne faudrait pas mettre notre patience à une trop rude épreuve... La Serbie est oublieuse des services que nous lui avons rendus... Elle aurait tort de croire que nous supporterons l'agitation... Les menées serbes sont, pour une part, r^ponsables des difficultés qui nous ont obligés à régler immédiatement la situation de la Bosnie et de l'Herzégovine... Au premier signe d'excéution des projets serbes, nous saurons ce que nous avons à faire. » Le baron d'Aehrenthal fait école. Il est bien servi.

L'Autriche, en effet, sait ce qui lui reste à faire. Elle

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