L INDIGNATION DE LAU TRICHE
mobilise. Elle envoie une flotille de torpilleurs devant Belgrade. Puisqu'on lui échauffe les oreilles et qu'on la pousse à bout, elle sort de sa modération naturelle. La mort dans l'âme, elle renoncera aussi, le moment venu, à son désintéressement. Alors, elle pourra causer du Monténégro, des Dardanelles, de l'Albanie.
Elle parle déjà du ?vlaroc. Elle nous induit en tentation. Elle a fait miroiter la liberté des détroits devant les yeux de M. Isvolsky. Elle fait espérer le Maroc à M. Pichon. Ce serait le prix de l'abandon du rôle russe dans le monde slave, de la déchéance de la France en Europe. Déjà, en 1859, ^^ 1866, on nous a attirés dans des combinaisons louches. On en connaît les résultats. La France était alors livrée à un brouillon rêveur. Le gouvernement est aujourd'hui en d'autres mains. Il doit veiller. C'est assez pour nous d'un Bismarck.
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LE PROJET DE CONFÉRENCE. — UN AVEU DU BARON d'AeHREN- THAL. — RÉCONCILIATION DU ROI PIERRE DE SERBIE ET DU PRINCE NICOLAS DE MONTENEGRO.
12 octobre 1908.
IL ne s'est produit depuis deux jours aucun événement nouveau de nature à augmenter la confusion [orientale ou à faire craindre l'échec des négociations relatives à la réunion d'une Conférence. Il semble, au contraire, que les Cabinets de Paris, de Londres, de Pétersbourg et de Rome sont déjà tombés d'accord sur certains points. Ils ont déclaré à la Turquie, en réponse à la protestation .de la Porte contre la proclamation de l'indépendance de la Bulgarie, que leurs gouvernements étaient favorables à la réunion d'une Conférence destinée à examiner les modifications survenues dans le statu quo établi par le traité de Berlin. Il reste à connaître l'opinion de Berlin et de Vienne. Le gouvernement austro-hongrois ne combattra pas la réunion d'une Conférence qui serait saisie de la question bulgare ; mais il paraît toujours s'opposer à ce que la question de Bosnie-Herzégovine soit portée en même temps devant l'aréopage européen. Or, il est certain que les deux questions se tiennent étroitement, ainsi que celles de Monténégro et de Crète. Si l'on procède à la revision partielle du traité de Berlin, il est inadmissible qu'on ne parle pas de la Bosnie-Herzégovine. Autrement, quelle autorité auraient
LA CRISE ORIENTALE
les plénipotentiaires vis-à-vis des autres gouvernements qui ont violé le traité avec la même désinvolture, et qui ont pour excuse d'avoir simplement suivi l'exemple donné par TAutriche-Hongrie ? D'ailleurs, en réalité, il s'agit moins de savoir quelles questions seront portées devant la Conférence que la façon dont il sera convenu d'avance de les résoudre. La discussion ne pourrait être utilement engagée entre représentants assemblés des puissances que si les solutions étaient déjà arrêtées dans leurs grandes lignes. D'oii la nécessité d'élaborer un programme précis et limité.
On ne pressent pas encore l'attitude de l'Allemagne. Il convient seulement de constater que M. de Schoen à Berlin, et le baron Marschall Q) à Constantinople, ont repoussé dans les termes' les plus énergiques la supposition que le Cabinet de Berlin avait approuvé les projets de celu^ de Vienne. Il'reste à savoir si ces protestations ont principalement pour but de sauver le prestige allemand à Constantinople, ou si elles répondent à l'exacte vérité. Peutêtre, suivant l'expression des Autrichiens, n'est-ce qu'une question de mots. Berlin a pu être informé sans approuver explicitement. Vienne a pu prendre ce silence pour un consentement.
Samedi, le baron d'Aehrenthal a complété devant la commission des affaires étrangères de^la^Délégation autrichienne les explications contenues dans son exposé. Il n'a rien dit de précisément nouveau. Toutefois, il s'est laissé aller à un aveu précieux. Il a positivement reconnu que l'annexion de la Bosnie-Herzégovine était « une démarche sérieuse, préparée depuis longtemps ». Comment conciliet-il cette confidence avec sa déclaration de la veille devant
(^) Ambassadeur d'Allemagne à Constantinople.
les Délégations elles-mêmes, que la déclaration d'indépendance de la Bulgarie avait été directement occasionnée par l'incident du dîner diplomatique de Constantinople ? Veut-il prétendre que le prince Ferdinand, reçu en souverain à Budapest, ignorait la « démarche préparée depuis longtemps ? » Il aurait, dans la naïveté des Délégations et dans la nôtre, une confiance exagérée. Il est vrai que son ambassadeur à Paris en possède une au moins égale. -Le comte de Khevenhûller, dont le rôle dans les préliminaires et le dénouement de la guerre serbo-bulgare est encore présent à la mémoire de tous les diplomates, a bien parlé, sans rire, de l'ingratitude serbe.
Il faut encore signaler, pour le confirmer, un événement récent dont les conséquences peuvent être grandes. Le péril commun a réconcilié les Serbes et les ^Monténégrins, ou plutôt le roi Pierre et le prince Nicolas. Il y avait eu cette année, à Cettigné, un extraordinaire procès politique dont il sera bien curieux de connaître les véritables origines. Le prince Nicolas avait cru à la réalité d'un complot fomenté contre lui par des Serbes, de connivence avec quelques notables monténégrins qui avaient passé jusquelà pour ses plus fidèles sujets. Des condamnations sévères avaient été prononcées contre les conspirateurs présumés, malgré leurs dénégations les plus véhémentes. Elles viennent d'être levées. Le prince Nicolas a gracié tous les condamnés. Les relations diplomatiques entre^la Serbie et le Monténégro avaient été rompues ; elles^, viennent d'être reprises. Un représentant de PierreJP^ vient d'arriver à Cettigné, où la population lui a faitjun accueil^enthousiaste. Peu à peu, les situations se précisent.
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