AVANT-PROPOS
Ce volume est le premier d^une série qui comprendra — • en totalité pour les périodes de grande crise ^ en partie seulement pour le reste — ■ les articles sur la politique extérieure que fai publiés dans le Journal des Débats depuis l'automne de 1908. Cette date coïncide avec la réouverture de la question d'Orient et le retour de Fauteur à Paris après quinze ans de missions à l'étranger.
L'entreprise semblera peut-être audacieuse et superflue. Les articles de journaux résistent mal au temps. Rédigés sous l'impression des dernières nouvelles ^ ce ne sont point des chapitres d'histoire. Pourtant ^ dans les circonstances où ceux-ci ont été écrits^ ils constituent par un certain côté des documents historiques. Dans ce premier volume consacre tout entier à la crise bosniaque de 1908- 1909, on suit jour par jour les développements d'un conflit qui se résolut alors pacifiquement, mais qui fut la préface de la grande guerre d'aujourd'hui. Ce conflit, resté diplomatique, mit en jeu tou^ les ressorts politiques de l'Europe. Il dura six mois. Il jut l'épreuve par excellence des forces qui composaient la Triple - Alliance et la Triple-Entente. Ses conséquences furent immenses. Après le dénouement, on en oid)lia trop vite les péripéties. Comme le coup austro-allemand d'alors ne réussit
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qu'en apparence et se solda finalement par un lourd passif, les Cabinets de Vienne et de Berlin s' attachèrent plus tard à en dénaturer le véritable caractère. Ils réussirent à persuader la plupart des hommes politiques du temps. Ils parvinrent à faire croire à Vhonnêteté de leurs intentions alors qu'ils se préparaient sans relâche à reprendre en grand style leur tentative avortée. Peu de personnes se rendirent compte des combinaisons qui s'élaboraient en Germanie sous le voile de la courtoisie officielle. On prit pour de For pur les fausses pièces de la Wilhelmstrasse et du Ballplatz. C'est ainsi que nous arrivâmes à l'été de 19 14 avec la légende d'un Guillaume II pacifique et d'un François-Joseph I^^ vénérable père de ses peuples.
Malgré toutes les horreurs de ces trois dernières années, la légende n'est pas complètement détruite. A de certains moments, on vit hésiter des hommes qui détenaient une part de responsabilité dans la direction des affaires publiques. Le virus inoculé pendant des années par les reptiles d'Outre- Rhin n'est pas éliminé de notre sang. Aux moments où notre organisme est affaibli par accident ou fatigue, le poison agit de nouveau. Pour en combattre les effets, le meilleur spécifique est l'histoire. Or, en ce qui concerne les événements récents, qui se sont déroidés sous nos yeux, l'histoire se trouve provisoirement dans le récit qu'en ont fait les observateurs réputés impartiaux chargés de noter et de commenter au fur et â mesure les tnanif estât ions de la politique. En attendant les études d'ensemble des écrivains d'une autre génératio?i et les révélations des archives secrètes, c'est là seulement que se découvrent les traces de sondages, de manœuvres, de suggestions et de propositions dont on ne parla peut-être plus dès le lendemain ou le surlendemain, ?nais qui n'en restent pas moins des éléments essentiels d\ippréciation. La puissance de mensonge ou de déformation de la vérité, chez quelques