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LA BULGARIE DEMANDE LES BONS OFFICES DE LA FRANCE

20 octobre 1908.

GRACE à l'initiative de Ferdinand P^,il vient de s'engager, au sujet du règlement du conflit turco-bulgare, des négociations qui présentent des chances sérieuses d'aboutir au résultat que se proposent tous les amis de la paix. Pendant plusieurs jours, dans l'intérêt [du succès des pourparlers engagés, le secret a été gardé. Des informations partielles ont été publiées hier. On peut aujourd'hui les compléter.

Vendredi dernier, Ferdinand I^^ a adressé au président de la République française, par l'intermédiaire de M. Paléologue, notre ministre à Sofia, un télégramme par lequel il demandait les bons offices de la France près de l'Europe. Il assurait M. Fallières de son très sincère désir de maintenir la paix et déclarait .explicitement que la Bulgarie était disposée à donner une compensation à la Turquie. Il faisait appel au gouvernement de la République, avec Jequel il avait constamment entretenu des relations amicales, et le priait d'être, près de l'Europe l'interprète de ses sentiments pacifiques ainsi que de ses intentions de terminer équitablement le différend. C'est alors que M. Pichon, anxieux de prévenir à Constantinople des mesures mili-

taires de nature à provoquer de la part de la Bulgarie des actes irréparables, s'empressa de prévenir Naoum-Pacha de cette importante démarche et de télégraphier à notre ambassadeur près de la Porte. Naoum-Pachaet M. Constans firent tout de suite le nécessaire. Ils trouvèrent à la Porte les dispositions les plus conciliantes. Le Cabinet ottoman n'a jamais varié dans sa résolution d'aller jusqu'aux extrêmes limites de la modération, en vue d'éviter une effusion de sang, et de rester fidèle aux principes qu'il a proclamés lors de son arrivée au pouvoir. Il fut donc heureux de recevoir les assurances transmises par M. Pichon et envoya sans rétard des instructions correspondant au vœu qui lui était exprimé comme à ses propres désirs. Jamais, d'ailleurs, il n'avait donné d'ordre de mobilisation générale. Auy moment même où il était informé de la démarche de Ferdinand I^^, il venait d'envoyer aux puissances une circulaire attestant une fois de plus sa ferme volonté de ne recourir aux armes qu'à la dernière extrémité.

Il reste à souhaiter que les intentions du nouveau roi soient pleinement partagées par son gouvernement et par son peuple. En ce qui concerne celui-ci, il tient, avant tout, à conserver son indépendance. Il veut aussi garder l'exploitation des chemins de fer rouméliotes. D'autre part, il semble réellement animé de sentiments amicaux pour les Jeunes-Turcs, aujourd'hui détenteurs du pouvoir. Or, la Turquie ne lui contestera pas son indépendance et la possession des chemins de fer litigieux, si elle obtient des compensations financières équitables. Les Bulgare? ne peuvent décemment s'offenser d'une prétention aussi raisonnable. Ils sont trop réalistes pour courir les risques d'une guerre acharnée plutôt que de consentir aux sacrifices pécuniaires nécessaires. Une guerre serait certainement longue, elle coûterait très cher, elle entraînerait des

complications périlleuses. La Turquie provoquée trouverait des alliés. La Bulgarie aurait, de toute façon, beaucoup à perdre ; on ne voit pas bien ce qu'elle aurait à gagner. Elle est à même, en ce moment, de faire reconnaître son indépendance, à des conditions honorables. Il serait d'une prudence élémentaire d'en profiter. Plus tard, les conditions pourraient devenir autrement onéreuses. Nous sommes convaincus que, livré à sa propre inspiration, le peuple bulgare écoutera la voix de la sagesse. Le Cabinet de Sofia, il est vrai, s'est livré à des manifestations oratoires déplacées, inquiétantes, bien faites pour surexciter le chauvinisme des exaltés. Mais le moment d'être sérieux est venu. Si le Cabinet actuel ne se sent pas la force nécessaire pour pratiquer une politique de modération, il doit faire place à un autre plus conscient de ses devoirs envers son propre pays, envers la Turquie, et envers l'Europe à laquelle Ferdinand P^ fait appel en ce moment.

Nous ne doutons pas que lès puissances signataires du traité de Berlin fassent à cet appel un accueil favorable. M. Pichon les a déjà saisies de la demande de Ferdinand P^. Il est assuré du concours de la Russie et de l'Angleterre. Celui des autres Etats ne lui fera sans doute pas défaut non plus dans cette œuvre de concorde.

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LE DISCOURS DU TRÔNE A L'OUVERTURE DU LANDTAG PRUSSIEN, LA POLITIQUE DE L 'ALLEMAGNE.

21 octobre 1908.

POUR la première fois depuis 1891 , le discours du Trône à l'ouverture du Landtag prussien, prononcé hier par Gufllaume II, contient un passage relatif à la politique étrangère. C'est dans le discours du Trône devant le Reichstag que sont abordées généralement les questions extérieures. Mais, cette fois, les circonstances ont paru trop graves au monarque prussien pour qu'il passât sous silence la crise orientale. Le Reichstag ne doit se réunir que dans quelques semaines et, d'ici là, il peut survenir bien des événements.

En quelques mots, Guillaume II a relevé quatre points principaux : la gravité des affaires d'Orient, l'intérêt de l'Allemagne à les surveiller avec attention, sa volonté de marcher d'accord avec ses alliés et son désir de faire triompher (( une solution pacifique et juste des difficultés présentes ». Pour nous, c'est ce dernier point qui est le plus intéressant. Il était arrivé de Constantinople, ces derniers jours, des rumeurs inquiétantes sur l'attitude de l'ambassadeur d'Allemagne. D'après les personnes bien placées pour être au courant des choses ottomanes, le baron de Marschall aurait déclaré sans détours, à plusieurs reprises,

que la meilleure solution du conflit turco-bulgare était la guerre, et il n'aurait pas caché ces sentiments à la Sublime Porte. Naturellement, un pareil langage, dans une telle bouche, aurait eu une influence désastreuse sur les négociations en cours. Si le gouvernement ottoman s'était senti encouragé par une grande puissance à se montrer de plus en plus exigeant vispà-vis de la Bulgarie, l'entente à laquelle travaillent avec tant de persévérance et de dévouement les Etats occidentaux et les comités locaux de conciliation auraient eu bien peu de chances de s'établir. Heureusement, les propos qu'on a prêtés au baron de Marschall ne semblent pas avoir été rapportés avec exactitude. Le discours de Guillaume II devant le Landtag prussien est conçu dans un sens diflPérent. De plus, la Gazette de Cologne publie, ce matin, un télégramme de son correspondant de Berlin — toujours en relations étroites avec la Wilhelmstrasse — qui dément les informations mises en circulation ces jours-ci sur le compte de l'ambassadeur d'Allemagne à Constantinople. Enfin, notre correspondant particulier à Berlin nous écrit que l'empereur et son chancelier sont animés du plus sincère désir de conserver la paix.

Il faut accueillir avec satisfaction ces nouvelles rassurantes et souhaiter qu'elles ne viennent pas à être contredites par des faits. Au cours de la crise actuelle, on a constaté dans la politique allemande des tendances qui n'étaient pas toutes favorables à la pacification générale. Il est sûr que l'action du Cabinet de Berlin à Constantinople a eu surtout pour but d'y rétablir l'ancienne influence prépondérante dont il jouissait sous l'ancien régime, et qu'elle s'est exercée sans grand ménagement pour les efforts de ceux qui cherchaient, avant tout, à prévenir Touvertûre des hostilités. D'après la Gazette de Cologne, l'Allemagne

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