L'ALLEMAGNE ET LA FRANCE
affaires marocaines, l'empereur s'est à peu près contenté de répéter les arguments soutenus avec obstination par la presse officieuse, et que nous avons maintes fois réfutés. Il s'est plaint que l'initiative de son gouvernement, lors de la mission Vassel à Fez et de la proposition de reconnaissance de Moulai Hafid, ait été mal jugée. A l'entendre, M. Vassel ne serait allé à Fez que pour défendre les intérêts de sujets allemands, et parce qu'il y avait déjà depuis plusieurs mois dans la capitale chérifienne un agent consulaire français. Nous ne pouvons pas discuter les intentions ou les instructions de M. Vassel. Elleâvéchappent à notre contrôle. Nous avons simplement constaté des faits, des coïncidences, des résultats. Mais nous ne pouvons laisser dire que la France avait à ce moment un agent consulaire à Fez. Elle y avait un Algérien indigène simplement chargé de garder les archives du consulat et de veiller, pendant les troubles, sur les immeubles donnés en gage à des créanciers hypothécaires, sujets ou protégés français. Lorsque ce gardien est tombé malade, il a été remplacé par un autre indigène, également dépourvu de tout cai^actère représentatif. Quant à la demande de reconnaître (( promptement » Moulaï Hafid, elle aurait été faite en réponse aux assurances données par le prétendant, dès le mois de juillet, aux Cabinets de Berlin, de Paris et de Londres. Au mois de juillet, et beaucoup plus tard encore, Moulaï Hafid se trouvait en fort mauvaise posture. Il n'avait aucun titre, même celui de la force ou du succès, pour se présenter en souverain devant l'Europe. C'était un simple rebelle, dont les mehallas attaquaient nos troupes avec acharnement, au moment même où M. de Lancken exprimait à M. Pichon le désir de le voir reconnu sans retard comme sultan. Nous n'insisterons pas davantage sur un point désormais acquis à l'histoire.
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Guillaume II a touché à une question plus délicate encore. Afin de donner à son interlocuteur une preuve irrécusable des sentiments amicaux qu'il a constamment nourris pour l'Angleterre, il lui a dit que pendant la guerre du Transvaal, malgré l'hostilité de la presse et de l'opinion allemandes contre les agresseurs des Boers, il avait non seulement refusé de recevoir les délégués boers, couronnés de fleurs par la population berlinoise, mais encore repoussé les avances de la France et de la Russie qui lui proposaient de se joindre à elles pour mettre fin à la guerre dans des conditions humiliantes pour la Grande-Bretagne. Bien plus, en ce moment critique, Guillaume II aurait envoyé à sa grand'mère, la reine Victoria, des conseils et un plan de campagne qui auraient contribué au succès final. Nous ne savons pas si les aphorismes de l'empereur étaient sages et si son plan a été utilisé par lord Roberts. Mais il importe de détruire la suspicion jetée sur la politique du gouvernement français pendant la guerre du Transvaal.
Ce n'est pas la France qui a pris alors l'initiative de démarches. Le Times d'hier rappelle justement que c'est l'Allemagne elle-même. Le i^^ janvier 1896, avant que Guillaume II envoyât au président Krûger son fameux télégramme, le baron de Marschall, secrétaire d'Etat à l'Office impérial des affaires étrangères, demanda à M. Herbette, notre ambassadeur à Berlin, si la France serait disposée à se joindre à l'Allemagne pour garantir, d'accord avec d'autres puissances, l'indépendance et l'intégrité territoriale des Etats boers. M. Herbette répondit finement que la France n'avait pas d'intérêt spécial dans l'Afrique du Sud, mais qu'elle voudrait, avant tout, savoir si, le cas échéant, elle pourrait compter sur le concours de l'Allemagne en Egypte. Le baron de Marschall ne put répondre et la conversaion en resta là. Elle reprit à l'automne de