LA DEMISSION DU PRINCE DE BULOW
l'interview du « DAILY TELEGRAPH ». — LA « GAZETTE DE L'ALLEMAGNE DU NORD » ET LA « GAZETTE DE COLOGNE ».
i®'* novembre 1908.
LA réalité dépasse tout ce qu'on avait supposé à propos de rinterview du Daily Telegraph. hoin d'être une indiscrétion, cette publication a été méditée, concertée, étudiée, « avec le plus grand soin ». C'est la Gazette de V Allemagne du A^or(i elle-même qui nous l'apprend aujourd'hui. Dans la note officielle qu'on lira plus loin, le journal de la chancellerie expose en détail la genèse de l'article désormais fameux du Daily Telegraph. Guillaume II a reçu le manuscrit de l'auteur ; il l'a communiqué au chancelier ; le chancelier l'a transmis à l'Office impérial des Affaires étrangères ; l'Office des Affaires étrangères l'a retourné au chancelier avec un rapport favorable ; enfin, après toutes ces formalités, le chancelier a autorisé la publication. Dans ces conditions, on ne peut plus parler de la responsabilité de l'empereur. C'est celle du prince de Bûlow qui est direcment enjeu. Le chancelier l'a compris et a présenté aussitôt sa démission. D'après les dernières dépêches, cette démission n'aurait pas été acceptée. A la suite d'une longue conversation avec le prince, Guillaume II lui aurait maintenu toute sa confiance.
Voilà les nouvelles de source officielle. Les informations privées sont plus explicites, mais plus étranges. Il en résulterait que le chancelier n'aurait pas lu lui-même le manuscrit communiqué par son souverain. Il n'y aurait pas attaché d'importance particulière. Il aurait transmis tel quel le papier aux Affaires étrangères et l'aurait ensuite apostille sans autre examen. Certaiines personnes voient dans cette négligence une justification. D'autres seront plutôt portés à y reconnaître une aggravation de responsabilité. Qu-e penser du directeur responsable de la politique de l'empire s'il ne lit même pas les documents signalés par l'empereur à son attention } Quelle confiance son maître peut-il avoir en lui } On a dit souvent que Guillaume. II était mal informé, que son entourage ne le renseignait pas, que ses conseillers naturels le* laissaient volontairemejLt dans l'ignorance dîÊ faits ou de paoroles propres à influer sur ses décisions. Le bien fondé de cette supposition semble très vraisemblabl-e quand on passe en revue les: événements les plus considérables, d'ordre public ou. privé, qui se sont déroulés en Allemagne pendant ces dernières, années. Nous avons eu souvent l'impression que Fempereur, mieuiX' informé, aurait donné- une autre alluice à aa poHtique. Si laborieux, si actif, si avide de savoir qu'U soit, il lui est matériellement impossible de t-out voir par lui-même. Si les personnages officiellement chargés de l'éclairer ne s'acquittent pas en conscience de leur mission,, soit par néghgence, soit avec préméditation, il peut être, amené à preadre, avec une entière bonne foi, l'es résolutions les plias, inopportunes. En ce qui concerne la France, par exemple, nous ne croyons pas nous tromper en affirmant qu'il s'en fait une idée incomplète et peu exacte. S'il voyait notre pays autrement qu'avec les yeux des hommes qu'on appelle à Berlin « les derniers survi-