LA DEMISSION DU PRINCEDE BULOW
vants de la grande école du prince de Bismarck », il aurait depuis longtemps renoncé au système périlleux dont nous voyons encore, dans la crise actuelle, une application brutale. Mais, nous le constatons avec regret, chaque fois que des personnes mieux inspirées ont réussi à se faire écouter du souverain, les adorateurs de la vieille idole n'ont reculé devant aucun moyen pour les déconsidérer et les rejeter hors de leur chemin.
Dans le cas actuel, il est si certain que les conseillers de Guillaume II croyaient à l'efficacité du coup du Daily Telegraph que, le lendemain de la publication, les officieux en faisaient un éloge sans réserves. La Gazette de Cologne écrivait : « Lorsque l'empereur, indigné des jugements inexacts et haineux portés sur la politique allemande, ouvre son cœur en toute loyauté à l'un de ses amis d'Angleterre, il ne mérite, à notre avis, aucun blâme, mais il doit bien plutôt s'attendre à voir le peuple allemand se ranger à son côté comme un seul homme ». Malheureusement pour les auteurs de la combinaison, une^fois de plus ils se sont trompés sur les sentiments du peuple allemand et sûr ceux des peuples voisins. La nation germanique ne s'est pas rangée comme un seul homme autour du drapeau déployé par le journal anglais. La nation britannique n'a pas goûté les compliments envoyés à son adresse. La France et la Russie ont fait leur profit de la façon dont leurs intentions étaient travesties. Alors, à la Wilhelmstrasse, chacun a rejeté la faute sur le camarade. Si le coup avait réussi, chacun en aurait revendiqué la gloire. Guillaume II ne comprendra-t-il pas un jour que ces procédés jettent un trouble profond en Europe et que l'heure est passée où l'Allemagne peut en bénéficier ?
C'est affaire à l'Allemagne de régler elle-même, en famille, l'incident du Daily Telegraph. C'est la nôtre de
loo l'europe au jour le jour
nous tenir en garde. Tant que la manière bismarckienne sera en honneur à la Wilhelmstrasse, ce sera notre droit et notre devoir de nous prémunir contre les accidents. Tant que nous nous sentirons exposés à certaines- manœuvras, nous nous refuserons à reconnaître le parallélisme d'intérêts découvert récemment par d'ingénieux explorateurs diplomatiques. Or, ceux-ci, loin d'être découragés, viennent de faire une nouvelle découverte : celle du parallélisme des intérêts français et autrichiens en Orient. Et ils citent un bon témoin à l'appui de leurs dires. D'après le correspondant viennois de la Gazette de VosSy ce parallélisme « devrait être attribué en grande partie à la diplomatie de l'ambassadeur de France à Vienne, aux yeux duquel l'alliance germano-autrichienne et l'impossibilité qui en découle d'isoler l'Allemagne constitueraient une garantie pour la paix de l'Europe ». La Gazette de Voss a dû faire une confusion : elle a pris M. Crozier pour M. Jaurès.
Voici le texte de la note officielle publiée hier par la Gazette de r Allemagne du Nord :
Une grande partie de la presse étrangère et allemande s'est livrée à des réflexions critiques contre la personne de V empereur, à propos de V entretien publié par le Daily Telegraph. Ces journaux considéraient comme un fait acquis, en se livrant à ces réflexions, que Vempereur avait provoqué cette publication, sans que les personnalités responsables de la politique de V empire en eussent été averties au préalable ; mais, c' est précisément là une erreur.
Vempereur avait reçu d'un particulier anglais, avec la prière de vouloir bien en autoriser la publication, le manuscrit d'un article, résumant une série de conversations que Sa Majesté avait eues, à des époques différentes, avec diverses personnalités anglaises. La prière exprimée s'inspirait du désir de faire connaître au plus grand nombre possible de lecteurs anglais les propos tenus par Sa Majesté, et de contribuer ainsi à développer de bonnes relations entre l'Angleterre et l'Allemagne. L'Empereur flt parvenir au chancelier de l'empire ce projet d'article ; celui-ci le confla à l'Offlce impérial des Affaires étrangères, en lui demandant de l'étudier avec le plus gratid soin. Dans le rapport qu'il remit à ce sujet l'Office des Affaires étrangères ne souleva aucune objection contre la publication de ce texte, publication qui eut alors lieu.
Lorsque le, chancelier de l'empire eut connaissance du contenu de l'article par la publication qu'en fit le Daily Telegraph, il déclara à Vempe-
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reur quHl îC avait pas lu lui-même le projet d'article^ car y sans cela, il aurait soulevé des objections et déconseillé la publication, mais quHl se considérait comme seul responsable de ce qui était arrivé et couvrait les fonctionnaires placés sous ses ordres. En même temps, le chancelier priait V empereur de vouloir bien accepter sa démission, mais Vempereur n^a donné aucune suite à cette demande. Toutefois ^ sur la demande du chancelier, il consentit à ce que celui-ci^ en publiant le récit que Von vient de lire, fût mis en mesure de priver de tout fondement les attaques auxquelles on s^était prématurément livré contre Vempereur.
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