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LA SITUATION EXTÉRIEURE IO

à Bucarest. Un ministre des Affaires étrangères chargé de l'intérim d'une légation, il y aurait eu de quoi stupéfier tous les diplomates. Les Roumains auraient été fiers de voir leur capitale choisie comme sanatorium d'hiver pour les hommes d'Etat neurasthéniques. Mais l'agence Havas a rectifié sa première information. Les médecins qui soignent M. de Schoen ne lui ont pas prescrit un traitement aussi énergique. Quant à M. de Kiderlen-Waechter, il est l'homme des intérims. Depuis plusieurs années, on a pris l'habitude de l'envoyer à Constantinople pendant les congés du baron de Marschall. Il est certainement destiné à échanger prochainement, à titre définitif, la villégiature des rives de la Dâmbovitza contre un poste de premier ordre.

En Orient même, la situation n'est pas plus inquiétante. Des négociations régulières sont engagées entre la Turquie et la Bulgarie. On doit seulement signaler un nouveau pas en avant de l'Autriche. Suivant les dernières dépêches, des troupes cisleithanes ont occupé la petite île d'Ada-Kalé, située dans le Danube, entre Orsova et Turnu-Severin, un peu en amont des Portes de Fer, en vue des rives serbe, hongroise et roumaine. Cette île était autrefois une dépendance de la Serbie ottomane. Au Congrès de Berlin, on s'esit abstenu d'en parler. Les uns n'y ont pas pensé, sans doute ; les autres avaient intérêt à ce qu'on n'en parlât pas. En fait, depuis la guerre turco-russe, Ada-Kalé, toujours administrée par un kaimakan, était gardée par un détachement de soldats autrichiens. Les visiteurs de l'île abordaient près d'un poteau jaune et noir à proximité duquel se promenait un factionnaire cisleithan et voyaient le croissant du prophète flotter aux fenêtres du Konak du représentant du sultan. Si la dépêche à laquelle nous faisons allusion est exacte, les Autrichiens ont donc opéré une

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nouvelle « consolidation ». Mais qu'ont-ils fait du kaimakan ?

Aucune nouvelle de Pétersbourg ne permet de se faire une idée exacte des intentions du gouvernement russe au sujet de la Conférence. Des bruits contradictoires circulent. D'après les uns, le tsar, sous l'influence de l'émotion répandue dans le monde sfave, serait décidé à protester contre l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, et la Conférence n'aurait alors que bien peu de chances de se réunir. Suivant une autre version, le Cabinet de Pétersbourg cherche un terrain d'entente avec Vienne. L'entente sera facile à établir, si Vienne s'y prête avec un peu de bonne volonté. Malheureusement, les traces de cette bonne volonté n'apparaissent que dans les certificats de bonne conduite que le baron d'Aehrenthal délivre à la France, redevenue à ses yeux une grande nation du jour où il a cru pouvoir la faire servir à ses desseins. Les éloges du Ballplatz nous sont infiniment précieux, quoiqu'un peu compromettants. M. Pichon travaille avec un inlassable dévouement à la solution pacifique de la crise. Mais il reste inébranlablement fidèlç à ses alliés et amis. Il serait certainement plus touché des compliments de son collègue autrichien, s'il s'y joignait l'assurance que l 'Autriche-Hongrie est prête à accepter pour la Bosnie et l'Herzégovine les obligations qu'on demande à la Bulgarie d'assumer pour les anciens vilayets bulgares érigés en royaume indépendant.

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L'AFFAIRE DE CASABLANCA

PRESSION ALLEMANDE SUR LA FRANCE. — LA LIMITATION DE l'arbitrage. — LA QUESTION DES REGRETS.

4 novemb/e 1908.

L'incident survenu le 25 septembre dernier à Casablanca, à l'occasion de. l'arrestation de déserteurs de la Légion étrangère, tend à prendre en ce moment une importance hors de proportion avec celle des faits euxmêmes. Ceux-ci sont encore trop récents pour qu'il soit besoin de les exposer de nouveau. Il suffira de rappeler qu'un détachement de troupes françaises du corps d'occupation avait repris par la force six soldats de la Légion étrangère qui avaient déserté et qui étaient sur le point de s'embarquer, sous la protection d'agents du consulat d'Allemagne, à bord d'un navire allemand. Le consul d'Allemagne revendiquait le droit de couvrir de sa protection, sur le territoire marocain, ceux de ses nationaux qui la demandaient. De son côté, le commandant du corps d'occupation français réclamait le droit de reprendre, même par la force, sur le territoire occupé, ceux de ses soldats qui cherchaient à se soustraire à leur devoir. Le général d'Amade ne faisait pas de distinction entre ses hommes ; il considérait comme relevant de lui, au même titre que les Français, les étrangers ayant contracté un engagement régulier. Forts de ce qu'ils regardaient chacun comme leur

droit, les agents allemands et les officiers français ne voulurent céder ni les uns ni les autres. Au moment où les déserteurs étaient sur le point de s'embarquer, il se produisit une bagarre au cours de laquelle il y eut des voies de fait ; les fuyards restèrent entre les mains des officiers français. Saisis de l'affaire, les deux gouvernements montrèrent tout d'abord un sincère désir de ne pas l'envenimer. Sans se laisser impressionner par les dépêches sensationnelles de Casablanca, ils convinrent de demander à leurs agents des rapports détaillés et d'ajourner toute décision au moment où ils seraient en possession de tous les éléments utiles d'information. Les rapports arrivèrent à Paris et à Berlin dans la première quinzaine d'octobre. Ils furent soumis de part et d'autre à un examen minutieux. On constata, malheureusement, que leurs conclusions étaient diamétralement opposées. Même sur les points de fait, sur la manière dont les déserteurs avaient été repris, dont les agents allemands et les officiers français s'étaient comportés, il y avait contradiction absolue. Seulement, dans l'intervalle, le gouvernement français avait acquis la certitude que, sur les six déserteurs protégés par le consul d'Allemagne, il y en avait trois, un Autrichien, un Polonais de Russie et un Suisse auxquels, en aucune hypothèse, la protection allemande n'aurait dû être accordée. Quant à la question d'ordre juridique, c'est-à-dire au droit du commandant d'un corps expéditionnaire d'arrêter des déserteurs de nationalité étrangère sur un territoire étranger occupé militairement, et au droit d'un agent consulaire de couvrir de sa protection, sur ce territoire, des soldats liés à -un pays étranger par un engagement formel librement contracté, les deux gouvernements soutinrent chacun une thèse diflérente. Tout en admettant que son agent avait eu tort d'englober dans son laisser-passer trois individus non

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allemands, le Cabinet de Berlin reconnaissait à cet agent le droit de protéger les trois autres déserteurs, ses compatriotes, sur le territoire de sa circonscription consulaire. D'autre part, le Cabinet de Paris considérait, avec le général d'Amade, qu'il y avait là une question de discipline militaire et que le commandant d'un corps d'occupation était autorisé à se saisir, sans s'inquiéter de leur nationalité, de ses soldats déserteurs. Dans ces conditions, les deux gouvernements prirent le parti le plus sage, que nous avions ici même recommandé à leur attention dès la fin de septembre : ils tombèrent d'accord, entre le 14 et le 16 octobre, de soumettre à un arbitrage « les difficultés résultant de l'incident du 25 septembre ».

La questiofli semibiait ainsi définitivement sortie de la politique et en bonne voie d'être réglée normalement, suivant le mode babituellemant adopté en matière d'arbitrage. Les polémiques soulevées dans la presse des deux pays dans les premiers jours de l'incident s'étaient arrêtées. On discutait courtoisement, académiquement, les thèses en présence. Dans les cercles m.iiitaires allemands, on se plaçait volontiers aoi point de vue du général d'Amade; on trouvait naturelle sa prétention de ne pas laisser fuir sous ses yeux, sans intervenir, des soldats qui trahissaient leur drapeaoa. Dans leurs entretiens avec M. Jules Cambon, le prince de Bùlow et M. de Schoen ne laissaient percer aucune intention de reprendre le fond de la question. Il ne s'agissait plus que de détails, de la rédaction du compromis arbitral. On resta sous cette impression jusqu'à la publication de l'interview du Dmly TelegrapL A partir de ce moment, on observa un changement de tion dans une partie 4e la presse allemande. Des ru^naeurs circulèrent sur la possibilité d'un désaccord. Aujourd'hui, brusquement, l'incident vient d'entrer dans une nou^Tlle phase.

Pendant ces trois derniers jours, l'éventualité de désaccord que certains journaux berlinois faisaient entrevoir s'est précisée, accentuée. Le prince de Bùlow s'en est entretenu avec M. Cambon, le prince Radolin avec M. Pichon. D'après des informations qui doivent être exactes, elle consisterait en ceci : L'Allemagne maintient bien sa demande d'arbitrage pour le règlement de la question de droit ; mais elle ne veut pas y comprendre la question de fait. Elle exprime formellement le désir que des regrets lui soient présentés — à elle ou à son consul à Casablanca — au sujet de l'attitude des officiers français, tandis qu'elle émettrait de son côté le regret que son agent eût dépassé ses attributions. Nous ne savons dans quels termes précis la demande a été formulée : ce qui paraît certain, c'est que le prince de Bùlow ne considère plus l'incident réglé en principe par l'accord des 14-16 octobre, et veut en distraire une partie pour en faire l'objet d'un arrangement particulier avant tout arbitrage.

Nous regrettons profondément ce changement d'attitude. Nous ne chercherons pas à le rattacher à d'autres événements, plus récents, d'une portée plus étendue. A notre avis, entre l'Allemagne et la France, la politique générale européenne ne devrait jamais être mêlée aux affaires courantes. Autant nous restons fermement attachés à notre système d'alliance et d'entente, autant nous sommes disposés, pour notre part, à traiter avec l'Allemagne en toute loyauté, dans l'esprit le plus amical, les questions qui se présentent quotidiennement entre deux grands pays. C'est le meilleur moyen d'assurer la régularité, la courtoisie, le développement des rapports réciproques. La tranquillité de la grande famille européenne ne pourrait aussi qu'y gagner. Nous voulons espérer que je nouvel incident dont on parle aujourd'hui n'est pas un

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nouveau moyen d'exercer une pression sur notre politique générale. Dans tous les cas le gouvernement français a pris, dès le début, une position qui semble échapper à toute atteinte. Il a accepté l'arbitrage, il maintient son acceptation. Si le gouvernement allemand veut adopter maintenant un autre mbde de règlement de l'affaire, c'est à lui de justifier sa nouvelle proposition.

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