‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 40 sur 134 · LA SERBIE ET L E U R O P E · texte numérisé non relu

LA SERBIE ET L E U R O P E

tuellement la Serbie, on a reconnu qu'il incarnait vraiment la conscience nationale.

Ces arguments peuvent se résumer en un seul : la Serbie veut vivre. Elle a un idéal patriotique et des besoins économiques. On n'ose déjà plus parler de son idéal. L'Autriche l'a ruiné en annexant la Bosnie et l'Herzégovine. Maintenant, elle le tourne en dérision. Rien n'égale le dédain avec lequel les Austro-Hongrois les plus qualifiés .pour parler au nom de leur gouvernement traitent les aspirations serbes. Ils disent ouvertement que le centre de gravité du monde serbe n'est plus à Belgrade, mais en Autriche. Ils n'ajoutent pas que la Serbie indépendante est fatalement destinée, par la loi de la gravitation, à devenir un simple satellite de la grande monarchie voisine. Mais ils le pensent certainement. Des militaires, moins discrets, l'écrivent sans détour. Il y a trois ans, un officier de l 'étatmajor autrichien a publié dans une revue spéciale un ar- . ticle qui lève tous les voiles. D'après l'auteur, le sandjak de Novi-Bazar était un couloir, un goulot de bouteille, par lequel on ne pouvait songer sérieusement à faire passer une armée en Macédoine. Il fallait donc abandonner le sandjak et se préparer à prendre, pour bases d'opérations, quatre routes parallèles qui conduisent de Serbie en Macédoine. Si les diplomates ne réussissaient pas à obtenir le droit de passage pour les troupes, il fallait conquérir le pays lui-même : c'était le prélude indispensable de toute opération de guerre en Macédoine. L'attachement idéal des Serbes aux deux provinces occupées n'était pas une pure chimère. En réalité, le maintien de l'état de droit créé en Bosnie et en Herzégovine par le traité de Berlin était pour eux la meilleure garantie, la seule efficace, que leur propre indépendance serait respectée. L'incorporation officielle, définitive, des deux provinces ne les touche pas seu-

lement au cœur. Elle leur apparaît comme la première menace d'une absorption, comme l'opération préliminaire d'une grande manœuvre d'encerclement. Comment pourrait-on les blâmer d'assister, frémissants et angoissés, au développement d'une crise d'où dépend leur existence ?

Aux préoccupations patriotiques se joignent les intérêts économiques. Enfermée entre le Danube, la Save, la Drina et les Balkans, coupée de la mer par la Bosnie et l'Herzégovine, séparée du Monténégro par le sandjak de Novi-Bazar> la Serbie n'a de communications avec l'Europe centrale que par le territoire austro-hongrois. Elle ne trouve de débouché pour ses produits que chez sa grande voisine. La voie Nich-Salonique est trop longue, trop lente et trop coûteuse. Ce sont donc les Cabinets de Vienne et de Pest qui, par les tarifs de chemins de fer, par les restrictions de police, par les règlements sanitaires, ouvrent ou ferment, à leur guise, la porte aux produits serbes. Les traités de commerce ne prémunissent pas contre certaines interdictions opportunes. On a toujours sous la main un article du règlement vétérinaire pour empêcher l'importation des porcs quand on veut exercer une pression à Belgrade. Les transports internationaux ne sont même pas assurés. Vienne fait arrêter, en cours de route, les marchandises qu'il lui déplaît de voir arriver à Belgrade. Dernièrement le gouvernement austro-hongrois a retenu à Semlin du matériel de chemin de fer expédié régulièrement. Pour se justifier il a publié une sorte d'oukase qui assimile certaines marchandises à la contrebande de guerre, et il l'applique, rétroactivement, en pleine paix. Il a également retenu du matériel de guerre pour le transport duquel son autorisation avait été demandée et accordée. LTn Etat n'a-t-il pas des raisons de craindre pour son indépendance quand ses voi-

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