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LES MANIFESTATIONS ITALIENNES

ses combinaisons. Son silence, toutefois, ne peut plus durer longtemps. Il a fait annoncer qu'il exposerait, cette semaine, sa politique à la Chambre des députés et qu'il poserait la question de confiance. Mais les manifestations que viennent de provoquer dans toute l'Italie les troubles universitaires de Vienne rendront sa tâche particulièrement difficile.

La bataille que se sont livrée en pleine rue les étudiants italiens et les étudiants allemands de l'Université de Vienne a soulevé à Rome et dans les principales villes de la péninsule une émotion qui a pris rapidement des proportions inquiétantes. Avec la fougue qui la caractérise, la population italienne a pris parti pour les frères irredenti qui réclament depuis des années la création d'une Université où ils puissent suivre des cours faits dans leur langue maternelle. Elle s'est livrée, devant les ambassades d'Autriche-Hongrie près le Quirinal et le Vatican, à de bruyantes démonstrations. Sans l'intervention énergique de la police, le palais de Venise et le palais Chigi risquaient d'être envahis. Hier dimanche, dans un meeting de vingt mille personnes, au jardin botanique de Rome, des orateurs appartenant à tous les partis ont protesté contre l'attitude du gouvernement autrichien. Le soir, les manifestants se sont portés ^n masse sur la place Colonna ; il a fallu plusieurs bataillons pour les refouler et les empêcher de commettre des voies de fait contre l'ambassade autrichienne. Ces manifestations ont placé le gouvernement italien dans une situation très délicate. Au point de vue diplomatique, elles sont de nature à provoquer des réclamations, des demandes de satisfaction. On assure même déjà que M. Tittoni a reçu de Vienne à cet égard des indications formelles. Au point de vue des faits eux-mêmes, les étudiants de langue itaHenne, blessés ou molestés, sont des sujets autri-

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chiens, et le Cabinet de Rome n'a pas qualité pour prendre leur défense. D'ailleurs, s'ils ont reçu des coups, il est sûr qu'ils en ont donné de leur côté, et il n'est pas prouvé que la responsabilité de la bagarre incombe aux étudiants de langue allemande.

Mais les rixes de Vienne sont plutôt un prétexte. Malgré le vif intérêt qu'on prend en Italie à la création d'une Université de langue italienne à Trieste, la population n'aurait pas été émue à ce point si elle ne sentait pas depuis deux mois que la politique autrichienne dans les Balkans menaçait la position de l'Italie dans le bassin de l'Adriatique. Elle est insuffisamment rassurée par les déclarations ministérielles. Elle attend avec anxiété les explications de M. Tittoni. C'est sans doute à cet état d'esprit qu'il faut rattacher la nouvelle de la conclusion d'un accord italorusse sur les affaires d'Orient. Il est peu vraisemblable qu'il s'agisse d'un véritable traité. La fidélité du Cabinet de Rome à la Triple Alliance lui permettrait difficilement de se lier les mains à Pétersbourg dans une affaire de toute première importance où l'un des deux alliés est engagé à fond. Mais M. Tittoni doit avoir à cœur d'éclaircir les assurances qui lui ont été données à Salzbourg. Les intérêts traditionnels de son pays dans le bassin de^l 'Adriatique, la parenté de la famille royale avec la maison princière de Monténégro, sans parler de l'excitation populaire, lui donnent le droit d'interroger et de se prémunir. Il est naturel qu'une conversation se soit engagée à ce sujet entre Rome et Pétersbourg. Il est probable qu'elle ait abouti à un échange de vues communes. On ne pourrait que s'en féliciter dans l'intérêt de la paix. L'entente de la Russie et de l'Italie sur ce terrain est de nature à hâter l'heureuse solution des difficultés qui retardent la réunion de la Conférence.

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