‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 48 sur 134 · LE JUBILE DE FRANÇOIS-JOSEPH I · texte numérisé non relu

LE JUBILE DE FRANÇOIS-JOSEPH I

LES FÊTES DU JUBILÉ SE CÉLÈBRENT DANS LE DÉSORDRE ET L*ANXIÉTÉ. — ABANDON DE SA MISSION D'ÉQUILIBRE PAR L'AUTRICHE. — NÉCESSITÉ DE REVENIR A LA POLITIQUE D'ÉQUILIBRE.

i^^ décembre 1908.

DEMAIN, 2 décembre, il y aura soixante ans que l'empereur François-Joseph est monté sur le trône. L'abdication de son oncle, Ferdinand I^^, et la renonciation de son père, l'archiduc François-Charles, l'avaient brusquement porté au pouvoir à un moment où la révolution, qui secouait presque toute l'Europe, ébranlait les fondements de la vieille monarchie des Habsbourg. Tout de suite, le jeune souverain eut à faire face à la fois à la guerre extérieure et à l'insurrection intérieure. Il lui fallut combattre en même temps les Piémontais entrés en Lombardie pour affranchir l'Italie annexée, et la Hongrie rebelle constituée en république sous la présidence de Kossuth. Il réussit à reconquérir la Lombardo-Vénétie par ses propres moyens. Mais il lui fallut le secours de 100.000 soldats de Nicolas P^ pour venir à bout des Hongrois. Commencé dans les troubles de la rue et le bruit des combats, continué dans de multiples épreuves, le règne semblait s'achever, sinon dans la gloire, du moins dans la paix, dans la prospérité, dans le respect universel. Nestor des monarques, François- Joseph I^^ s'apprêtait à célébrer le soixantième anniver-

saire de son avènement dans des fêtes encore plus brillantes^ plus réconfortantes que celles de son jubilé cinquantenaire. Une mauvaise inspiration en a décidé autrement. Le 2 décembre 1908 ressemble plutôt au 2 décembre 1848 qu'au 2 décembre. 1898. Les illuminations ont des reflets d'incendie ; les réjouissances publiques ont des airs de bataille. A Prague et à Trieste, on fête le nouveau jubilé sous la menace de l'état de siège. Si le vénérable empereur ne se ressaisit point, il risque de voir son long règne s'achever dans les préoccupations qui en avaient attristé le début. Après la perte de la prépondérance allemande, il restait à l'Autriche un grand rôle à jouer. Placée au centre de l'Europe, entre les Allemands, les Latins et les Slaves, composée de tronçons divers se rattachant par la race aux Etats limitrophes, elle devait contenir les convoitises des voisins ambitieux et concentrer ses forces pour empêcher sa propre désagrégation. Le souci de la conservation l'engageait à se montrer désintéressée, A l'extérieur, elle pouvait êtrearbitre. A l'intérieur, elle devait-s 'attacher à réconcilier ses peuples, à nouer solidement le faisceau impérial. Elle avait tout à gagner à donner à ses pays et royaumes les satisfactions auxquelles ils aspiraient. Elle eût ainsi conquis leur affection et constitué un centre d'attraction qui eût été d'autant plus puissant au delà de ses frontières qu'elle aurait donné l'exemple d'un meilleur gouvernement. L'empereur François-Joseph l'a certainement senti. Dans une certaine mesure, il a voulu remplir ce programme. L'inauguration du dualisme en 1867 a été un pas en ce sens. Malheureusement, cette grande réforme a été opérée sous la pression des événements au lieu de l'être spontanément. Elle a été incomplète. Elle portait en elle-même d'autres germes de dissociation. Elle a livré certains peuples à là^ Hongrie sans libérer les autres de la domination centrali-

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