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LE CONGRES

LA QUESTION DU CONGRÈS EUROPéEN. — LE DISCOURS DE M. TITTONI A CARATE-BRIANÇA .

7 octobre 1908.

'idée de la réunion d'un Congrès fait des progrès. A

mesure que se déroulent les événements, il devient de plus en plus clair que les deux graves modifications apportées ces jours-ci au traité de Berlin ne sont pas, dans l'intention de certains des gouvernements qui les ont provoquées ou connues d'avance, destinées à rester isolées. Elles se rattachent à d'autres combinaisons que les intéressés n'ont pas encore cru devoir révéler. Il saute aux yeux qu'il a été concerté, en dehors de plusieurs des puissances signataires du traité de Berlin, un plan de remaniement du statu qiio balkanique. Ce remaniement était-il primitivement limité à quelques articles seulement } Est-ce, au contraire, l'impossibilité de le faire accepter tel quel qui a déterminé ses auteurs à l'étendre ? Les négociations auxquelles il a donné lieu ont-elles été préparées, ou bien improvisées au cours des entrevues récentes ? L'histoire le dira. Pour l'instant, il convient seulement de constater qu'il devient de plus en plus difficile de restreindre l'examen de la question d'Orient à la Bulgarie et à la Bosnie-Herzégovine. Dans le discours que M. Tittoni a prononcé . hier à Carate-Brianza, le ministre des Affaires étrangères d'Italie

a fait trois déclarations importantes. Il a dit tout d'abord que les événements, quel qu'en fût le développement, ne surprendraient pas l'Italie, qu'ils la trouveraient préparée et nullement isolée. Il a ajouté que « les expédients trop subtils » créés à Berlin par la diplomatie ne résistaient pas à l'action du temps. Enfin, il a exprimé la certitude que les changements dans la péninsule balkanique ne troubleraient pas l'équilibre des intérêts au détriment de son pays. On doit conclure de là que l'Italie connaissait les violations projetées du traité de Berlin et qu'elle est disposée à les ratifier dans la mesure où certaines satisfactions assureraient l'équilibre. D'autre part, la Russie n'admettra pas que plusieurs des dispositions capitales de l'Acte de 1878 soient déchirées sans que disparaissent également celles qui étaient plus particulièrement dirigées contre elle. Dans l'esprit de M. Isvolsky, la liberté de la navigation des détroits est certainement liée de la façon la plus étroite au remaniement balkanique. Enfin, il semble impossible de ne pas s'occuper des peuples plus faibles, mais non moins dignes d'intérêt, dont les destinées sont gravement affectées par les changements convenus à leur insu. La justice la plus élémentaire et le souci de la paix l'exigent.

La réunion d'un Congrès appelé à délibérer sur ces graves sujets est donc toute naturelle, conforme au droit des gens et à tous les précédents. Aussi les Cabinets de Paris, de Londres et de Pétersbourg se sont-ils mis immédiatement en rapport, comme nous l'avions fait pressentir, pour élaborer le programme de la future Assemblée européenne. Il va de soi que les points de ce programme doivent être minutieusemertt précisés et qu'un accord préalable sur les principales solutions doit être préalablement établi. Un Congrès ne peut aboutir, pacifiquement, que si les négociations préliminaires font prévoir que les participants

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