LES NÉGOCIATIONS A USTRO- TURQUES
blic ottoman relevée par les juristes du Ballplatz fût tranchée en sa faveur et que la valeur du domaine reconnu d'Etat fût fixée par des experts, autant dire qu'elle ne toucherait jamais rien. Seulement, si elle acceptait dès maintenant en principe la proposition telle qu'elle a été formulée par le marquis Pallavicini, elle aurait les mains liées. Le baron d'Aehrenthal aurait trouvé là une ingénieuse combinaison pour triompher des résistances de la Porte sans bourse délier.
On comprend très bien que, par amour-propre, pour ménager les susceptibilités de l'opinion, pour faciliter le vote des crédits par les Parlements de Vienne et de Pest, le gouvernement austro-hongrois offre, au lieu d'une indemnité pure et simple, une somme qui est censée représenter la valeur de l'ancien domaine de l'Etat ottoman en Bosnie- Herzégovine. Encore faut-il pourtant que cette offre soit sérieuse. Elle ne peut être prise en considération à Constantinople que si elle est ferme, que si le versement intégral de la somme stipulée est certain. Par esprit de conciliation, malgré de graves objections, le Cabinet ottoman peut faire abstraction du principe de la participation de ses deux anciennes provinces à la dette publique et accepter la discussion sur le terrain sur lequel s'est réfugié le baron d'Aehrenthal. Mais il serait bien étonnant qu'il cédât sur l'autre point. Il y a donc bien des probabilités pour que les négociations durent quelque temps. Les dépêches de diverses provenances publiées à ce sujet doivent être accueillies avec un certain scepticisme.
Si l'entente se conclut entre Vienne et Constant inople sur la base d'une indemnité, il faudra s'en réjouir sincèrement, car elle constituera un précieux précédent pour la solution d'autres difficultés orientales. Toutefois, il ne faudrait pas se laisser aller à croire que la question d'Orient
n'est qu'une question d'argent. Cette opinion est trop répandue dans le monde des financiers et des amis de la paix à tout prix. On y prend trop facilement ses désirs pour des réalités, et l'on y suppose aux peuples la mentalité dominante à. la Bourse. On s'exposerait à de douloureux réveils. Il est extrêmement désirable qu'on commence par régler avec de l'argent les différends qui se prêtent à une solution pécuniaire. Mais il est essentiel de ne pas perdre de vue les autres conflits en germe dans la crise actuelle. On commettrait une lourde erreur — qu'on payerait très cher — et une mauvaise action en ne se préoccupant que des questions d'argent.
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LES NEGOCIATIONS ORIENJALES
ACCEPTATION PAR LA TURQUIE DU' PRINCIPE DE l'iNDEMNITÉ. — POURPARLERS TURCO-BULGARES. — LA TURQUIE ET LES ETATS BALKANIQUES.
13 janvier 1909.
LES dépêches de Constantinople et de Vienne parvenues hier soir à Paris ont annoncé que le Cabinet ottoman avait accepté l'offre de T Autriche-Hongrie. Sous cette forme, la nouvelle n'est pas tout à fait exacte, ou du moins elle donne une fausse idée de l'état réel de la négociation. Ce qui paraît établi, c'est que Kiamil Pacha a informé le marquis Pallavicini que le 'gouvernement turc acceptait en principe le règlement du conflit existant entre les deux pays au moyen d'une indemnité. Tout le monde, eneftet, prévoyait cette réponse. Mais le grand-vizir n'a pas déclaré qu'il était d'accord sur le montant de la somme proposée et qu'il consentait à ce que le versement fût subordonné à la solution de la question juridique relative à la propriété des anciens biens d'Etat turcs dans les deux provinces annexées. C'est donc la base des négociations et non la proposition elle-même qui a été acceptée. Kiamil Pacha doit faire aujourd'hui même devant le Parlement un exposé général de la politique étrangère. On ne tardera donc pas à être fixé d'une manière précise sur l'état de la question.
Quoi qu'il en soit, il y a tout lieu d'espérer dès maintenant que le conflit austro-turc sera réglé à l'amiable. Le baron d'Aehrenthal ne peut pas songer sérieusement à maintenir l'étrange réserve contenue dans le dernier paragraphe de sa note. On doit également, après quelques tiraillements, finir par s'entendre sur le chiffre de l'indemnité. Des pourparlers de même genre sont engagés entre Constantinople et Sofia et aboutiront vraisemblement aussi à un heureux résultat. Deux gros points noirs disparaî- . tront ainsi de l'horizon politique. Mais il en est d'autres, plus menaçants peut-être. En premier lieu, le conflit austro-serbe. On affecte de dire à Vienne et dans les différents journaux qui puisent leurs inspirations au Ballplatz, qu'il n'y a pas de question austro-serbe, que la situation de la Serbie n'a pas été modifiée par la proclamation de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine, que le Cabinet de Belgrade n'est en droit d'émettre aucune prétention et que l'agitation serbe, si elle devient un danger pour le repos de l'Europe, devra être réduite par la force. Il semble même que l'un des principaux motifs qui ont déterminé le Cabinet de Vienne à faire des offres pécuniaires à la Porte soit le désir de prévenir une entente serbo-turque et de se retrouver en tête à tête avec le Cabinet de Belgrade. « A nous deux maintenant ! » Telle est l'exclamation que l'on devine entre les lignes de certains journaux autrichiens et hongrois. D'après le Czas^ les troupes autrichiennes, cantonnées en Bosnie, auraient ou recevraient incessamment l'ordre de pénétrer en Serbie dès qu'une bande serbe ferait une incursion de l'autre côté de la frontière. Le journal polonais a la bonté d'ajouter qu'au cas où l'Autriche serait amenée à occuper le territoire serbe, elle ne chercherait aucune acquisition territoriale. Une occupation suffirait en effet, nous en croyons facilement le