LE DISCOURS DE SIR EDOUARD GREY
DISCOURS DE SIR E. GREY A COLDSTREAM. — LES RELATIONS AVEC LA FRANCE ET LA RUSSIE. — LA RÉVOLUTION TURQUE ET LA QUESTION d'oRIENT. — LA QUESTION MILITAIRE
23 janvier 1909.
LE ministre des Affaires étrangères britanniques a prononcé hier, devant ses électeurs de Coldstream, en Ecosse, un important 'discours qui vient à son heure. La poUtique du Cabinet de Londres dans les affaires orientales a été l'objet de commentaires si désobligeants dans une certaine presse, elle a été attaquée par les journaux qui prennent leur mot d'ordre au Ballplatz avec une telle acrimonie, qu'il importait que la vérité fût rétablie par un personnage autorisé. Déjà, lundi dernier, à la Chambre des députés, M. Pichon avait rendu justice, dans la mesure qui convenait au ministre des Affaires étrangères d'un pays étranger, à la parfaite loyauté, à l'esprit sincère de conciliation du gouvernement britannique. Mais Sir Edouard Grey devait tenir à dissiper luimême les malentendus artificiellement créés par les ouvriers de la dislocation de l'Entente cordiale. Il ne pouvait pas laisser s'accréditer la légende qu'il poursuivait une œuvre de guerre alors que tous ses effoxts avaient constamment tendu au rétablissement de l'ordre et de la légalité en Orient. Pendant trop longtemps les
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perturbateurs de cet ordre, les auteurs directs de la crise actuelle, avaient trop cyniquement cherché à déplacer les responsabilités.
Sir Edouard Grey a commencé par se féliciter de voir l'horizon politique rasséréné du côté de l'Orient à la suite de l'accord, conclu en principe, entre l'Autriche et la Turquie. Il a exprimé l'espoir que cet accord devienne définitif, qu'il facilite une entente générale entre les puissances signataires du traité de Berlin, et que la confiance mutuelle entre les gouvernements sorte accrue de cette dure épreuve. Sous ce dernier rapport, a-t-il ajouté, les derniers événements n'ont pas été sans avoir, par certains côtés, un résultat favorable :
Ahs pourparlers avec la France et la Russie ont contribué à faire régner la confiance^ V amitié et la paix en Orient ; il en avait été de même auparavant^ il en sera de même à V avenir à propos des questions auxquelles nous sommes plus directement intéressés et au sujet desquelles nous avons conclu des ententes directes. Le fait qu^au cours des difficidtgs récentes, V Allemagne et V Italie ^alliées de V Autriche, ont continuellement travaillé à la paix, a fait s^ évanouir, au sujet de ces affaires, tout risque de conflit entre nous et cette nation. J'espère que la prochaine visite du roi à V empereur allemand suscitera à Berlin la confiance dans nos bonnes intentions et notre bienveillance. ,
Parlant ensuite de la révolution turque, Sir Edouard Grey a signalé <( la forte et unanime sympathie )) que le nouveau régime inspire à tous les sujets britanniques. C'est pour défendre ce régime, exposé aux pires dangers dès son avènement en conséquence de l'initiative inopportune prise par l'Autriche-Hongrie, que le Cabinet de Londres a prêté à celui de Constantinople tout son appui :
Cependant^ en Autriche, nous avons été injustement et publiquement accusés de poursuivre une politique délibérément malveillante. Je n'attache pas beaucoup d'importance à ces accusations, F atmosphère politique a été surchargée d'électricité, et on a peut-être cru apercevoir que la Grande-Bretagne, dépourvue de frontières continentales , était le plus sûr des paratonnerres.
Mais je ne puis laisser passer l'occasion de déclarer qu'appeler imputations tendancieuses les grossières accusations portées contre nous, c'est faire preuve de modération. Ces accusations sont entièrement inventées ; le mal qu elles font ne réside pas tant dans le ressentiment éprouvé en Angleterre que dans la créance que leur pays d'origine leur a accordée. Ces accusations ont créé ici un état sentimental qui fait obstacle aux relations cordiales entre V opinion publique des deux pays. Elles forment une barrière qu'il n'est pas de notre pouvoir seul, mais qu'il est seulement du pouvoir de la partie adverse de supprimer.
Cette barrière supprimée, on verra que, chez nous, aucune barrière Correspondante n'a été dressée; car, autant que f ai pu en juger, les journaux anglais, tout au moins ceux qui sont connus et dont les opinions o?it du poids, n'ont nullement manifesté la tendance de dépasser les bornes des commentaires équitables, d'envenimer les pourparlers que la question d'Orient a occasionnés entre l'Autriche et nous ; s'il en était autrement, je le regretterais.
Ce langage est suffisamment clair. Il sera sans doute compris à Vienne. Sir Edouard Grey l'a encore accentué en insistant sur l'obligation d'observer u honorablement ^> les obligations dérivant des traités, sur la « conservation intégrale des amitiés particulières actuelles, sur leur renforcement et sur leur coopération dans l'intérêt de la paix.