VIII AVANT-PROPOS
// n'était certainement pas prudent de la part de la Russie, très insuffisamment préparée à la guerre, de patronner un accord serbo-bulgare tendant au démembrement de la Turquie d'Europe. Elle devait craindre d'être entr aînée dans un conflit général dès que, V éventualité prévue s* étant réalisée, V Austro- Allemagne interviendrait pour protéger la Turquie, sa cliente, Si elle a -cru qu'elle pourrait retenir et modérer à sa convenance les deux contractants, elle a montré beaucoup de présomption. La Serbie suivait volontiers ses avis. Mais il n'en était pas de même de la Bulgarie. Tout en faisant preuve dune extrême circonspection, le roi Ferdinand ier se réservait la liberté de ses décisions. De plus il était en relations de grande confiance avec l'Autriche. On le savait à Pétersbourg, mais on s'y flattait que le peuple bulgare resterait en toute circonstance fidèle à la Russie libératrice et saurait, s'il le fallait, ramener son roi à la stricte observation de la politique slave. On crut se prémunir contre toute surprise en faisant insérer dans le traité serbo-bulgare une clause obligeant les deux parties à recourir à l'arbitrage du tsar Nicolas en cas de désaccord entre elles. Mais on ne prévit pas que le gouvernement bulgare chercherait une contre-assurance à Vienne avant la mise en application du traité.
Ce fut pourtant ce qui arriva. A une date qu'on ne peut pas encore fixer avec certitude, mais qui se place dans le courant du printemps de 191 2, la substance, sinon la teneur complète des accords du 29 février "-13 mars, fut communiquée par le gouvernement bulgare à celui de Vienne qui en fit part à celui de Berlin. Le chancelier de Bethmann-Holkveg a reconnu devant le Reichstag, le 2 décembre 191 2, en avoir eu connaissance au commencement de l'été. Les hostilités éclatèrent dans les Balkans dans les premiers jours d'octobre. Les Cabinets de Vienne et de Berlin eurent donc tout le temps nécessaire pour prévenir une conflagration. S'ils avaient eu pour but le