AYANT-PROPOS
plus de 160 millions d'hommes, ne se préoccupant pas de proportionner l'organisation militaire du pays à son immensité et à V envergure de leurs propres desseins, les diplomates russes préparaient avec obstination la prise de possession des Détroits. D'une part ils prétendaient exécuter le testament de Pierrele-Grand, document apocryphe dénué de valeur. D'autre part ils voulaient assurer à l'empire des tsars le libre débouché vers la Méditerranée. Or, en temps de paix, le système en vigueur présentait des garanties satisfaisantes pour la Russie ; il suffisait de l'améliorer légèrement pour le rendre excellent. En temps de guerre, le tsar aurait eu beau étendre sa souveraineté sur les deux rives du Bosphore et de la mer de Marmara ainsi que sur les côtes adjace?ites, il n'aurait pas assuré la liberté de navigation de ses flottes par les Détroits si la maîtrise de la mer Egée n'eût été entre ses propres mains ou entre des mains amies. Comme il ne pouvait être question pour la marine de guerre russe d'acquérir la suprématie, le problème des Détroits se ramenait pour la Russie à l'entente avec la plus grande puissance maritime et au maintien de la paix dans l'État souverain des deux rives de la Marmara. La diplomatie russe reconnut très bien l'utilité de l'entente avec l'Angleterre et fit de ce côté le nécessaire. Malheureusement, de l'autre, elle fit le contraire de ce qu'il fallait. Au lieu de favoriser la paix ottomane, elle se lança dans dis combinaisons compliquées destinées à procurer aux tsars des avantages particuliers. Déjà, en 1908- 1909, M. lsvolsky s'était complètement embrouillé dans ses négociations orientales. En 1912, M. Sazonof ne s'en tira guère mieux.
C'est ainsi que les deux grands groupements européens en vinrent à s'affronter à la fin de 191 2. Déçus par le succès éclatant des États de la Ligue balkanique, les empires centraux prétendirent empêcher ceux-ci, ou du moins certains d'entre eux, do profiter de leurs victoires. Et ils trouvèrent immédia-