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L ATTENTAT DE SERAJEVO

celui des pays d'au-delà de la Save. Mais il devint bientôt évident que cette confusion était intentionnelle, préméditée, et qu'une coterie très influente mettait tout en œuvre pour rendre le gouvernement serbe directement responsable de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de la duchesse de Hohenberg. Lorsqu'on réfléchit que les deux assassins sont sujets austro-hongrois, qu'ils ont accompli leur crime dans la capitale d'une province austro-hongroise, que l'attention de la police austrohongroise avait été préalablement attirée sur eux par la police serbe, et que, malgré les avertissements venus du dehors et du dedans, et malgré les pressentiments de l'archiduc-héritier, les précautions les plus élémentaires n'avaient pas été prises par les autorités locales, cette prétention paraît simplement monstrueuse. Or les principaux journaux de Vienne et de Pest la soutiennent aujourd'hui plus énergiquement que jamais. Avec un cynisme qui ne recule devant aucun moyen, ils ont entrepris de forcer la main au vénérable monarque qui, durement frappé par le destin, doit encore lutter contre son propre entourage. Ce ne sont plus seulement les organes du parti clérical et du grand état-major qui mènent la campagne ; ce sont encore les journaux qui ont toujours affecté de défendre les idées de liberté, de justice, et même les idées pacifistes. Après avoir procédé par allégations tendancieuses, ils recourent maintenant aux affirmations nettement mensongères. Depuis plus d'une semaine, ils publient coup sur coup des nouvelles fausses. Ainsi, ils ont annoncé que l'enquête judiciaire avait établi que le crime de Serajévo avait été préparé en Serbie avec le concours d'autorités serbes. Pourtant, jusqu'ici, rien, absolument rien de l'enquête officielle n'a été divulgué, et les éléments d'appréciation recueillis d'autre part tendent plutôt à détruire ce

soupçon. Puis on a déclaré, comme venant de source officielle, que le Cabinet de Vienne avait communiqué aux grandes puissances le texte ou la substance des conditions qu'il avait décidé de formuler à Belgrade. Or le Cabinet de Vienne n'a fait aucune communication de ce genre aux grandes puissances ; à la date d'hier, il n'était même pas sûr qu'il eût arrêté le texte des conditions ou plutôt des observations en question. Cela ne trouble point nos confrères des rives du Danube. Tenant la communication pour faite, ils disent qu'elle a reçu partout un accueil favorable et qu'aucune grande puissance n'a l'intention d'intervenir dans le conflit qu'ils préparent. Ils assurent notamment que leur politique d'agression trouvera en France « une approbation générale ».

Ici, l'effronterie dépasse toutes les bornes. Tous les grands journaux français, croyons-nous, ou du moins la très grande majorité d'entre eux ont protesté d'avance contre une sommation austro-hongroise qui mettrait en cause les droits de souveraineté de la Serbie. Tous, il est vrai, et très justement, ont engagé et engagent encore la Serbie à se prêter à toutes les enquêtes compatibles avec le respect de son indépendance et de sa dignité. Il est de l'intérêt de la Serbie elle-même de ne tolérer sur son territoire aucune préparation de complot et de ne donner en rien prise à sa grande voisine. Mais, à notre connaissance, il n'a pas été imprimé à Paris un seul article permettant de croire que la France resterait indifférente en présence du règlement par les armes d'un conflit austro-serbe. Comment, dès lors, a-t-on affirmé que la répression par les armes du « grand-serbisme » rencontrera en France une approbation générale ? Si nos confrères de Vienne et de Pest ont à Paris des correspondants dignes de ce nom, c'est un devoir d'honneur pour ceux-ci de rectifier des

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contre-vérités aussi flagrantes. Ce serait aussi de leur part un devoir patriotique, car si l'opinion publique dans la monarchie dualiste n'est pas tirée des erreurs grossières où l'on a entrepris de l'entretenir, l'Autriche-Hongrie marche vers une aventure où elle risquera toutes ses destinées.

En effet, il est aussi certain qu'une chose peut l'être que la Russie ne laissera point toucher à l'indépendance et à l'intégrité territoriale de la Serbie. Et elle ne sera point seule. Le Times a publié hier à ce sujet un article magistral, écrit avec une extrême modération, mais qui ne laisse aucun doute sur les conséquences qu'aurait en Europe une initiative belliqueuse de l'Autriche-Hongrie. S'il n'a pas été fait d'allusion au conflit austro-serbe dans les toasts de Peterhof, ce n'est point, comme on l'a proclamé à Vienne avec autant d'empressement que peu de clairvoyance, parce que la Russie et la France étaient résolues à s'en désintéresser ; c'est par modération naturelle, par réserve, par répugnance pour les manifestations bruyantes, et par égard pour l'empereur François-Joseph vis-à-vis duquel un avertissement de ce genre, dans les circonstances actuelles, aurait été tout à fait déplacé. « Un danger pour l'Europe », tel est le titre de l'article du Times. C'est bien, en effet, d'un danger européen qu'il s'agit.

l'affaire marocaine a la cour d'assises. — LE PROCÈS

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