DISCOURS DE M. BRIAND. — LES CONDITIONS DE LA PAIX
4 novembre 191 5.
Il n'était pas besoin d'une déclaration ministérielle pour que l'Europe connût la volonté de la France de mener la guerre actuelle jusqu'à la soumission des nations de proie. Aucun gouvernement ne pourrait s'engager dans des négociations prématurées sans être désavoué par le pays et balayé par un mouvement irrésistible d'opinion publique. Nos soldats savent pourquoi ils se battent, et ils entendent que la lutte continue jusqu'à ce que leur but soit atteint. Les familles françaises savent pourquoi elles consentent les plus douloureux sacrifices, et elles veulent que ces sacrifices reçoivent finalement leur récompense. Ni les uns ni les autres n'admettront jamais une paix qui ne donne point satisfaction à des espoirs indéracinables et qui laisse planer sur l'avenir les mêmes menaces qu'avant la grande crise de 1914. M. Briand ne pouvait donc tenir hier un autre langage que celui de M. Viviani le 4 août 1914. Mais il convient de le remercier d'avoir exprimé la volonté nationale en des termes et sur un ton qui lui ont valu, avec de longues acclamations, l'approbation unanime de la Chambre.
Le président du Conseil ne pouvait spécifier les conditions détaillées de la paix future. Depuis quinze mois nous n'avons cessé de protester contre la manie de certains esprits d'élucubrer des projets de remaniement général de l'Europe. Nous n'en sommes point à la phase des partages. Comme M. Briand a eu le courage de le dire, le moment où nous signerons la paix est lointain
encore et, d'ici là, bien des événements peuvent se passer qui modifieront de fond en comble les plans des architectes trop pressés de la nouvelle Europe. En ce moment, et pour longtemps encore, tous nos efforts doivent se concentrer sur les moyens de libérer la France et les pays foulés aux pieds par les barbares. Mais il est un certain nombre de conditions qu'il est permis et nécessaire d'envisager dès maintenant. Ce sont celles qui sont gravées dans le cœur et le cerveau de tous les Français, qui constituent la raison d'être de la continuation de la guerre; celles que M. Briand a posées hier quand il a parlé de la libération de notre sol, de la reprise des provinces arrachées en 1871, de la restitution de la Belgique martyre dans l'intégrité de ses libertés et de ses droits, de l'affranchissement de la Serbie et de l'abolition des dominations tyranniques. Ce programme de justice élémentaire est un programme minimum qui comporte des extensions en divers sens. Mais il est instinctivment si bien considéré comme un extrême minimum que, lorsqu'une phrase mal comprise du chef du parti socialiste sembla mettre en doute la solution de la question d'Alsace-Lorraine, une immense protestation s'éleva qui amena M. Renaudel à se déclarer d'accord sur ce sujet essentiel avec le reste de la Chambre.
Si M. Briand avait voulu préciser certains points, il aurait certainement dit que, dans l'Europe reconstituée, la Belgique devra être mise désormais à l'abri d'une nouvelle violation de son territoire non plus seulement par des articles de traité, mais par des mesures matérielles offrant des garanties suffisantes. Il aurait pu ajouter que la Serbie, rétablie dans sa pleine indépendance et dans la possession de l'intégrité de son territoire, devra former, avec les Yougoslaves rendus à la liberté, le boulevard de Gauvain. — T. VIII. 30
l'Orient contre le germanisme. On ne voit que trop aujourd'hui que la Roumanie est incapable de remplir ce rôle. Ce peuple latin, en qui de grandes espérances avaient été mises, se trouve comprimé par des influences germaniques qui ont poussé de profondes racines autour du trône et du gouvernement. Loin de fermer la porte aux envahisseurs de l'Orient, le Cabinet de Bucarest la leur ouvre toute grande. Par son inertie et ses conseils décourageants, il retient la Grèce dans une neutralité funeste. Il n'ose même pas tendre la main aux frères transylvains qu'il laisse périr par d'zar.cs de mille en combattant pour une cause sacrilège. « Tout est perdu, même l'honneur », écrivait l'autre jour M. Take Jonesco. Hélas! malgré les sympathies sincères dont le peuple roumain jouit chez les Latins d'Cccident, on ne peut plus compter sur lui pour défendre les libertés des peuples d'Orient. Cette mission est déAolue à la Serbie cui sait, sans hésitation, donner la dernière rcutte de SGn sang. Ces sacrifice s- là sont féconds.
Dans l'appréciation des chances des belligérants, on perd trop souvent de \ue l'aspect maritime de la guerre. On voit trop exclusivement les gages saisis sur le continent européen par les Austro-Allemands, et pas assez ceux dont les Alliés se sont emparés au delà des mers, et la mer elle-même. De toute façon, nos raisons d'espérer sont justifiées. Mais il est bon de constater aussi que, dans la lutte où sont engagés les athlètes des deux camps, et où la \ictoire doit rester à celui qui gardera le plus longtemps son souffle, il manque un poumon au champion geimanieue, le poumon de la mer.
-%tf<ktf\U\tS\if\êf\tS\lf\l*\t*\èf\i*\LS\if\i'\*r\iS \lS\if \*t \M\«fW<l/W\U www \*«-
Avant-Propos v
Avertissement xn