LA PRESSION SUR LA ROUMANIE. — L AUTRICHE ET L'ALLEMAGNE
24 janvier 1915.
Les projets d'intervention roumaine sont plus que jamais à l'ordre du jour. Ils n'ont jamais cessé d'être l'objet des préoccupations européennes depuis le commencement de la guerre. Mais, à mesure qu'on se rapproche de la date indiquée pour cette intervention par les hommes d'État roumains qui n'ont pas de responsabilité gouvernementale, on sent un peu plus de nervosité dans l'opinion publique et d'activité dans les manœuvres diplomatiques austro-allemandes. Hier soir une dépêche de Petrograd, publiée par un de nos confrères, donnait même pour certaine la remise d'une note comminatoire de l'Allemagne à Bucarest. D'après cette information, le ministre de Guillaume II aurait déclaré à M. Porumbaro que son gouvernement considérait comme des actes hostiles envers son alliée l'Autriche-Hongrie et ne répondant pas aux relations amicales entretenues par l'Allemagne et la Roumanie les deux faits suivants :
i° Le gouvernement roumain a donné, relativement à la mobilisation, des instructions aux préfets de province dans lesquelles, paraît-il, on indique que la Roumanie commencerait sous peu les hostilités contre l'Autriche-Hongrie ;
20 Le gouvernement roumain non seulement n'empêcherait point, mais favoriserait par tous les moyens la diffusion en Transylvanie de proclamations révolutionnaires destinées à fomenter un soulèvement de la population roumaine et sa séparation de la Hongrie.
Ce matin la nouvelle est télégraphiée de Londres à Paris, à d'autres journaux et à l'agence des Balkans en Gauvain. — T. VIL 30
termes presque identiques. Cependant dans le courant de la rnatinée aucune confirmation n'en était parvenue à Paris. L'agence Havas a publié la note suivante à ce sujet :
Dans les cercles officiels français on n'a pas confirmation de la nouvelle d'après laquelle le ministre d'Allemagne à Bucarest aurait remis au ministre des affaires étrangères de Roumanie une note officielle protestant contre l'attitude observée par la Roumanie vis-à-vis de l'Autriche-Hongrie.
On doit d'ailleurs remarquer qu'une telle démarche aurafit dû être faite par le ministre d'Autriche-Hongrie à Bucarest, plutôt que par le ministre d'Allemagne.
On sera promptement fixé sur l'exactitude de l'information en question. Mais il n'est nullement improbable que la démarche prêtée au Cabinet de Berlin ait été faite, soit dans les termes communiqués, soit en d'autres analogues. Si l'Allemagne en a pris l'initiative, c'est vraisembl . blement afin de ne pas couper les ponts derrière elle et de produire sur le gouvernement roumain une plus forte impression. De la part du Cabinet de Vienne, la note aurait eu la portée d'un ultimatum qu'il eût fallu frire suivre de mesures militaires immédiates au cas où M. Porumbaro n'eût pas fourni des assurances catégoriques de neutralité. De la part de l'Allemagne, il n'en est pas tout à fait de même ; la démarche peut n'être qu'une suprême tentative d intimidation.
Le moment semble aussi bien choisi, L'archiduc Charles-François-Joseph et le baron Burian corfèrent aujourd'hui avec Guillaume II et ses ministres au quartier gérerai allemand. La conférence doit se continuer demain à Berlin. D'autre part, le comte Stuergkh, présider t du Conseil d'Autriche, aurait remis sa démission à l'empereur François-Joseph, et le prince de Hohenlohe, ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Berlin, serait arrivé
vendredi à Bucarest. Tout cela indique que des résolutions d'une extrême, gravité se concertent entre l'Allemagne et l' Autriche-Hongrie, et que l'attitude de la Roumanie en est le pivot. Il est donc assez naturel que les gouvernements allemand et austro-hongrois tiennent à être fixés sur la politique de la Roumanie avant d'arrêter entre eux des décisions définitives d'une importance exceptionnelle.
L'archiduc-héritier doit également désirer savoir à quoi s'en tenir sur l'influence de l'Allemagne à Bucarest et sur la sincérité de ses efforts diplomatiques. Guillaume II avait promis à Vienne que la Roumanie marcherait avec lui ou tout au moins resterait neutre. Son alliée peut le mettre en demeure de tenir sa promesse. Il est impossible, en effet, que l'on ne se soit pas aperçu à Vienne et à Pest du double jeu de l'Allemagne pour qui l' Autriche-Hongrie, est à la fois une alliée et une proie : une alliée en cas de succès de l'entreprise commune, une proie à partager en cas d'échec. Dans l'entourage de François-Joseph, on doit même commencer à s'apercevoir qu'une victoire allemande, après la ruine du prestige militaire austro-hongrois en Galicie et en Serbie, entraînerait fatalement l'assujettissement de fait de la monarchie dualiste en Europe, et sa subordination en Orient à l'empire germanique. En conséquence, de toute façon, l'intérêt de l'Au triche-Hongrie lui commande de liquider le plus tôt possible une entreprise dont la continuation menace son existence même. La question est de savoir si elle est encore en état de parler d'égale à égale à son alliée. Elle a commis une faute irréparable en engageai t avec sa vieille rivale une guerre commune. Le souvenir de h guerre des duchés aurait dû pourtant la retenir. Il est dans les traditions invétérées de la Prusse — l'Allemagne p russifiée
se confond avec la Prusse — de se servir de ses alliés et de les dépouiller ensuite.
DE L INFLUENCE DES OPERATIONS MILITAIRES EN ORIENT SUR LE FRONT OCCIDENTAL.
26 janvier 191 5.
Presque toute la presse de la Triple-Entente reconnaît aujourd'hui l'importance de premier ordre du rôle de la Serbie dans l'ensemble des opérations militaires en Europe. Cette conviction, que nous nous efforçons depuis longtemps de propager, s'est formée un peu lentement dans l'opinion publique. On n'a pas découvert du premier coup d'œil l'influence capitale que pourraient exercer sur la situation des armées françaises et russes la mise hors de cause de la Serbie, l'occupation de la ligne Belgrade-Nich-Uskub par les Austro-Hongrois et la jonction de ceux-ci avec les Bulgares. Quoique se déroulant à plusieurs milliers de kilomètres des fronts où luttent les Alliés, ces événements seraient aussi désastreux pour nous que la perte d'une très grande bataille en Belgique ou en Pologne. C'est pourquoi nous avons le même intérêt à mettre les Serbes en état de repousser la nouvelle attaque préparée contre eux qu'à ravitailler nos propres troupes. Si les soldats de François-Joseph campaient à Nich ou Uskub, l'Austro-Allemagne tiendrait tout l'Orient de la Save à la frontière d'Egypte. Avec l'active collaboration de la Bulgarie, elle organiserait ces immenses régions , suivant ses méthodes et en tirerait des ressources presque illimitées. La Roumanie serait ligotée et la Grèce acculée* La question est tellement grave que les mesures néces-
saires doivent être prises en toute diligence et leur prompte exécution assurée avec une extrême rigueur. Le moment n'est point à la paperasserie. L'accomplissement des sacro-saintes formalités réglementaires devient ici accessoire. Toutes les énergies doivent être concentrées sur l'action et la préparation de l'action. Un fonctionnaire n'a point rempli son devoir quand il s'est acquitté de sa tâche suivant la forme ordinaire ; dans des crises d'existence nationale comme celle-ci, il doit veiller encore à ce que pas une minute ne soit perdue. Toutes les minutes sont précieuses. Il ne faut point se laisser prendre anx nouvelles transmises d'ici ou de là d'après lesquelles, pour telle ou telle raison, l'Allemagne et l'Autriche-Hoigrie se livrent de la Drave auy Carpathes à de simples démonstrations qui ne seront pas suivies d'effet. Il est nécessaire d'agir comme si l'effet redouté devait se produire. Depuis des mois on parle beaucoup de la Bulgarie et de l'utilité, pour la Triple-Entente, de la gagner à ses vues. Eh bien! le seul moyen pour la Triple-En ter. te de s'assurer la neutralité sincère — ou le concours éventuel — de la Bulgarie est de lui démontrer par des actes que la Serbie sera défendue envers et contre tous.
De l'aveu même de M. Ghénadief, qui ne cache nullemment sa pensée à ses interlocuteurs de Rome, le gouvernement bulgare considère la Turquie, ennemie déclarée de la Triple-Entente, comme une amie — il aurait pu dire une alliée — qu'il ne veut gêner en aucune hypothèse. Hier encore il disait au correspondant d'un de nos confrères parisiens que la Thrace sans Constantinople ne présentait aucun intérêt pour son pays. Il ajoutait perfidement que la Bulgarie ne saurait contrecarrer les visées de la Russie sur Constantinople. Ce désintéressement est admirable! A l'automne de 1912, la Bulgarie a perdu la
grar.de partie macédonienne pour avoir tenté d'enlever l'ancienne Byzance. Son urinée est allée se briser sur les ligr es de Tchataldja alors que la Turquie était prête à céder toutes ses possessions d'Europe pour sauver Constat tinop le. Ce n'est point par considération pour le tsar libérateur que le tsar Ferdinand a dû lâcher prise. Ce n'est pas davantage pour être agréable à une quelconque des puissances de la Triple-Entente que la Bulgarie limitera maii tenant ses ambitions d'un côté ou de l'autre. Elle se décidera en faveur du groupe qui lui paraîtra en définitive le plus fort. Pour gagner ses bonnes grâces il faut donc être fort et montrer qu'on l'est.
Il semble que le moment soit venu d'envisager dans ces régions de l'Orient une activité plus grande. D'après des informations venues de diverses villes de l'empire ottoman, la population de l'empire commencerait à trouver lourd le joug de l'Union et Progrès. On parle d'émeutes et de mutineries. Rien n'est plus vraisemblable. Mais le proverbe : « Aide-toi, le ciel t'aidera » trouve ici une application opportune. Il serait d'une extrême imprudence de compter sur ces manifestations, vraies ou fausses, pour amener un changement de régime en Turquie. Tout l'empire ottoman est matériellement entre les mains des Allemands. 11 re leur échappera point parce que des mécontents auront crié plus ou moins fort. Tout mouvement sérieux en Turquie doit s'appuyer sur une puissance étrangère. En temps de guerre, ce concours ne peut être que militaire. Sans rien préciser qui soit hors de propos, on peut dire que le point où frapper est tout désigné. Depuis le mois d'août, on s'est trop engagé dans le maquis des négociations orientales ; les négociations n'aboutiront que si l'on y joint l'action. Il ne faut pas oublier que nous sommes en temps de guerre.
POLÉMIQUE AN GLO- ALLEMANDE. — M. TAKE JONESCO ET ET LE MARQUIS PALLAVICINI. — LA « NOUVELLE PRESSE LIBRE » ET L'ENTREVUE DE KONOPICHT.
27 janvier 1915.
On ne peut réfuter toutes les versions mensongères propagées au sujet des origines de la guerre par les hommes politiques et les journaux germ.aniques. Il faudrait chaque jour répéter ce qui a été dit cent fois depuis le mois d'août et ce qui est consigné dans des documents diplomatiques d'une authenticité incontestée. D'ailleurs, les réfutations venues de France ou d'Angleterre ne parviennent nulle part en Austro-Allemagne ; on y tient le public dans l'ignorance totale de ce qui s'écrit et se dit à l'étranger sur les conditions où s'est engagée la grande lutte actuelle. La Gazette de Cologne reprochait ces jours-ci à la Triple-Entente de mener contre l'Allemagne une campagne de presse dénuée d'esprit chevaleresque. De la part d'un organe qui fait métier depuis le commencement de 1914 d'attiser la haine et les préventions germaniques contre la France et la Russie, le reproche est curieux. De ce côté-ci du front, nous ne citons que des faits contrôlés et nous prenons grand soin de relever dans les journaux allemands qui nous parviennent tout ce qui est articulé contre nous. Nos confrères d'outre- Rhin au contraire s'abstiennent complètement de soumettre à leurs lecteurs les arguments, explications et interprétations des organes de la Triple-Entente. Ils conduisent leur campagne comme l'état-major de Berlin a mené la siennne.Tant
qu'il ne s'agit que du public allemand, nous pouvons négliger ces diffamations systématiques, dont il nous est matériellement impossible de combattre l'effet. Mais quand on s'adresse aux neutres, la question est différente. C'est pourquoi on reproduit dans une autre partie du journal une réponse détaillée du bureau de la presse britannique à une apologie de la politique allemande étalée par M. de Bethmann-Holhveg devant un journaliste américain.
Cette réponse est nette. Nous y ajouterons seulement une observation et deux nouveaux éléments d'appréciation. L'observation est relative aux pourparlers anglobelges de 1906 et de 191 1 invoqués par le chancelier allemand pour justifier l'invasion de la Belgique. On ne dira jamais trop à ce propos non seulement que ces pourparlers étaient justifiés par les mauvaises intentions de l'Allemagne et par le droit absolu des puissances garantes de la neutralité belge de se prémunir contre la violation de cette neutralité, mais encore qu'il n'a pas été assez fait en ce sens et que ni la Belgique, ni les puissances garantes menacées n'ont pris à temps les précautions qu'exigeait impérieusement la situation. En cette affaire, comme en plusieurs autres, la crainte d'éveiller les susceptibilités de certains tiers a conduit à une déplorable inertie.
Le premier des nouveaux éléments d'appréciation nous est fourni par M. Take Jonesco dans le Giornale d'Italia du 23 janvier. L'homme d'État roumain, qui a déjà fait la lumière sur plusieurs des points les plus intéressants de la diplomatie balkanique de ces dernières années, raconte qu'au mois d'avril 1914 il reçut à Bucarest la visite du marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche- Hongrie à Constantinople et ancien ministre à Bucarest. Le marquis Pallavicini se rendait de Vienne à son poste sur le Bosphore. Il venait d'être reçu en audience par le
roi Charles. Après quelques vagues considérations politiques, il vint à demander à M. Take Jonesco si, en cas de nécessité, l'Autriche pouvait compter sur l'appui de la Roumanie. Dans le cas contraire, ajouta-t-il, nous devrions rechercher d'autres amis dans les Balkans. A l'interrogation succédait immédiatement la menace ; l'ambassadeur de François-Joseph voulait évidemment dire : si vous ne marchez pas avec nous, prenez garde à la Bulgarie! Comme M. Take Jonesco s'étonnait de ces préoccupations à un moment où les rapports entre Vienne et Bucarest étaient amicaux et où nulle menace de tempête n'apparaissait à l'horizon, le marquis Pallavicini parla des « menaces serbes ». M. Take Jonesco manifesta un étonnement plus vif encore : « Il est absurde de penser, dit-il, que la Serbie, petit pays exténué par deux guerres, songe à provoquer la puissante monarchie voisine. » Alors M. de Pallavicini insista en alléguant la nécessité pour tout État de prévenir les dangers dont il se croit menacé : « Mais c'est la théorie de la guerre préventive! » s'écria M. Take Jonesco. C'était bien cela, en effet. C'était la thèse soutenue tout au long dans la fameuse correspondance de Pétersbourg à la Gazette de Cologne. A Vienne comme à Berlin, on préparait les choses de loin.
Le second élément d'appréciation n'est qu'un article de journal, et, dans cet article, c'est seulement un développement de rhétorique d'apparence innocente. Mais le journal est la Nouvelle Presse libre de Vienne, et le développement est brodé sur le rapprochement entre la visite de Guillaume II au château de Konopicht au printemps de 1914 et le voyage de l'archiduc Charles- François-Joseph au grand quartier général de Guillaume II. « C'est au printemps, dit la Nouvelle Presse
libre, que l'empereur Guillaume se promenait avec l'archiduc François- Ferdinand dans la roseraie de Konopicht. M. de Tirpitz, secrétaire d'Ëtat à la marine et créateur de la flotte allemande, était l'hôte du château. Que dit-on et que résolut-on alors ? Quels plans dressa-ton pour la mer Adriatique, pour la Méditerranée, pour l'équilibre et pour la sécurité des voies maritimes qui mènent à nos côtes ? Avant que les roses fussent fanées, celui qui les avait plantées était mort... Mais de la politique dont on traita à Konopicht et des moyens de l'exécuter, un gros morceau (ein grosses Stuck) est resté et n'a pas disparu avec le changement des interlocuteurs. La visite de l'héritier du trône au quartier général est une manifestation dramatique, extraordinaire et au plus haut point émouvante de la solidarité qui s'est manifestée de nouveau devant l'Europe dans cette guerre mondiale, afin qu'amis et ennemis sachent à quoi s'en tenir. » Sous ces fleurs de rhétorique viennoise ne découvre-t-on pas la confirmation que la guerre de 1914 a été préparée dans la roseraie de Konopicht et que l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie sont inséparables dans la conception comme dans l'exécution du monstrueux dessein ?
L EFFORT DIPLOMATIQUE AUSTRO- ALLEMAND EN ORIENT. LES RAISONNEMENTS BULGARES.
30 janvier 1915.
L'effort diplomatique de l'Austro-Allemagne est aussi tenace et énergique que son effort militaire. L'un et l'autre sont destinés à se briser contre des forces natu-
relies, c'est-à-dire contre des résistances et des aspirations nationales plus puissantes que toutes les combinaisons artificielles. Il faut pourtant reconnaître que la diplomatie germanique témoigne d'un esprit de suite et d'une vigueur remarquables. On ne saurait trop la surveiller et, au besoin, la contre-attaquer.
La pesée allemande porte aujourd'hui surtout sur la Roumanie et l'Italie. En Roumanie, elle n'est pas restée sans effet. C'est déjà beaucoup qu'elle ait réussi à empêcher le courant national roumain de rompre ses digues avant 191 5. Après la mort de Charles Ier, Guillaume II a changé de tactique. Il ne pouvait pas demander au nouveau roi la même attitude qu'à l'ancien allié. Mais il tenta d'obtenir le même résultat par un autre moyen. Ses agents de tout ordre s'ingénièrent à persuader Ferdinand Ier et ses ministres d'ajourner successivement, c'est-à-dire indéfiniment, l'intervention militaire en Transylvanie à quoi Charles Ier s'était catégoriquement opposé. Leurs arguments furent pris en si sérieuse considération que, tantôt pour une raison, tantôt pour une autre, les mois passèrent sans que l'armée roumaine entrât en campagne. Parmi ces raisons, plusieurs étaient bonnes. Il est toujours.de bonnes raisons pour attendre une occasion plus favorable. Il appartient aux hommes d'État responsables de discerner le meilleur moment. Dans le cas actuel, il est extrêmement douteux que l'ajournement ait profité à la cause roumaine. A deux reprises, on a négligé d'opérer une jonction facile avec les armées russes de Galicie et de Bukovine. On a laissé occuper par des corps considérables la Transylvanie qui, pendant longtemps, fut à peine gardée. Sous prétexte de mieux se préparer à enlever l'obstacle, on a donné au futur adversaire le temps de doubler ou de tripler la force de l'obstacle. On a aussi
permis à l'État oppresseur des Roumains de Hongrie d'en régimes ter, de mobiliser ou d'er fermer toute la population mâle de la Transylvanie apte à porter les armes ou à gêner les Magyars.
Maintenant plus que jamais l'Allemagne s'emploie à gagner du temps. Elle cor jure d'attendre encore les neutres qu'elle ne peut attacher à son char. Elle prépare un grand coup militaire et compte sur son succès pour que l'expectative des neutres désireux de marcher contre l'Autriche-Hongrie se transforme en passivité découragée. Guillaume II n'en est plus à menacer, comme il fit au mois d'août à l'égard de Victor-Emmanuel III ; il prie, il supplie, il caresse. Naturellement, si la victoire revenait sous ses drapeaux, il reprendrait le ton du maître et l'armure étincelante des grands jours.
La Bulgarie continue d'être le principal atout dans le jeu germanique. Les missi dominici bulgares se remuent et parlent beaucoup. Le principal d'entre eux, M. Ghénadief, se prodigue de tous côtés à Rome. Il réclame la Macédoine, toute la Macédoine, comme si la Bulgarie venait de remporter une victoire, ou de rendre un service décisif. Seulement les territoires qu'il revendique appartiennent à d'autres qui les ont légitimement gagnés et n'entendent point s'en déposséder pour les beaux yeux de M. Ghénadief. Les gouvernements serbe et grec ne sont nullement intransigeants. Ils sont disposés à payer son prix un service qui en vaudrait la peine. Mais M. Ghénadief déclare tous les jours : i° Que la Bulgarie n'aidera pas dans une guerre contre l'Europe centrale la Serbie, qui a brisé son alliance (à entendre cet ancien ministre des affaires étrangères, ce serait l'armée serbe qui aurait attaqué par traîtrise l'armée bulgare le 30 juin 1913!) ; 20 qu'elle veut conserver avec la Turquie des relations
parfaitement amicales. On comprend ces raisons lorsqu'on connaît les liens qui rattachent la Bulgarie à l'Europe centrale et à la Turquie. Seulement, si ces liens subsistent, en vertu de quoi la Bulgarie est-elle autorisée à réclamer des compensations à ses voisins et aux ennemis de ses alliés ?
Il est un autre argument que les agents germano-bulgares répandent dans la presse. On dit : « Les Serbes et les Grecs sont vraiment intraitables! Les premiers vont gagner six millions d'habitants en Autriche-Hongrie, les seconds une partie de l'empire ottoman, et ni les uns ni les autres ne veulent lâcher ce qu'ils ont pris dans « notre » Macédoine. » La Bulgarie jongle supérieurement avec les millions d'habitants. Malheureusement pour son raisonnement, ni les Serbes, ni les Grecs ne possèdent encore un seul de ces futurs sujets. Pourquoi les Bulgares ne proposent-ils point un arrangement conditionnel, subordonné à l'annexion de ces millions d'habitants par la Serbie et la Grèce ? Pourquoi la Bulgarie ne s'offre-telle point à concourir à la prompte réalisation de cette grande opération, appelée à être si fructueuse pour ellemême ? Toutes les bonnes volontés se lèveraient alors en sa faveur. Mais, tant qu'elle dira qu'elle ne veut rien faire de désagréable aux empires de l'Europe centrale et à la Turquie, elle ne doit pas décemment s'attendre à bénéficier des sympathies des peuples contre qui ces trois puissances font une guerre féroce.
■%**\tr\t*\tr\**\**\**\*'\ès\êf\ê*\è*\**\*r\**\*r*****r\*f\*'*****' \*f%*f\è*\è*\w\**\M\»*