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VISITES ET NEGOCIATIONS AUSTRO- ALLEMANDES

22 janvier 1915.

Avant le grand effort militaire destiré à intimider les puissances disposées à intervenir contre elle, l' Austro- Allemagne fait une campagne diplomatique d'une vigueur sans précédent. Le remplacement du comte Berchtold par le baron Burian en est la préface. L'archiduc Charles-François-Joseph, héritier des couronnes d'Autriche-Hongrie, est aujourd'hui à Berlin d'où il va repartir pour le quartier général allemand. Il est accompagné du général prince Lobkowitz et du chambellan van der Strœtten. Le baron Burian quitte ce soir Vienne pour aller à Berlin rendre visite à MM. de Bethmann-Hollweg et de Jagow. Le prince de Wedel, ancien statthalter d'Alsace-Lorraine, a été reçu avant-hier à Schœnbrunn par l'empereur François-Joseph. M. de Bethmann- Hollweg confère quotidiennement avec les chefs de partis. Tous ces voyages et tous ces entretiens prouvent que

l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie chercher. t à se mettre d'accord sur les conditions de la continuation de la guerre et sur les moyens d'empêcher la Roumanie et l'Italie d'entrer en ligne.

Cela prouve aussi que, malgré les protestations publiques d'inébranlable attachement et d'étroite solidarité, les gouvernements allemand et austro-hongrois ne s'entendent point parfaitement entre eux. Le maintien de l'entente entre eux était subordonné au succès. Comme l'offensive allemande a échoué à l'Est et à l'Ouest et que les armées de François-Joseph ont été battues partout, les bases de l'entente se sont effondrées. Il n'y a ni territoires, ni sphères d'influence à se partager. Il ne reste à mettre en commun que des responsabilités et des sacrifices. C'est peu pour renforcer entre les complices les liens de l'alliance. Peut-être ces liens sont-ils, en effet, plus serrés que jamais, mais ils sont pourris. On va les tendre de nouveau. Mais qui oserait assurer qu'ils résisteront à l'épreuve ?

A lire les organes ordinaires du Ballplatz, le Fremdenblatt et la Nouvelle Presse Libre, on ne peut guère douter que le principal objet de la diplomatie allemande en ce moment ne soit de persuader au Cabinet de Vienne de donner à l'Italie une satisfaction de nature à la retenir dans l'inaction. Si l'archiduc-héritier va lui-même s'entretenir avec Guillaume II, c'est que les plus graves questions sont en jeu. L'explication sera peut-être orageuse. Si l'archiduc Charles-François-Joseph a le sentiment que Guillaume II se préoccupe trop exclusivement des intérêts allemands sans attacher au maintien de la monarchie austro-hongroise dans son état actuel une importance capitale, l'empereur allemand pourra se trouver légèrement décor tenancé. Il est en effet trop visible,

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même aux yeux des gens les morns perspicaces, que la pensée de derrière la tête de Guillaume II, depuis la fin de l'automne, est de se tirer du mauvais pas où il s'est fourvoyé en distribuant les dépouilles de ses deux alliées, l 'Autriche-Hongrie et la Turquie. Le seul moyen pour lui de se disculper est de mettre à la disposition de François-Joseph les forces militaires nécessaires pour protéger les territoires de celui-ci contre l'invasion. Mais, p >ur réunir en nombre suffisant des corps allemands assez fortement constitués, il faut les prélever en grande partie sur l'un ou l'autre front, car les nouvelles recrues n - posséderaient ni la cohésion, ni la résistance indispen- -- blés. L'opération est bien scabreuse. Guillaume II ne consentira pas à découvrir la Silésie, ni à évacuer la Prusse orientale. Pourrait-il se décider à lâcher la Belgique? Ce serait l'aveu de la défaite. Mais s'il est mis en demeure de choisir entre le maintien de l'alliance austro-hongroise et l'évacuation de la Belgique, quelle angoisse pour lui!

Si ce n'est aujourd'hui, c'est demain que se posera ce dilemme. Quelles que soient les chances des prochaines c< llisioi s militaires, Guillaume II ne peut plus se flatter d'être assez vainqueur pour conserver sa conquête de Tir: offensive Belgique et protéger l' Autriche-Hongrie contre l'invasion. Aussi s'ingénie-t-il, par tous les intermédiaires bé: évoles, à prévenir l'événement en traitant i vec l'eoiemi avant l'échénce fatale. Il menace en même temps, il fait flamboyer son épée, il parle de millions de nouveaux sold ts allemands prêts à se précipiter à l'appel de leur empereur. Des millions de marks sont aussi mis en mouvement chez les neutres pour les intoxiquer du virus germanique. Mais toute cette agitation sera vaine Le? destins s'accompliront.

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