AVANT-PROPOS
Pendant les premières semâmes du séjour du gouvernement français à Bordeaux un des sujets ordinaires de la conversation des Parisiens réfugiés sur les bords de la Garonne était la date de la prochaine entrée des armées alliées à Berlin. Les uns espéraient que ce serait dans un mois ou deux. D 'autres, considérés comme pessimistes, opinaient pour novembre ou décembre. Quant à ceux, très rares, qui Posaient pas croire au triomphe complet avant les premiers mois de 191 5, ils passaient presque pour défaitistes. Il ne s'écoulait pas de journée qu'on n'annonçât la victoire décisive pour le lendemain ou le surlendemain. Un jour V armée du général von Klilck avait été prise tout entière ; on V embarquait dans des trains qu'on ne tarderait pas à voir passer. Un autre jour le président de la République était allé porter le bâton de maréchal au général Joffre qui avait réduit à merci V ennemi. Puis on racontait qu'une armée russe, détachée du fameux rouleau compresseur, se dirigeait sur la France par V Angleterre. Des personnes d'esprit sain affirmaient avoir vu des Cosaques monter la garde à Paris devant les grandes administrations publiques, devant la Banque de France par exemple. Sans l'illusion, disent les philosophes, V homme ne saurait vivre.