VI AVANT-PROPOS
11 est vrai que des illusions successives permirent au peuple français de supporter bravement des épreuves prodigieuses qui leur eussent paru sans doute intolérables si un don malheureux de divination lui en avait révélé tout de suite l'exacte durée. Malheureusement les illusions habitèrent aussi le cerveau des ministres et leur firent commettre des erreurs lourdes dont les conséquences se prolongèrent pendant des années.
Les articles reproduits dans ce Tome VI11 (3 février- 4 novembre 191 5) tournent autour de deux grandes illusions.
La première fut celle de V intervention de Vltalie. Avec grande raison les hommes d'État de la Triple-Entente souhaitaient ardemment que Vltalie prît parti pour Les États défenseurs de la civilisation, de la justice et de V équilibre. Ce désir était particulièrement vif en France où Von espérait que la coopération militaire des deux pays terminerait promptement la guerre et créerait entre eux des liens indissolubles. Mais les ministres dirigeants de la Triple- Entente se trompaient sur troL points. Ils surestimaient la valeur militaire de Vltalie, appréciaient inexactement les mobiles des ministres italiens et ne se rendaient pas compte des conditions politiques dans lesquelles V intervention devait s'effectuer pour qu'elle produisît les résultats attendus. Ils s'imaginaient que, l'intervention une fois décidée et le traité d'alliance signé, il s'opérerait une sorte de miracle. Un d'eux aimait à dire : « L'intervention italienne, c'est 1.800.000 baïonnettes de plus de notre côté ; ne nous occupons pas du reste. » Hélas ! l'Italie, qui avait contracté depuis trente ans des habitudes tripliciennes et où V Allemagne possédait des moyens d'action puissants et variés, n'était préparée à la guerre ni matériellement, ni morale-