L ATTITUDE DE NAZIM PACHA, DE LA BULGARIE ET DE L 'AUTRICHE
17 avril 1909.
Les nouvelles de Turquie sont toujours mauvaises. La journée d'aujourd'hui sera probablement décisive. Il s'agit de savoir si les troupes fidèles au Comité Union et Progrès, actuellement concentrées autour de Salonique, marcheront sur Constantinople avec la résolution bien arrêtée de rétablir l'autorité du Comité ou de périr, ou bien si les vainqueurs de l'émeute du 13 avril, comprenant la gravité des circonstances, voudront et sauront rassurer les vaincus sur les conséquences du changement de ministère
On ne peut pas douter des intentions conciliantes du Cabinet présidé par Tewfik Pacha. Le nouveau grand vizir, comme ses collègues, n'a accepté le pouvoir qu'à la condition que la Constitution serait intégralement maintenue. Nazim Pacha, le chef du corps d'armée de Constantinople, est un ennemi irréductible de l'ancien régime. Il n'aurait certes pas assumé le commandement des troupes destinées à protéger le gouvernement si celles-ci devaient servir, dans l'esprit des instigateurs de l'émeute, à ruiner la Jeune-Turquie. Il a, du reste, aussitôt après sa nomination,
donné des preuves irrécusables d'énergie et de loyauté. Il a signifié aux troupes sous ses ordres que l'amnistie accordée par le sultan ne s'appliquait qu'au passé, et que toute manifestation contraire à la discipline serait désormais punie avec toute la rigueur des lois militaires. Et les actes ont suivi les paroles. C'était du courage vis-à-vis de mutins victorieux. Seulement, logique avec lui-même, Nazim n'admet pas l'intrusion de la politique dans l'armée. Il veut un gouvernement constitutionnel, civil, soutenu par une armée docile. De là ses dissentiments avec les hommes du Comité Union et Progrès. Il partage beaucoup de leurs idées politiques. Mais, la révolution une fois accomplie, il veut que les officiers rentrent dans le rang. Au contraire, les officiers affiliés au Comité, qui sont très nombreux et qui sont les véritables auteurs de la révolution, tiennent à surveiller de très près le gouvernement et le palais. Ils redoutent des surprises. C'est pourquoi le Comité, a protesté avec une telle âpreté contre la nomination de Nazim comme ministre de la guerre au mois de février ; c'est la cause principale de la chute de Kiamil
Pacha
Jamais heure ne fut plus critique. Les premiers bataillons de Salonique sont en ce moment à Tchataldja, à quelques dizaines de kilomètres de Constantinople. Ils vont être incessamment renforcés par d'autres. Deux armées vont se trouver en présence. Si elles en viennent aux mains, ce choc aura dans le reste de l'empire, dans toute l'Europe, une répercussion dont les conséquences seront immenses, désastreuses. Les pires complications peuvent sortir de là. La Bulgarie se tient prête. L'Autriche a fait arrêter les opérations de démobilisations ordonnées à la veille de Pâques. Toutes les ambitions, toutes les convoitises peuvent se donner carrière. C'est le moment
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pour les chefs des différents partis jeunes-turcs de faire preuve de véritable patriotisme. Il leur faut, à tout prix, éviter une collision. Il leur faut s'entendre. Il faut dissiper les malentendus, apaiser les rancunes, rejeter à l'arrière plan les questions personnelles. Il y va du salut de l'empire. Il V va aussi de la paix de l'Europe.