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L A I- F A I R F MAROCAINE

gement de notre part de ne poursuivre < aucune mesure de nature à créer en notre faveur ou en faveur d'une puissance quelconque un privilège économique », et de « chercher à associer les nationaux des deux pays dans les affaires dont ceux-ci pourront obtenir l'entreprise ». La mission de M. Jules Cambon à Berlin doit donc se borner à montrer au gouvernement allemand que ce que le gouvernement français se propose de faire éventuellement au Maroc rentre dans le cadre des opérations prévues dans l'accord du 9 février 1909. Si elle allait au delà, si elle impliquait un nouveau marché, c'est donc qu'elle correspondrait à de nouvelles combinaisons. Or, est-il de notre intérêt de modifier les anciennes, de brusquer une solution définitive .'* On peut répondre non, sans crainte de se tromper : en dehors de toute considération d'ordre diplomatique, à supposer que nous eussions les mains entièrement libres, l'intérêt français n'est pas de précipiter les événements au Maroc. La conquête, l'occupation militaire tourneraient certainement à la gloire de nos armes ; nous risquerions de la voir se retourner économiquement contre nous. La conquête économique pourrait être faite par d'autres. Dans notre situation actuelle, nous ne serions point en mesure de profiter des circonstances. Devons-nous sacrifier nos intérêts dans d'autres pays à la satisfaction de voir des colonies étrangères prospérer sous notre drapeau ?

Car on nous demanderait, on nous demande déjà ces sacrifices. Nous ne sommes point initiés aux conversations entre gouvernements. Mais la lecture de certains journaux suffit à nous éclairer. En Allemagne, on exprime clairement le désir de voir les titres anciens et nouveaux du chemin de fer de Bagdad admis à la cote de Paris. Au premier abord, les personnes irréfléchies disent : « Qu'à cela ne tienne! Ce n'est qu'une question d'argent, et puis

les titres du Bagdad sont un placement comme un autre ». A la réflexion, on s'aperçoit que si notre crédit financier devait ser\ ir à l'achèvement d'une œuvre concurrente des nôtres, d'une œuvre que nous ne contestons point à FAllemagne et à la Turquie le droit d'entreprendre par leurs propres moyens, mais qui a suscité et suscite encore lesplus vives polémiques, nous perdrions tout prestige dans l'empire ottoman et déconsidérerions toutes nos futures entreprises. Décharger le marché allemand aux dépens du marché français au moment où nos nationaux s'apprêtent à faire appel à notre épargne pour des œuvres nationales dans le même pays serait folie. Que chacun défende ses intérêts avec ses propres ressources!

Mais ce n'est pas seulement l'Allemagne qui est en instance d'admission à la cote de Paris. C'est aussi l 'Autriche- Hongrie. La Nouvelle Presse Libre publiait le 3 avril à ce suiet un article édifiant. En annonçant qu'un consortium financier français venait de conclure avec la ville de Pest un contrat relatif à un emprunt de cent millions, notre confrère viennois disait nettement que ce n'était là qu'un commencement, que le consortium français avait pris préalablement l'autorisation du ministre des finances français, que celui-ci s'était parfaitement rendu compte de l'intérêt politique de la question et que sa décision impliquait un désaveu de la politique suivie par M. Cocl>ery et M. Pichon dans l'affaire de l'emprunt hongrois de cinq cents millions l'an dernier. C'est une manière pour l'organe officieux du Ballplatz en ces matières de poser des conditions. On veut savoir à Vienne si l'épargne française va décidément servir, directcmciU ou indirectement, à la réfection du matériel militaire austro-hongrois, et en général au^ dépenses militaires tripliciennes. Nous jespérons que MM. Cruppi ejt Caillaux veilleront. S'ils désavouaient

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sur ce point leurs prédécesseurs, ils assumeraient une responsabilité dont il leur serait demandé compte.

ENVOI DE RENFORTS A CASABLANCA. — LA SITUATION A FEZ. LA HARKA DE SECOURS.

19 avril 1911.

Les nouvelles du Maroc ont paru assez graves au gouvernement français pour le déterminer à faire partir, dans le plus bref délai, quatre nouveaux bataillons pour Casablanca. Ces troupes ne peuvent être destinées qu'à renforcer le corps d'occupation de la Chaouïa et à lui permettre d'effectuer, sur le pourtour de la zone occupée, les opérations jugées indispensables pour la sécurité du pays. Elles ne suffiraient évidemment pas à organiser une expédition française ayant Fez pour but. Dans l'état d'anarchie où se trouve l'empire chérifien, avec le temps détestable qui a rendu à peu près impraticables les pistes suivies d'ordinaire par les convois, deux ou trois mille hommes lancés sur la route de Fez se trouveraient exposés aux pires risques. On se demande toutefois si une combinaison de ce genre n'est pas en ce moment à l'étude ou en préparation.

Actuellement, les dernières nouvelles de Fez datent du 13 avril. D'après les dépêches dont était porteur un courrier parti ce jour-là de la résidence du sultan et arrivé hier à Tanger, la ville de Fez a subi le 12 une attaque des Beni- M'tir et des Aït-Soussi. Les rebelles ont été repoussés avec pertes. D'autre part, la méhalla chérifienne où se trouve le commandant Brémond et qui campait sur le ter-

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ritoire des Chérarda ;: quitté son campement le ii afin de répondre à l'appel de INIoulaï Hafid. Elle a rencontré les rebelles le 12 et les a battus. Malheureusement, l'affreux état des chemins l'empêche de pousser plus avant. En somme, au point de vue militaire,'la situation n'a rien de vraiment inquiétant. Nulle part les rebelles n'ont remporté un succès. Ils semblent hors d'état d'en remporter un. Seulement la question du ravitaillement en armes et en munitions est très préoccupante. L'interruption des communications entre Tanger et Fez par suite du soulèvement des Chérarda et du mauvais temps constitue le véritable danger. Dans ces conditions. Moulai Hafid a fait appel au gouvernement français. Il l'a prié de recruter dans les Chaouïa une harka de troupes fidèles, de la munir du nécessaire et de la diriger sur Fez par Rabat et le Gharb à travers le territoire des tribus soumises, au nord de Méquinez. Malgré le détour, cette voie a été jugée la plus rapide par le sultan. Peut-être, en effet, est-elle la meilleure dans l'état actuel des choses. Le gouvernement français a aussitôt prescrit au général Moinier de prendre d'urgence toutes les mesures nécessaires pour constituer la harka dans les conditions désirées.

La question qui se pose maintenant est celle de savoir si cette harka sera accompagnée par des troupes françaises, si elle sera commandée par des officiers français. Le communiqué publié ce soir même par l'agence Havas n'en dit rien. Mais IViivoi subit de quatre bataillons à Casablanca permet de penser que le gouvernement a pris en considération cette éventualité. On est chi moins en droit de supposer qu'il a tenu à être à même de répondre sans délai à un nouvel appel, plus pressant, de Moulai Hafid. Dans cette hypothèse, il ne s'agirait pas d'une expédition française en pays hostile ayant la conquête pour but, mais d'une

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opération entreprise avec une colonne mixte, pour le compte du sultan, à travers le Bled-el-Makhzen. La colonne serait encore une méhalla chérifienne, du genre de celle du commandant Brémond, mais plus fortement encadrée, constituée à l'européenne, et pourvue en hommes et en matériel de tout le nécessaire. De Paris, il est extrêmement difficile d'apprécier les mérites de cette combinaison. Il faudrait avant tout connaître le nombre et la qualité des éléments indigènes que l'on peut recruter dans la Chaouïa. Néanmoins, si vraiment la situation est critique à Fez, si les colonies étrangères s'y trouvent en danger, s'il est urgent d'y envoyer des munitions, peut-être une colonne mixte intelligemment composée et conduite avec les précautions indispensables serait-elle le meilleur moyen de remédier à la situation. Seulement, il devrait être bien entendu, proclamé même, que l'entreprise serait chérifienne. Il serait essentiel que les populations des territoires traversés ne conservassent aucun doute à ce sujet.

En tout cas, la combinaison serait infiniment préférable à une expédition française. L'occupation de Fez ou d'autres villes de l'intérieur par nos troupes rencontre toujours de notre part les mêmes objections. Nous sommes résolument hostiles à la politique de conquête. Et l'occupation, c'est forcément la conquête. En répondant à l'article des Débats du II avril, les journaux allemands, feignant de croire à une suggestion de notre part,disaient que nous nous trompions fort si nous croyons que l'Allemagne vendrait à la France l'autorisation d'agir à son gré au Maroc moyennant l'admission des titres du Bagdad à la cote du marché de Paris. Ils mettaient déjà en avant d'autres prétentions. Leur ambition serait de nous faire payer en détail chaque concession en gardant toujours prise sur nous. Dans notre opinion, non seulement l'admission des titres -du Bagdad à

la cote serait un prix trop élevé : nous estimons qu'en concourant à l'établissement de la sécurité au Maroc au profit du commerce de toutes les nations, nous rendons à l'Europe un senice dont il nous doit être tenu compte.

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