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ARRIVÉE A FEZ DE LA MEHALLA BRÉMOND. — AMÉLIORATION DE LA SITUATION

4 mai 191 1.

On a aujourd'hui la confirmation officielle de l'arrivée de la méhall;» lirémond à Vqz. Le commandant Brémond

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est à Fez depuis la soirée du mercredi 26 avril. 11 a ramené ses troupes en ordre parfait ,avec le matériel au complet. Il a dû combattre en route, mais les pertes qu'il a éprouvées sont heureusement très faibles ; elles s'élèvent au total à trente hommes, y compris les manquants. Il ne s'est donc pas produit de défection au sens véritable du mot ; les soldats chérifiens sont restés fidèles. Il y a eu seulement quelques désertions isolées ; leur nombre est certainement petit eu égard aux circonstances.

Dans ces conditions, la situation de Fez ne présente plus le même danger. Au point de vue militaire, les 4.000 hommes commandés par le colonel Mangin et le commandant Brémond, joints aux quelques milliers d'irréguliers venus se mettre à la disposition du sultan, suffisent amplement à faire face à n'importe quelle agression. Ils sont même en mesure de prendre une vigoureuse offensive, et c'est ce qu'ils ont déjà fait, paraît-il, avec plein succès. Au point de vue du ravitaillement, tout danger de famine semble également conjuré. Dès lors que les troupes chérifiennes ont nettoyé les abords de la ville, il ne peut plus être question d'investissement. Il existe d'abondantes ressources en troupeaux. D'ailleurs, il faut s'attendre à un mouvement de ralliement des tribus indécises au sultan. Le brillant retour de la méhalla Brémond et la mise en marche des colonnes mixtes franco-chérifiennes donnent certainement à penser aux rebelles ; beaucoup vont solliciter l'aman et apporter au Makhzen les cadeaux traditionnels. Quant aux munitions, elles sont encore, autant qu'on sache, en quantité à peu près suffisante pour un temps appréciable. Néanmoins, ce devra être le premier souci des colonnes actuellement en marche de pourvoir abondamment de munitions de toute sorte les troupes confiées à nos instructeurs. A cet égard, il convien-

dra de prendre des précautions. Car il paraît bien que» dans le trouble de ces derniers temps, on ait fort imprudemment remis des fusils et des cartouches à quantité de coupeurs de route qui ont presque aussitôt passé au camp des rebelles ou vendu leurs munitions.

En somme, les nouvelles sont de nature à rassurer l'opinion publique aussi bien que les familles des Européens résidant à Fez. Nous ne croyons pas pourtant qu'elles doivent avoir pour conséquence d'arrêter les mouvements des colonnes en marche. Sous l'impression de nouvelles pessimistes provoquées très probablement par l'interruption des communications à la suite de pluies diluviennes, le gouvernement, soucieux avant tout de porter secours à des compatriotes et à des colonies étrangères en danger dans un pavs anarchique, n'a reculé devant aucun sacrifice pour accomplir ce qu'il jugeait être son devoir. Il a pris cette décision sous sa responsabilité. La décision une fois en voie d'exécution, il faut qu'elle reçoive son plein effet dans les limites que nous avons déjà indiquées, c'est-à-dire dans le cadre de l'Acte d'Algésiras et de nos autres conventions marocaines, notamment de l'accord franco-allemand de février 1909.

L'expédition actuelle doit tout d'abord fournir à nos instructeurs et aux troupes placées sous leurs ordres toutes les munitions et le matériel nécessaires pour longtemps. Elle doit aussi donner partout sur son passage, aux populations locales, une saine idée de la force de la France en s'abstenant de toute représaillc inutile. L'incendie des gourbis et des moissons est un moyen de pacification peutêtre traditionnel, mais peu conforme à la mission d'une nation qui prétend introduire la civilisation dans un pays barbare. Nous ne voyons pas comment on rétablirait la tranquillité en réduisant une partie du la population à la

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famine. On peut s'emparer des moissons sans les détruire et les rendre à certaines conditions. Plusieurs de nos confrères demandent avec insistance que nous allions à Fez. Nous ne voyons que des inconvénients à cette démonstration. II serait plus opportun de s'arrêter à Méquinez où de graves désordres se sont produits. Dans tous les cas, le passage de nos troupes devra être court. Leur séjour prolongé deviendrait facilement l'occasion de troubles qui nous jetteraient dans un engrenage de difficultés espérées par les uns, mais redoutées par les hommes prévoyants. Par contre, en rentrant dans la Chaouïa, les troupes du général Moinier pourront agir sur le territoire des Zaer et déterminer cette tribu à donner les réparations nécessaires pour le guet-apens de ]\Ierchouch. Une expédition spéciale eût constitué une entreprise hors de toute proportion avec le but à atteindre ; mais puisque nous aurons des troupes là, ce sera l'occasion de s'en servir. Il est d'ailleurs vraisemblable que le déploiement de forces aussi imposantes suffira à faire entendre raison aux Zaer.

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